FULGURANCES D’APRÈS SILENCE
19 Septembre 2008


Les montagnes, l'été
Quittées
A la dernière pomme d'août
Après une visite amicale à l’écrivain Antoine Pitteloud, cet amoureux du Valais et fin connaisseur de l’œuvre de Rodolphe Töpffer, nous sommes alors descendus au Tessin, de peur de quitter le soleil. Fort touché par la pollution et le tourisme de troupeau
, nous nous sommes fait la réflexion, Dorys et moi, que ce canton n’aurait pas attiré Hermann Hesse* s’il avait vécu aujourd’hui. N’empêche, partir sur ses traces à Montagnola pour voir la maison où il a écrit Le dernier été de Klingsor**
nous consolèrent quelque peu de n'être plus dans la divine montagne.
Et d’autant plus que deux autres bonnes surprises, deux autres lieux touchés par l’esprit qui souffle nous attendaient.
Le premier se trouve près d’Ascona sur le Monte Verita. La poussiéreuse Casa Anata au charme désuet me rappela le centre théosophique de Bénarès et les
Leadbeater Chambers d’Adyar. Je fus fort ému d’apprendre qu’Hesse y rencontra ce Gusto Gräser (en 1909 ?) qui lui inspira Demian et aussi de découvrir au détour d'une porte sans
angles une très belle photo de D. T. Suzuki, le plus fin connaisseur du Zen rinzaï. Personne ne put me dire ce que cette photo faisait là et si Suzuki était passé lui aussi un jour dans cette
Casa qui a vu défiler dans la première moitié du siècle dernier tout ce que le monde comptait comme personnalités hors du commun.
La seconde surprise, il fallut la mériter elle, après une ixième épingle à cheveux dans le Val Lavizzara: la petite église de Mogno, construite par Mario Botta. Un lieu de pureté et de silence:
Puis ce fut le retour, l'éternel retour - que l’on peut dépeindre concisément ainsi (c'était un temps où j’écrivais déjà de médiocres haïkus):
Booboobar terrace
When the moon disappeared
I left
(Terrasse du Booboobar
Quand la lune disparut
Je m'en allai)
[Saanen, Booboobar, 26/7/90, 21h45]
*: Voici une ses fulgurances entendues dans la vidéo proposée au musée:
Cela n’a pas de sens de vouloir écrire ce que l’on n’a pas vécu.
Je suis totalement d’accord avec cela et dans la modeste mesure de mes moyens je prétends avoir toujours essayé de l’appliquer, que ce soit dans mon essai philosophique L’autre rive de nulle
part (Ed. Dricot, 2000) ou dans les fulgurances que je soumets à votre sagacité depuis deux ans.
**: C’est à sa relecture, lorsque Hesse fait dire au peintre Klingsor s’adressant à son ami Louis :
- On peint faute de mieux, tout simplement, mon cher.
que m’était venue l’idée du titre de ce blog. (Faute de mieux étant en français dans le texte allemand original.)
P.S.: Le billet du 19 septembre 2007 proposait un classement révisé des êtres humains: rectification.
Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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