FULGURANCES D’APRÈS SILENCE
25 Novembre 2025
La créativité c’est peut-être moins - ou peut-être quand même tout autant - trouver, au départ de rien - ou de presque rien (je sais que certains vont dire que ce rien n’est pas rien et je serai d’accord avec eux jusqu’à un certain point) que de donner vie à une association d'idées précédemment trouvées.
L’Euréka, la découverte, selon de grands esprits comme Poincaré et Grossman (souvenez-vous de Sturm dans Vie et Destin quand il décrit magnifiquement son « illumination soudaine » en découvrant une explication « extraordinairement neuve, des phénomènes nucléaires qui, jusqu’alors, semblaient inexplicables »), ce serait la réunion de deux systèmes de référence, comme l’a bien montré Koestler, concernant notamment la découverte scientifique, la poésie et l’humour dans Le cri d’Archimède. C’est, dit en toute modestie, ce que j’ai vécu à Uttarkashi en avril 1983 (quoique cette révélation, si l'on peut dire, n'était là, pas d'ordre intellectuel mais était bien plus forte, bouleversante et fondamentale) et qui a débouché sur l'écriture dans un état second d'un Outil à partager, chapitre de l’Autre rive de nulle part*, après que j’eus abandonné consciemment est inconsciemment la recherche d’une similitude entre les messages de Ramana Maharshi et de J. Krishnamurti, cet abandon correspondant au laisser-agir taoïste et, plus précisément, à ce que dit aussi D.T. Suzuki dans une note en bas de page de son ouvrage The Zen Doctrine of No Mind**.
La créativité, ce serait donc surtout trouver à partir de ce qui existe déjà ce qui n’est pas encore relié. C’est aussi ce qui procure le plus grand des plaisirs et peut-être même ce qui fait l’apanage de l’homme.
Mais trouver, associer, conclure à partir de ce qui existe déjà, c’est ce que fait déjà mieux que nous l’intelligence artificielle générative. Et donc cela va nous décourager, nous enlever notre extatique plaisir, notre spécificité car, bien entendu, nous allons nous décourager à force d’être doublé par plus fort que nous. En fait, créatifs, nous allons cesser de le devenir et la « machine » intelligente que nous avons créée va nous tuer comme dans l’odyssée de l’espace de Kubrick. Nous avons engendré notre propre assassin. Cela s’appelle un suicide.
* : L’ Autre Rive de Nulle Part , Marc Delforge, Editions Dricot, Liège, 2000, encore disponible via ce blog, en commentaire.
** : P. 72 de The Zen Doctrine of No Mind, D.T. Suzuki, Rider & Company, London, 1969
P. S. : Dans le billet du 25 novembre 2014 il était question de dépassement.
Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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