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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

non-dualité

Certains disent que composer un haïku c’est extraire l’extraordinaire de l’ordinaire:

Sous le soleil de minuit

Quelques moustiques

Mais tenaces

(voir plus bas un exemple)

Séduit par la non-dualité en philosophie (advaïta vedanta*), j’ai toujours eu des difficultés avec cette approche dualiste du haïku (même mangé par les moustiques). Si l’extraordinaire est dans l’ordinaire n’est-ce pas parce que l’ordinaire est toujours extraordinaire pour qui sait le voir (mais est-ce seulement correct de préciser ces quatre derniers mots sans verser dans le pléonasme?)? Quelqu’un qui « distingue » l’extraordinaire n’a-t-il pas nécessairement l’intuition que cet extraordinaire est partout et que c’est la dualisation artificielle amenée par ce concept qui nous empêche de voir son omniprésence, nous entraînant dans un autre mode de fonctionnement du cerveau?

*: Lire à ce sujet Adi Shankaracharya et Ramana Maharsi.

Pas plus que le haïku ne soulignerait autre chose au fond que l’ordinaire, l’illumination du moine zen ne signalerait rien d’autre qu’une illusion d’extraordinaireté, ou plus exactement elle se remettrait elle-même à sa juste place. Dans les mots de D.T. Suzuki :

“As the attainment of the Tao does not involve a continuous movement from error to truth, from ignorance to enlightenment, from mayoi to satori, the Zen masters all proclaim that there is no enlightenment whatever which you can claim to have attained. If you say you have attained something, this is the surest proof you have gone astray. Therefore, not to have is to have; silence is thunder; ignorance is enlightenment; […]”

(The Zen Doctrine of No Mind, D.T.Suzuki, Rider & Company, London, 1969, p.53)

Quant à la méditation extatique, se réjouir d’en jouir souvent serait profondément regrettable, ce serait rabaisser celle de tous les jours et c’est pourtant elle qui serait la plus … (je ne trouve pas le mot, vous avez peut-être une suggestion ?), la plus extraordinaire donc.

P.S.: Inclus dans une série aisément consultable au départ de lui, le billet du 10 juillet 2008 s’intitulait sagesses.

Avant minuit, ce moustique à Andenes, Iles Vesterålen, juin 2013

Avant minuit, ce moustique à Andenes, Iles Vesterålen, juin 2013

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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Le rônin 14/07/2013 11:43

5,7,5 est un haïku
n'ai je point tout compris ?
J'ai beau lire et compter je ne vois point 5,7,5,
Pardon de mon ignorance...

marc Delforge 16/07/2013 21:32

Ne vous excusez pas, votre remarque est d’ailleurs assez pertinente et je vous en remercie.
Cette règle édictée par Bashô s’applique évidement au japonais de l’époque. Les idéogrammes de cette langue se prêtent assez bien à une règle métrique aussi stricte mais cela est difficilement transposable à autres époques et à d’autres langues, alors que le haïku est (pour moi) le plus universel des moyens d’expression poétique (« Première pensée, meilleure pensée, » disait Chöghyam Trungpa). Si on s’en tenait à trop de rigueur on ne pourrait alors faire aucun haïku en français ou en anglais par exemple et on ne pourrait non plus les traduire d’une langue dans une autre.
En japonais aussi, l’idée prévaut de plus en plus que l’esprit est plus important que la lettre. Déjà Issa (1763 -1827) disait que « ceux qui oublient le véritable sens de la voie du haïku et qui en vain n’en retiennent que la forme en sont les profanateurs ».

fée des agrumes 11/07/2013 20:40

Tiens, je viens de terminer Alexandre Jollien, le philosophe nu. Grâce à lui, certaines notions du zazen me sont plus claires. Notamment celle de la non dualité :p

Marc Delforge 12/07/2013 08:19

Désolé, il faut lire "ne font qu'un" dans ma réponse.

Marc Delforge 12/07/2013 08:17

La non-dualité est une vision du monde ( ce qui est conscientisé et ce qui le conscientise font qu'un, pour faire bref). Le zazen est une façon de s'asseoir. La nudité en philosophie est souhaitable, que l'on se recouvre ou non d'un tonneau pour "chercher un homme".
Bonne journée, Fée