Mardi 31 janvier 2012
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18:06
Italie,1907, Paul Morand qui n’a pas vingt ans, écrit (dans Venises, Gallimard, 1971):
« A Naples je devais retrouver la même ivresse physique et morale qu’à Caux; ce fut au cours d’un déjeuner solitaire sous la treille, au dessus de Saint-Elme; la rumeur du travail des
hommes montait jusqu’a moi qui les regardais faire. Il ne se passait rien, je n’espérais rien, je ne donnais rien, je recevais tout. Des millions d’années m’avaient attendu pour m’offrir ce
cadeau suprême: un matinée sous une treille. […] »
Dans le même ouvrage, Morand nous apprend qu’à dix-sept ans déjà il avait compris « qu’on ne vit qu’une fois et qu’il faut y apporter toute l’attention possible.»
C’est parfois dans des textes en instance d’oubli et rescapés pour un temps d’un grenier que l’on vide que l’on trouve les plus belles pages à méditer.
P.S.1 : A écouter sur ce sujet, cette émission de France Culture.
P.S.2 : Le billet du 31 janvier 2008 parlait d’implication.
Par Marc
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Mardi 31 janvier 2012
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17:52
Pourquoi le monde ne connaît-il pas l'amour?
Vous ne pouvez donner ce que vous n'avez pas reçu. Ce que votre mère et votre père ne vous ont pas donné (être aimé pour ce que vous êtes et non pas pour les espérances inconscientes et
insensées que vous avez incarnées) vous ne pouvez pas le donner à vos enfants. À vos enfants vous donnez autre chose, et donc le monde ne connaît pas l'amour.
Même les meilleures méthodes pédagogiques ne conduiront jamais à l'amour. Seule la méditation au long cours, et encore…
P.S.: Le billet du 31 janvier 2010 évoquait un rapprochement entre deux grands esprits, Ilya Prigogine
et Mohammed Iqbal.
Par Marc
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Lundi 30 janvier 2012
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18:00
Pour Heidegger, les langues grecque et allemande étaient celles de l’esprit et donc, selon lui, les meilleurs « abris pour habiter dans la vérité de l’Être ».
Alors qu’aujourd'hui, en occident, on commence enfin à comprendre les limitations de la pensée, dans un certain orient du sacré, la vérité a toujours résidé, semble-t-il, dans le silence
de l’esprit.
P.S.: Le billet du 30 janvier 2011, intitulé progression, vous proposait ma définition des concepts
suivants: plaisir, joie, contentement, bonheur et extase.
Par Marc
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Vendredi 27 janvier 2012
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17:43
Des motivations du méditant, au fond on ne peut rien dire.
Par exemple, dire que l’on médite parce que c’est le seul acte gratuit, c’est très beau mais déjà trop. En effet, "méditer parce que", est-ce cela un acte gratuit ? Méditer pour rien
serait plus exact, et absurde seulement pour ceux à qui la méditation n’est (peut-être) pas destinée. Alors mieux vaut se taire.
D’autre part, c’est aussi une erreur, semble-t-il, de dire que quand vous en êtes au stade où vous méditez sans raison ("pour rien"), c’est que vous n’avez plus besoin de méditer. "Avoir
besoin de": disant cela vous laissez transparaître que la méditation, vous voulez absolument lui trouver une raison d’être, la faire servir à quelque chose, preuve alors que vous n’y avez rien
compris, que la gratuité vous dépasse. Décidément, des motivations du méditant, au fond…
P.S. 1: A ce sujet et pour mieux le comprendre, on relira avec intérêt ce très ancien billet (du 9 octobre 2006): concession.
P.S. 2: Quant au billet d’il y a deux ans, jour pour jour, le voici, il s’intitulait interrogations.
Par Marc
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Jeudi 19 janvier 2012
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15:39
C’est le temps qui fuit qui fait de l’ombre à notre bonheur. Et c’est la méditation qui nous permet de rattraper notre ombre.
P.S.: Le billet du 19 janvierv2011 évoquait un dilemme qui va bien avec la fulgurance d’aujourd’hui.
Par Marc
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Vendredi 13 janvier 2012
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10:22
- Vous voulez un rasoir pour vous raser sous la douche? , me demanda le vendeur.
- Me raser sous la douche? Quelle étrange idée! Faire les choses les unes après les autres et les faire bien, n’est-ce pas cela, depuis toujours, (bien) vivre*? , lui répondis-je
?
- Depuis toujours, sans doute, mais plus aujourd’hui, Monsieur, avant nous avions le temps, maintenant nous avons des rasoirs amphibies.
* :
- Que pensez-vous, ô Maître, d’un homme qui ne mange que du riz?
