FULGURANCES D’APRÈS SILENCE
30 Avril 2026
Transcrire une fulgurance c’est un peu comme sculpter. Vous partez d’une matière brute que vous devez creuser (« Le premier trou dans un bloc de pierre est une révélation...* », disait Henry Moore), corriger, soigner le fond, puis la forme (et il va sans dire dans ce cas l’orthographe et la ponctuation), bref la fignoler.
Le seul bémol de cette activité tranquille mais prenante et jubilatoire est qu’elle est dévoreuse de temps. C’est qu’il est précieux, ce temps, surtout celui que l’on ressent quand on s’ennuie divinement, contemple, médite, mais que l'on regrette moins de ne pas connaître quand on considère le côté « spirituel » de la fulgurance au point qu’on pourrait qualifier son édification de yoga, de jnana yoga** en l’occurrence, tout yoga (il y en a quatre) étant, si je ne m’abuse, la façon de se lier au divin ou tout au moins de (s'imaginer) se connecter à sa longueur d’onde.
* : “The first hole made through a piece of stone is a revelation. The hole connects one side to the other, making it immediately more three dimensional… The mystery of the hole—the mysterious fascination of caves in hillsides and cliffs” (Mother and Child: The Art of Henry Moore (exhibition catalogue), Hofstra University Museum & traveling, Hempstead, New York, 1987-88, p. 34).)
** : Le jnana yoga semble être celui vers lequel on tend naturellement avec l’âge, le tout dernier que l’on pratiquera après avoir pris pendant de longues années du plaisir à la méditation assise (raja yoga), celle-ci pouvant avoir été précédée par du bhakti yoga (si l’on est indien ou tout au moins adepte de la dévotion exubérante) ou par du karma yoga, i.e. les services désintéressés que l’on a rendu quand on était actif. De plus ce jnana yoga semble aussi prisé par ceux qui considèrent que la méditation assise prônée par le raja yoga ne leur semble pas suffisante pour trouver ce qu’ils appellent « la Vérité » (Truth) ou pour atteindre « la Bouddhéité » (Buddhahood). Sans doute appréhendent-ils mal cette pratique pourtant sophistiquée et conseillée par Patanjali, mais il faut dire qu’ils marquent parfois des points : Hui-neng par exemple (nous sommes ici au Japon et non plus en Inde, mais qu’importe, la méditation est universelle tout comme la préoccupation de trouver la vérité libératrice) dit un jour à Hsieh-chien : “The truth is understood by the mind (hsin), and not by sitting (ts’o) in meditation. […]” . Quant à Huai-jang, lui, il répondit à Ma-tsu qui voulait atteindre la Bouddhéité en pratiquant la méditation assise (tso-ch’an) qu’il n’y arriverait jamais ainsi, pas plus que l’on ne pourrait jamais faire d’une pierre un miroir à force de la polir, clarifiant cela par une autre métaphore encore : Quand vous voulez faire avancer votre charrette, que faites-vous ? Vous fouettez charrette ou le bœuf ? (Vous trouverez ces dialogues dans The Zen Doctrine of no Mind de D.T. Suzuki, Rider & Company, London W1, 1969 et pages 36, 37 et 44)
P. S. : Dans le billet du 30 avril 2010 il était question de décisions.
Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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