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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

l'impasse du capitalisme

L’impasse du capitalisme
Gilles Toussaint

Mis en ligne le 21/09/2009
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Il est au confluent des crises socio-économique et écologique, selon H. Kempf.

Johanna de Tessières
Johanna de Tessières

Pilier du journal "Le Monde", Hervé Kempf a débuté sa carrière en tant que journaliste scientifique pour "Science et Vie Micro" avant de se spécialiser dans les questions écologiques. Dans son dernier ouvrage, il dresse un état des lieux sans concession du capitalisme.

En quoi imputez-vous la crise environnementale actuelle au capitalisme ?

Ces 30 dernières années, le capitalisme s’est traduit par la poursuite d’une augmentation de la productivité extrêmement importante, c’est-à-dire la capacité du travail humain à transformer son environnement. Les capacités destructrices de nos activités économiques se sont accrues. Deuxièmement, l’idéologie capitaliste s’est totalement exacerbée, elle a perdu ses amortisseurs ou ses challengers qu’étaient une pensée de gauche, le marxisme, etc. Elle n’a fait que pousser au maximum certaines valeurs : l’idée que l’enrichissement maximum est une bonne chose, l’individualisme Elle a poursuivi la marchandisation de l’ensemble des rapports humains, mais aussi d’un certain nombre de biens environnementaux. Enfin, et c’est un facteur extrêmement important, le capitalisme a laissé se réinstaurer un très grand rapport d’inégalité. Cela pose évidemment un problème de justice sociale, mais cela signifie aussi que les personnes les plus riches qui se trouvent au sommet de la société - ceux que j’appelle les oligarques - exhibent un mode de vie basé sur le gaspillage et la surconsommation qui sert de modèle à l’ensemble de la société.

L'accroissement des inégalités sociales a donc paradoxalement pour conséquence d'encourager la surconsommation ?

Oui, tout à fait. Cela ne veut pas dire que tout le monde va pouvoir se payer des Rolex ou des Mercedes. Mais que tout le monde est tiré vers cette envie de surconsommation véhiculée par le mode de vie des plus riches. Avec cet individualisme qui s’est extraordinairement accru ces 30 dernières années, les liens sociaux se sont beaucoup distendus et les gens ont le sentiment de se réaliser en consommant et en adoptant un mode de vie ostentatoire pour combler une frustration. Tout cela nous entraîne collectivement vers une consommation matérielle exagérée qui pose des problèmes écologiques.

Mais le socialisme n'est-il pas aussi une idéologie productiviste ?

Mais je ne dis pas qu’il faut sortir du capitalisme pour aller vers le socialisme. Je ne suis pas marxiste, même si j’en utilise quelques concepts qui me paraissent pertinents. Je suis écologiste et je ne pense pas que la sortie du capitalisme va se faire en allant vers le socialisme tel qu’il a été incarné de manière combien effroyable par l’URSS. Je pense, en revanche, que l’on peut aller vers une société qui sort du productivisme et qui prendra prioritairement en compte la question écologique, parce que dans les deux ou trois prochaines décennies, c’est ça la priorité de la civilisation humaine. Mais on ne peut pas séparer le social de l’écologique parce que je pense précisément que pour aller vers une société plus écologique, il faut qu’elle soit plus sociale, plus juste, que les rapports d’inégalité se réduisent considérablement. Il faut que l’on aille vers une baisse de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie au niveau global, en investissant l’activité humaine dans d’autres domaines comme la culture, l’éducation, la santé qui sont justement de plus en plus oubliés ou méprisés par le capitalisme. Ce serait une société axée sur les valeurs de coopération, au sens économique du terme. L’idée que les travailleurs possèdent leur entreprise, décident ensemble comment ils vont se répartir les revenus, dans quoi ils vont investir. C’est un modèle extrêmement efficace qui a vocation à s’étendre.

On devrait donc tendre vers une forme de décroissance matérielle ?

Il nous faut, dans les pays riches, aller vers une baisse de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie. C’est très concret. L’alternative, c’est que, face à l’aggravation de la crise écologique et face à l’aggravation des tensions sociales, on va aller vers des désordres sociaux et écologiques extrêmement graves qui nous conduiront en moyenne à une baisse de la consommation matérielle et à un changement profond de notre mode de vie. Pour ma part, je préfère le faire d’une façon choisie dans une société démocratique qui pose l’écologie et le social au cœur de sa politique, plutôt que sous la contrainte d’une oligarchie de plus en plus autoritaire qui s’accroche à ses privilèges et qui utilise de plus en plus les moyens de la répression policière, du contrôle social et de l’emprisonnement.

Vous dénoncez aussi l'écologie bien-pensante et le mythe de la croissance verte...

La croissance verte, c’est surtout un alibi pour le capitalisme qui voit les nouvelles technologies "vertes" comme un moyen de perpétuer son système qui vise l’enrichissement et l’accumulation de capital par un petit nombre de gens. Cette obsession sur la croissance est le signe que l’on ne veut pas changer les fondamentaux du système. Je ne suis pas contre les technologies "vertes", je dis qu’elles sont secondaires. Le choix politique collectif doit se faire non pas pour qu’on ait une voiture plus propre, mais pour faire en sorte qu’il y ait moins de voitures. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus aucune, ni que l’on n’aura plus d’électricité, mais que l’on peut avoir besoin de beaucoup moins. Fixons-nous d’abord comme objectif de vivre dans une plus grande sobriété, une plus grande simplicité en ayant davantage de lien social, de temps libre pour méditer, faire de la politique, jardiner Toutes les activités humaines qui ont un impact écologique faible, mais un contenu humain beaucoup plus fort. Et ensuite, on développe les outils pour satisfaire nos besoins en matière de transport ou de chauffage.

Il faut aussi se poser la question de la mise en œuvre sociale collective des technologies. Entre un champ d’éoliennes implanté par une grande compagnie qui va gagner des millions d’euros sans se soucier de leur intégration dans le paysage et une éolienne prise en charge par une communauté, un village, qui investit collectivement et dont les revenus sont répartis dans un projet local d’économies d’énergie, le point de vue est totalement différent.

Cet article provient de http://www.lalibre.be


 

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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