On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Hervé Kempf est depuis un certain temps déjà une des plumes les plus lucides du journal Le Monde. Il y dénonce régulièrement avec une clarté qui force l’admiration les dérives du capitalisme,
capitalisme qu’il juge responsable de la gravissime crise environnementale que nous connaissons.
Je lisais ce matin l’interview qu’il vient d’accorder au journal belge La Libre. C’est sa réponse à la dernière question de Gilles Toussant qui nous intéresse ici et notamment la phase que je
me permets de souligner:
Vous dénoncez aussi l'écologie bien-pensante et le mythe de la croissance verte...
La croissance verte, c’est surtout un alibi pour le capitalisme qui voit les nouvelles technologies "vertes" comme un moyen de perpétuer son système qui vise l’enrichissement et l’accumulation
de capital par un petit nombre de gens. Cette obsession sur la croissance est le signe que l’on ne veut pas changer les fondamentaux du système. […] Fixons-nous d’abord comme objectif de vivre dans une plus grande sobriété, une plus grande simplicité en ayant davantage de lien social, de temps libre pour méditer,
faire de la politique, jardiner... Toutes les activités humaines qui ont un impact écologique faible, mais un contenu humain beaucoup plus fort. […]
De retour de voyage, je trouve un article de Didier Pourquery dans le Monde 2 du 20 juin 2009 (je l’avais acheté sur l’autoroute qui nous amenait dans le Nord puis je l’avais laissé là, au fond
de la voiture, trop ravi par ces lumières estivales que j’aime tant). Un article sur la méditation dans une revue de grande diffusion, la chose est assez rare pour être soulignée et rappelée.
L’article s’intitule « Et si nous prenions le temps de méditer » et comme vous ne l’avez peut-être pas lu, le voici pour vous:
Chronique
Et si nous prenions le temps de méditer, par Didier Pourquery
LE MONDE 2 | 19.06.09 | 19h14
Tellement dans l’air de l’époque cette tendance à faire de la méditation une activité avant tout dirigée vers un but (par exemple, le professeur de médecine Kabat-Zinn y voit un « traitement » aux
« effets » bénéfiques sur l’organisme), alors que sa beauté réside à mon avis dans son caractère désintéressé (« for the sake of doing it, not for results », disait J. Krishnamurti).
Kabat-Zinn n’est pourtant pas le seul (ni le premier) à voir les choses de cette façon. En 2007, le Dr F. Rosenfeld a sorti un ouvrage intitulé de façon on ne peut plus directe Méditer, c’est
se soigner (Les Arènes, Paris, 2007). Et avant lui, vous ferais-je l’injure de vous rappeler des gens comme J.C. Lilly, J. Castermane et J. Vigne que vous avez sans doute lus?
Cette aspect utilitariste de la méditation se retrouve aussi dans quasi toutes les salles occidentales où l’on s’adonne à cette « pratique » - qui, dans cette optique, ne peut plus tellement être
considérée comme un art: on est si loin là de l’acte gratuit, de l’art asiatique de ne rien faire d’utile et d’en être heureux.
Pourtant et à tout prendre, je préfère encore cette démarche (et c’est là que je rejoins Didier Pourquery quand il dit qu’avec Kabat-Zinn au moins on est dans la médecine, pas dans un « rituel
spiritualiste »), à celle qui consiste, en Occident plus encore qu'en Orient, à récupérer la méditation et à faire croire que ce n’est que dans un cadre étroit et emprisonnant (yoga, zen, vipassana
et surtout bouddhisme tibétain*) qu’on peut l’appréhender et la « pratiquer ».
Choisir toujours ce qui libère, pas l’inverse.
*: Un certain ouvrage récemment paru en français relève de la malhonnêteté intellectuelle en faisait croire insidieusement à un lectorat naïf que la méditation, c’est bien entendu à la
sauce bouddhiquotibétaine qu’elle a le meilleur goût. Un glissement dangereux et peut-être pas si innocent que cela.
P.S.: Le billet du 16 juillet 2008 parlait de communication.
Revenu d’Allemagne et de Suède, ces jours-ci, mais aucune envie de me précipiter sur mon mac, le temps est trop beau.
Ce matin, je vous donne quand même quelques tuyaux pour vos prochaines pérégrinations sur le thème de la méditation dans la belle Europe de l’été.