- Que mange-t-il?
- Des grains de riz.
- Chaque grain, l’un après l’autre?
- Presque.
- Cet homme vit, répondit le Maître.
Dialogue extrait de L’Enseignement de Tchao-Tchan, par Utamaro Imagushi, Editions du Daily-Bul.
P.S.: Le billet du 13 janvier 2010 s’intitulait rapprochements.
Par Marc
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Mercredi 11 janvier 2012
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16:51
Dans l’univers, le silence absolu règne le plus souvent. Ce n’est que dans les rarissimes endroits où il y a de la matière, et donc entrechoquement de particules, qu’il y a son cri, que
nous appelons le son, le bruit.
D’où vient-il alors que dans nos cerveaux qui aspirent pourtant à la paix du silence, ce soit le bruit formé par l’entrechoquement des pensées qui prédomine? Pourquoi cette douloureuse
exception à la règle?
P.S.: Le billet du 11 janvier 2008 évoquait les différents présents: intemporalité.
Par Marc
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Lundi 9 janvier 2012
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06:42
Qu’est-il préférable? De jouir sans réserve de tout instant heureux ou, lucide, d’y ajouter le constant rappel qu’il est éphémère, ce qui tempère sa jouissance? En bref, d’opter pour
l’intensité ou pour la lucidité*?
Cette lucidité compense-t-elle la perte d’intensité de la jouissance des moments de grand bonheur (tenir la main de son (sa) meilleur(e) ami(e), par exemple), voilà peut-être la
vraie question. Ce qui nous amène ensuite à nous demander** le plus légitimement du monde s’il faut vraiment aller vers plus de cette aptitude que favorise la vie méditative.
*: Le même dilemme se pose avec le couple certitude/doute. Nous l’avons évoqué notamment ici: attribution, incertitudes, questions.
**: A noter que cette demande et les questions qui la précèdent sont elles-mêmes méditation.
P.S.: Le billet du 9 janvier 2010 parlait de perfection.
Par Marc
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Dimanche 8 janvier 2012
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16:21
Le degré de connaissance d’une langue étrangère est inversement proportionnel à l’intensité du « tendre l’oreille » nécessaire pour la comprendre.
Pour moi qui ne comprend pas la langue dite de Vondel (le néerlandais) aussi bien que celles de Hugo et de Shakespeare, écouter de la musique classique sur la radio flamande de Belgique
me procure un grand plaisir (son équivalente francophone est définitivement trop babillarde), car non seulement j’y apprécie la programmation mais de plus, dès que l’on y parle, je ne tends pas
l’oreille et donc ne perçois qu’un bruit de fond de mots; je ne suis donc pas perturbé dans la réflexion rêveuse où m’a plongé la musique (ce qui fut encore le cas un de ces derniers matins avec
du Boccherini).
Sur le web, une autre radio flamande est encore plus appropriée pour accompagner un travail de réflexion ou d’écriture. Vous pouvez rédiger vos fulgurances à l'écran sans jamais être
distrait par du babillage. C’est klara continuo. Je voulais ici remercier ses concepteurs et vous en faire connaître
l’existence.
P.S.: Le billet du 8 janvier 2010 s’intitulait avantage.
Par Marc
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Samedi 7 janvier 2012
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07:13
Et s’il n’y avait rien qui nous entrave? Et si nous devions seulement nous libérer de l’idée que nous ne sommes pas libres?
Et s’il n’y avait dans le mental que le silence? Et si nous devions seulement nous libérer de l’illusion de l’existence du bruit de nos pensées?
P.S.: Le billet du 7 janvier 2011 vous révélait la meilleure astuce du méditant.
Par Marc
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Vendredi 6 janvier 2012
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06:39
Une des raisons, et pour certains la première, pour laquelle l’instinct de reproduction n’est pas souhaitable, est qu’il empêche l’être humain de réfléchir de façon dépassionnée,
déconditionnée et libre, et donc philosophique, à la souffrance dont chacun pourtant voit bien (même si c’est parfois avec difficulté, comme s’il fallait du courage) qu’elle est partout et
qu’elle n’existe que parce que nous la reproduisons et que cela veut dire qu’elle n’existe que parce que nous nous reproduisons, et qu’il est en notre pouvoir et en notre pouvoir seul, d’éliminer
cette souffrance en ne…
P.S.: Le billet du 6 janvier 2010, intitulé majuscules, évoquait le concept hindou de Réalité
Ultime.
Par Marc
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Jeudi 5 janvier 2012
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11:04
Les affirmations péremptoires ne sont jamais vraies que dans l’instant, alors que, souvent, il en est autrement des jugements volontairement provisoires.
