FULGURANCES D’APRÈS SILENCE
9 Avril 2026
Qu’est-ce qui fait basculer le cours des choses ?
Parfois, pour des événements d’importance historique ce sont des concours de circonstances qui sont pointés du doigt, comme ceux qui conduisirent au vide du pouvoir et aux désunions locales après la bataille de Panipat (en 1761), ouvrant ainsi la voie à la longue (et déplorable, selon beaucoup) domination britannique sur l’Inde ; ou comme ceux qui provoquèrent, ici, l’échec de l’envahissement de l’Angleterre par l’Armada espagnole (en 1588) ; là, celui de la main mise sur l’Europe par Napoléon (à Waterloo, 1815) ; ou là encore, et je m’arrêterai ici, les exemples étant nombreux, l’échec de la germanisation du monde par Hitler (ou à Stalingrad et à Koursk en 1943 et puis grâce débarquement surprise de juin 1944). Cependant il y eut sans doute dans tous ces concours de circonstances un événement, peut-être minuscule et que personne sans doute ne connaîtra jamais, qui fut le déclencheur du basculement.
Parfois, la cause de ce basculement est beaucoup plus claire : une simple poterne laissée accidentellement déverrouillée fut la cause la chute de Constantinople (qui marqua) la fin de l'Empire byzantin et le début de la Renaissance en Europe ; une stupide erreur de trajet d’un chauffeur (de l’Archiduc François-Ferdinand) qui conduisit à son assassinat déclenchant par le jeu d’alliances la première guerre mondiale ; une réponse malheureuse en direct à la télévision (d’un certain Schabowski) qui conduisit à la chute du mur du Berlin, rien que ça. Un dernier exemple, dont la tragique importance n’a peut-être pas encore été bien comprise et qui, personnellement, me fait souci au plus haut point : le 9 septembre 2016, en campagne contre un histrion politique, une candidate a dit que la moitié des supporters de celui-ci était digne du panier des « déplorables », une phrase tellement malheureuse en période électorale qu’elle a permis à ce méchant clown de gagner les élections et d’être même toujours là aujourd’hui, menant la planète à sa perte. Petites causes grands effets, donc, on le voit avec ces derniers exemples.
Mais le basculement se passe aussi au niveau de nos petites histoires comme celles-ci par exemple où de fil de aiguille un événement anodin change tout : si une certaine fille ne vous avait pas posé un jour une question à l’entrée d’une salle de méditation en Inde, vous ne réveilleriez pas tous le matin à côté d’elle des dizaines d’années plus tard, ou encore si un directeur de compagnie aérienne ne vous avait pas demandé de faire quelques photos de son bureau à Nariman Point avant de vous offrir le billet de retour pour Delhi, vous n’auriez pas connu cette merveilleuse épiphanie qui semblait vous attendre dans l’Himalaya cette année-là.
A ces niveaux insignifiants (au regard de la grande histoire) aussi donc, les choses peuvent basculer pour un rien. Là aussi ce sont de minuscules détails qui changent tout... comme ce caillou projeté par inadvertance sur un bambou de la hutte de Xiangyan Zhexian, provoquant son éveil, une histoire si belle que chacun devrait la connaître et la chérir, et d'une insondable utilité*, elle.
* : Racontée ici :
- par D. T. Suzuki dans le chapitre 3 de l'absolument fondamental Essai V (On satori) de la première série de ses Essays in Zen Bouddhism (Grove Press, New York)
- ou par Abbot Zenkei Shibayama (ici Xiangyan Zhexian s’appelle Kyogen) dans A Flower does not talk (Ch. E. Tuttle Company, Tokyo, Japon, 1975, p. 107 et suivantes)
- ou encore par Bernard Faure dans La Vision Immédiate de Dogen, Editions Le Mail, Paris 1987, p. 124
P. S. : Dans le billet du 9 avril 2014 il était question d’une supposition.
Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
Voir le profil de Marc sur le portail Overblog