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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

réflexions

« Ce corps est l’arbre Bodhi

ce mental est comme un clair miroir;

tenez-en compte et gardez-le sans cesse propre

et ne laissez aucune poussière s’y déposer. »

Voilà le poème (gatha) que Shen-hsiu  présenta au cinquième patriarche du bouddhisme ch’an, Hung-jen, afin de lui succéder. Mais c’est Hui-neng (638- 713) qui gagna l’épreuve avec celui-ci, en guise de réplique:

« Il n’y a pas d’arbre Bodhi

ni de clair miroir.

Puisque tout est vide,

où la poussière peut-elle se déposer? »

Nihil nove sub sole, les choix philosophiques fondamentaux d’alors sont encore les nôtres aujourd’hui. Nous n’avons rien résolu. Nous n’avons pas fini de méditer sur la réalité de l’arbre, du miroir, de la poussière. Et aujourd’hui encore - comme hier sans doute - que nous sommes loin de ces hauteurs, le plus souvent, quand nous nous regardons dans nos glaces!
Pardonnons-nous seulement jamais à nos parents d’avoir décidé à notre place que le vide ne suffit pas? Nous pouvons nous tenir tous les discours sur le fait que nous leur avons tout pardonné, de leur éducation - fatalement inappropriée pour affronter ce non-vide apparent - au fait de nous avoir livrés au monde, tout cela est balayé dès que nous voyons nos rides dans le miroir, que nous reconnaissons dans ces traits creusés la signature de nos géniteurs et que, pour devoir admettre que nous leur ressemblons, nous nous surprenons à nous haïr. 

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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D
Sunyata. J'aime bien ce "concept". Sans vide, pas de non-vide.<br />  
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M
"Le vide est la forme, la forme est le vide." (Prajnaparamita sutra)
Y
Merci Marc pour tes explications, je comprends mieux maintenant. Je dois dire que je n'avais pas personnellement cette idée d'échapper aux lois du monde, c'est quelque chose que je ne crois pas avoir eu un jour. (ou alors je ne me souviens plus) Mais, là où je te rejoins, dans cette espèce de blues qui nous fait prendre conscience qu'on est qu'une partie de l'échiquier et qu'un jour on ne sera plus là, oublié. C'est une idée qui me suit d'ailleurs depuis quelques temps déjà, le fait de savoir qu'un jour je ne serais plus là. Mais on peut rien y faire, c'est ainsi...<br /> <br /> Amicalement,<br /> <br /> Yog
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M
Merci à vous tous pour avoir réfléchi à ce "reflet sur la sombre route" (pour paraphraser un titre de Loti). Je continue en quelque sorte le propos avec le billet d'aujourd'hui, 30/03, mais pour Larma et Yog plus spécialement (n'y voir aucune malveillance d'aucune sorte), cette phrase de Cioran qui va dans le sens de la discussion (et où il est, comme dans mon propos, moins question de culpabilité que d'impuissance):"Vous pouvez soutenir telle idée ou telle autre, avoir un place ou ramper, du moment que vos actes et vos pensées servent une forme de cité réelle ou rêvée vous êtes ses idolâtres et ses prisonniers."(Précis de décomposition, "La perduta gente.", Gallimard, p. 112)
L
" Oui j'ai été mon père et j'ai été mon fils, et je me suis posé des questions et j'ai répondu de mon mieux, et je me suis fait redire, soir après soir, la même histoire, que je savais par coeur sans pouvoir y croire, ou nous marchions, nous tenant par la main, muets, plongés dans nos mondes, mains oubliées, l'une dans l'autre. C'est comme ça que j'ai tenu jusqu'à l'heure présente. Et encore ce soir ça a l'air d'aller, je suis dans mes bras, je me tiens dans mes bras, sans beaucoup de tendresse, mais fidèlement, fidèlement. Dormons, comme sous cette lointaine lampe, emmêlés, d'avoir tant parlé, tant écouté, tant peiné, tant joué "<br /> Samuel Beckett
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Y
Euh je ne sais pas si rien m'échappe, mais en tout cas, j'essaie d'être attentif. Par contre, je ne saisis pas très bien en quoi la culpabilité vient jouer un rôle ? On est hors du vide, mais en quoi devrait-on se sentir coupable de quelque chose qui apparemment, ne dépend pas de nous ? <br /> Pour se hair, il est vrai que bon nombre de pensées indiennes prennent comme point de départ, le dégoût du monde. Pourquoi ? Parce que la matière nous emprisonne et devient lieu de souffrance. Mais je ne vois pas en quoi devrait-on se sentir coupable de cet état de fait...<br /> <br /> Pour Hui-neng, si je ne me trompe pas, il n'était pas lettré et donc on peut supposer qu'il était en-dehors de certains questionnements intellectuels. Après tout, le bouddhisme chan prône l'instant présent et l'attentivité. La poussière ne pouvait pas se poser, car Hui-neng n'avait peut-être jamais construit son miroir, son mental intellectualisé. <br /> <br /> Maintenant, je me suis toujours interrogé sur la vacuité dans le bouddhisme. Je me suis demandé si par vacuité, il n'était pas plutôt question d'absence de chaos mental. Lorsque le mental se tait, en effet, il y a un certain vide. Mais celui-ci, il me semble, est un élément qui permet à la plénitude de se manifester... Patanjali parle aussi d'ailleurs du samadhi sans germe, peut-être est-ce la même notion que le vide...<br /> <br /> Amicalement,<br /> <br /> Yog
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M
Je voulais parler de ce sentiment que l’on éprouve quand, se regardant dans le miroir, on se surprend pour la première fois (on nous l’avait déjà dit mais nous ne voulions pas le croire) à ressembler à ses géniteurs. Ce n’est pas qu’on les haït alors, mais que l’on se haït de n’avoir pas su échapper à la loi implacable du monde (nihil nove sub sole) si bien incarnée dans cette ressemblance enfin découverte, de ne pas être le premier à lui échapper. Rien ne changera avec nous. La souffrance sera toujours là. Nous vieillirons, mourrons, serons oubliés. Quelque chose comme ça. Une sorte de blues que je sais n’être pas le seul à connaître…<br /> Concernant la vacuité, j’aime beaucoup cette phrase de Nagarjuna : « La vacuité, c’est le fait d’échapper à tous les points de vue. Ceux qui font de la vacuité un point de vue sont incurables. »Inutile donc selon lui, d’aller chercher du coté du sahaja nirvikalpa samadhi de Ramana Maharshi ou chez Patanjali...lol.<br /> Amicalement,Marc
Y
Finalement, Hui-neng a été le plus malin, il a attendu que son adversaire fasse la faute ! lol<br /> Mais en fait, c'est deux poèmes sont très représentatifs de la grande divergence qui règne dans les pensées orientales. En Inde, on trouve aussi cette problèmatique au sujet du Purusha. Le purusha par essence immuable ne peut donc pas être altéré par la poussière, par notre chaos mental. Pourtant, notre chaos nous empêche de voir Purusha. La poussière est peut-être illusoire, mais tant qu'on ne le sait pas, il vaut mieux l'enlever. Finalement, tout dépend de quel point de vue on se place et on rejoint ta fulgurance sur les différents niveaux de conscience.<br /> <br /> Sinon, comment pouvoir se hair, puisqu'il n'y a ni corps ni miroir ?<br /> <br /> Amicalement,<br /> <br /> Yog
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M
Oui, il a été plus malin. Rien ne t'échappe, même pas mes billets précédents  comme celui du 10/03: http://fautedemieux.over-blog.com/archive-03-10-2007.html où la première partie de ces réflexions était déjà évoquée depuis un angle de vue plus indien que chinois (même si les vélos chinois n'ont pas encore de dérailleur non plus, voir ce billet).Quant à la deuxième partie, je me demandais si Hui-neng lui-même n'avait jamais eu aucun doute; si, se regardant dans la glace, il ne voyait jamais que le vide et ne se haïssait jamais de n'être après tout, comme tous les autres, que le produit d'une évolution qui ne prend pas en compte la souffrance inhérente à prakrti pour décider de se dissoudre dans Purusha (pour reprendre la terminologie dualiste du samkya). Même s'il ne s'est pas reproduit, ne se sentait-il pas déjà coupable d'être là (comme sa parentèle à laquelle il constatait qu'il ressemblait de plus en plus), hors le vide?Amicalement,Marc