Etre léger pour être vrai. Abuser de l’adverbe peut-être, en paroles, en mots, en pensées.
P.S.: Le billet du 5 janvier 2010 faisait, lui aussi, l’apologie du doute courageux et libérateur: appréhensions.
Par Marc
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Mardi 3 janvier 2012
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18:55
Il y a déjà le travail à mi-temps. Je propose la vie à mi-temps.
Le monde moderne nous laissant constamment insatisfait (ces livres à lire qui s’accumulent sur note table de nuit, par exemple, quel mécontentement ne nous procurent-ils pas !), pourquoi
ne pas prendre la ferme résolution, en ce début d’année, de prendre chaque mois deux semaines (au moins) de repos par rapport à lui pour rattraper le retard qu’il nous fait prendre (donc
- par exemple - ne plus acheter de livres* jusqu’à ce que la pile dans la chambre soit moins branlante) et être à nouveau présent au monde de l’instant, le plus
important, le seul important?
Le monde moderne peut attendre. Il ne nous concerne pas. Moins en tout cas que l’instant et son monde, ces purs bonheurs.
*: Vrai aussi pour les CD, DVD, journaux, revues; et dans la foulée ne plus lire la blogosphère, ni la presse web, reporter le cinéma, le théâtre, le musée, etc.
P.S.: Dans le billet du 3 janvier 2010, il était question d’imprécision.
Par Marc
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Vendredi 30 décembre 2011
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18:22
C’est en fait du contraire de penser dont on aimerait parler ici mais ce verbe n’existe pas, que l'on sache. Pourquoi cette lacune, cette inexistence?
Est-ce parce que ce concept fait peur? Est-ce parce que dans nos sociétés mentalement agitées on identifie encore l'absence de pensée à la mort (« Je pense, donc je suis. »)? Ou, plus
tragiquement, est-ce parce que l'on ignore totalement ce qu'est ne pas penser, avoir l’esprit vide, être toute écoute et donc Réellement apprendre?
Ne plus penser: quand le moment est venu d’arrêter, savoir reconnaître ce moment et non pas agir contre cette inexplicable volonté de l'Ultime. Alors on glisse vers l'extatique
silence...
P.S.: Il y a un gars qui tous les ans vers Noël… Le billet du 30 décembre 2009 proposait un casse-tête. Je
vous souhaite une belle année 2012.
Par Marc
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Vendredi 23 décembre 2011
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19:29
Influencés par une certaine littérature de l’à-peu-près spirituel fort en vogue aujourd’hui, la plupart des méditants pensent que leurs efforts se justifient par la perspective de
l’illumination. Jamais, hélas, on ne leur dit qu’il est aussi illusoire de chercher celle-ci dans l’assise que de vouloir faire sortir un lapin blanc d’un chapeau. Jamais on ne leur suggère que
la méditation se suffit à elle-même*, qu’il n’y a strictement rien à en attendre et que c’est pour cela qu’elle est si belle, parce qu’elle est vierge de tout calcul.
Cela n’a pas toujours été le cas: dans l’histoire, on s’est aussi beaucoup assis « gratuitement », entendez par là pour le simple plaisir (ce n’est peut-être pas le meilleur terme) de
s’asseoir, de s’asseoir bien (quoi que, l’on entende ici par « bien »). Prenez le Chinois Huai-jang par exemple, pour ce disciple de Hui-Neng la chose, déjà, était claire, méditer
(tso-ch’an) n’apportait pas plus l’illumination (on appelait cela « la Bouddhéité » à l’époque en Chine) que polir une pierre ne faisait de celle-ci un miroir; c’est la métaphore qu’il
proposa d‘ailleurs à Ma-Tsu pour lui faire comprendre l'inanité de sa démarche méditative jusqu’alors toute axée sur le résultat. « Que faire alors pour atteindre la Bouddhéité? », lui demanda
Ma-Tsu. « C’est comme conduire une carriole », lui répondit Huai-jang. «Quand elle s’immobilise, vous fouettez le véhicule ou les bœufs?» Et Ma-Tsu comprit alors lui aussi que la vérité est à
atteindre par l’esprit (hsin) et non par la pratique de l’assise (ts’o).
Cela dit, comme tant d’autres avant et après lui, Huai-jang aurait sans doute concéder que s’asseoir en silence donne quelque confort à l’esprit dans son long chemin vers ce dont rien ne
peut-être dit et que l’on fait fuir dès qu’on l’évoque et qui s’encoure encore plus vite lorsqu’on le recherche.
*: Remplacez méditation par travail et relisez « Le Laboureur et ses Enfants » de Jean de La fontaine.
P.S.: Le billet du 23 décembre 2007 parlait de décrochage.
Par Marc
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vous avez dit: