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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

indignations

« […], il fallait conclure que celui qui a raison, c’est celui qui réussit, et qu’il a raison pendant le temps qu’il réussit », disait Camus dans son fameux discours de 1946 à Columbia University sur « la Crise de l’Homme », crise qu’il définissait comme « […] seulement la montée de la terreur consécutive à une perversion des valeurs telle qu’un homme ou une force historique n’ont plus été jugés en fonction de leur dignité, mais en fonction de leur réussite ».
Alexandre le Grand a eu raison, Hitler aurait été admiré aujourd’hui s’il avait réussi, Bush aussi. Le Christ a gagné, Apollonius de Tyane, perdu. Verdict du succès, verdict de l’histoire, la grande.
Et la petite? Celui qui a une position sociale, une névrose dûment contenue, des collaborateurs « dévoués », une piscine dans le jardin, une allemande dans le garage, des skis dans la remise, un GPS, un GSM, un ultra plat HD, un Blackberry, a réussi. On l’envie. Il a donc raison. Que pourriez-vous lui opposer? Il se moque de votre simplicité volontaire (« Volontaire? Mon œil », pense-t-il), de vos lectures, des éloges de la paresse* et de l’oisiveté* qui garnissent vos rayons; Bouddha*, Bounan*, Gandhi*, Lafargue*, Lazslo*, Malevitch*, Mandler*, Partant*, Russel*, Thoreau*, Vaneigem*, il ne les a pas lus. D’ailleurs il ne lit pas. Il a raison.
A l’inverse, l’original, celui qui ouvre les bras, partage, compatit, lutte pour que la planète reste vivable, prise le silence, se contente de peu, ne se met pas en avant, ne pousse d’aucun coude, n’a pas le goût de la marchandise, celui-là n’intéresse personne. Personne ne l’envie et les Camus* et Bourdieu* ne sont plus là pour le défendre. Sa lucidité offusque. Il a tort.
Et pour le méditant, raison d’avoir tort.




*:
Bouddha: La deuxième des quatre nobles vérités
Michel Bounan: « Sans valeur marchande » (Allia, 2000)
Bourdieu: Lisez ce dialogue passionnant avec Grass paru dans le Monde en décembre 1999 où Bourdieu dit penser que « la révolution néo-libérale est une révolution conservatrice ».
Albert Camus: « La Crise de l’Homme » (Œuvres complètes II, Pléiade, Gallimard)
Gandhi: « Autobiographie » (Quadrige, PUF, 1950)
Paul Lafargue: « Le droit à la paresse »  (Mille et une nuits, 2000)
Ervin Laszlo: “The inner limits of mankind” (Oneworld, 1989)
Kazimir Malevitch: « La paresse comme vérité effective de l’homme » (Allia, 1995)
Jerry Mander: “In the absence of the sacred” (Sierra Club Books, 1992)

François Partant: « La fin du développement » (Babel, 1997)
Bertrand Russel: « Eloge de l’oisiveté » (Allia, 2002)
Thoreau: “On the duty of civil disobedience” and the first chapter of “Walden” (on “Economy”) (New American Library, 1960)
Raoul Vaneigem: « Nous qui désirons sans fin » (Folio actuel, 1998)




P.S.: Le billet du 2 février 2007 parlait de contemplation.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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E
Voie du milieu: ne pas être celui qui a raison, celui qui a tort. Ne pas en faire trop en matière de "simplicité volontaire", ne pas chérir la marchandise.Très beau texte, et, d'accord avec Céleste, des auteurs à garder en référence.
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M
Tu as raison de pointer le doigt sur le côté donneur de leçon. C'est une maladresse. Mais si j'avais écrit: Il se moque de votre simplicité volontaire (« Volontaire? Mon œil », pense-t-il), toute imparfaite qu'elle soit, de vos lectures,.. le texte aurait-il eu la même force?
C
superbe liste d'auteurs! à distibuer dans les universités et les lycées ( pour Vaneigem j'ajouterai le traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations) et ton texte est parfait.j'adhère totalementnamaste (bis)
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M
Merci Céleste. C'est grâce à toi que je lis Camus.
L
je n'ai pas envie de faire envie,je veux juste vivre ... savoir pourquoi, comment, je vis ...Ne cherchant rien, j'ai trouvé du bonheurne possédant rien, je n'ai rien à perdre,De ce bonheur, de ce détachement, ils m'envient !
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M
Quelle chance tu as!
L
" on l'envie , il a donc raison " Le chemin de l'envie et de la raison n'est il pas différent de celui de la vie et de la vibration ?L'un va vers la possessionl'autre cultive le détachement L'un parle de ce qu'il a l'autre a ce dont il ne parle pas l'un s'applique à savoir l'autre s'interroge sur son ignorance .Comme si chacun d'eux parlait de la vie en sens inverse .Entre réussir à vivre et vivre sa réussite il est un chemin peu fréquenté qui tente juste d'épouser la vie .L'emprunter c'est un peu comme ouvrir sa fenêtre sur le jour qui se lève dans un monde habitué à la lumière artificielleet s'entrainer à ne  plus être éblouis.Alors de qui a raison ou tortne reste que le goût de l'effortpour passer de faire à suivre .En une parresse ..qui est intense activité .
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M
« Les paresseux ont toujours envie de faire quelque chose », disait Vauvenargues. D'ailleurs ce seraient les seuls qui y réussissent Réellement.