Par exemple, à l’ouest de l’île de Fehmarn (dans la Baltique) vous pourriez aller méditer sur Cronos (Saturne pour les Romains), le temps qui passe et qui dévore tout* en vous recueillant devant la
stèle
érigée à la mémoire de Jimi Hendrix qui a donné là son ultime concert pour des humaines oreilles:
Quasi 39 ans déjà, vous direz-vous:
Ou alors, si la nostalgie n'est pas votre cup of tea, ou si tout simplement vous préférez ne méditer sur rien en particulier, à un ferry, une île danoise, un pont (sur l’Øresund) et
quelques kms de plus encore de Fehmarn, pourquoi ne pas aller vous asseoir une heure ou deux (essayez d’être là bien avant 10 heures et l’arrivée des premiers importuns)
dans le cercle de méditation(cherchez "Backåkra") de Dag Hammarskjöld qui se trouve sur la côte sud de la Suède, entre Löderups
Strandbad et Sandhammaren? Un lieu superbe où, sur fond de chants d'alouettes, souffle l’esprit...
... et, plus encore qu'à Fehmarn, la paix:
*: Krishna le dit aussi sans détour à Arjuna dans la Gita (XI, 32): « Je suis le temps qui dévore tout et j’ai décidé de dévorer le monde. »
P.S.: Le billet du 15 juillet 2008 vous proposait un très onirique devoir de vacances: ensablement.
Il y a le silence qui est absence de bruits et celui qui est absence de pensées, le méditant le sait bien.
Et puis il y a aussi, on l’oublie hélas trop souvent, le silence des pantoufles dont Einstein (son existence m’a été rappelée ce week-end à De Haan, charmante station balnéaire de la côte belge où
il avait passé de délicieux moments en 1933, à méditer en marchant dans les dunes et sur la plage) disait qu’il lui faisait plus peur que le bruit des bottes...
Dès lors, comment aurait-il jugé, ce génie qui pensait souvent à contre-courant, l'impressionnante levée de boucliers de hier à Genève vis-à-vis d’un empêcheur de penser en rond qui a peut-être dit
tout haut certaines choses que d’autres (par sympathie avec les malheureux habitants de certains territoires occupés) n'osent penser que tout bas?
P.S.: Le billet du 21 avril 2008 évoquait, lui aussi, des tragédies.
la mer ici
qui scintille
scintille
flanquée d'inhumaines
falaises de lave
et de palmiers immuables
au large, pas très loin,
4000 mètres de fonds insondables
dans lesquels l’île - et ses
volcans - s’effondrera
éliminant des mégapoles immondes
de l’autre côté de l’Atlantique
sous un vague de 70 m
la mer ici
qui scintille
c’est le grand bleu
rêvé
que gardent encore
une poignée de requins
et de dauphins
c’est le grand bleu
rêvé
où se fondre dans toute sa poétique*
splendeur
*: Ou mieux: ineffable, seul qualificatif digne de cette mer que l’on peut même rêver; et il faut être là, sur cette île en sursis, pour savoir ce que rêver veut dire, alors qu’au dessus
des têtes endormies bat le cœur du ciel le plus pur de la terre (avec, d'accord, ceux de Gstaad (Suisse), de Muni-ki-reti (Inde), de Ios (Grèce) et du Nemrut Dag (Turquie)).
P.S.: Le billet du 30 mars 2008 évoquait quant à lui un bien délicieux gaspillage.
3/3
Installé depuis quelques jours dans son ashram en bord de jungle, le méditant observe les singes qui viennent s'abreuver en face de son bungalow. Et de se dire que la différence entre les singes et
les hommes, c'est que si les premiers savent ouvrir un robinet, jamais ils ne le refermeront, toute modération, voire toute sagesse leur étant étrangère.
Puis après s'être extasié sur les spécificités de l'intelligence humaine, le méditant affine son raisonnement. En réalité, se dit-il, la sagesse est bien dans les possibilités de l'homme mais le
problème c'est qu'il n'en a pas fait suffisamment usage: pas plus que le singe qui n'a pas fermé le robinet, il n'a été économe, lui, dans la gestion des ressouces terrestres qu'il avait été chargé
de gérer avec prévoyance, lui qui est au sommet de l'échelle des espèces. Et les ressources de la planète sont épuisées. Et l'homme va disparaître. Et nombre d'espèces dont les singes (déjà ils
n'ont plus rien à manger dans ce que l'homme lui a laissé de jungle) avec lui. Quelle tristesse!
P.S.: Le billet du 6 mars 2008 vous transportait, lui, en montagne, à l'aube, loin, très loin des jungles indiennes.
2/3
Prenant lui-même l'avion pour se rendre dans son ashram préféré, le méditant grogne quand le passager devant lui penche son siège au détriment de son propre espace, déjà si retreint dans l'avion.
Mais il trouve tout à fait normal - au nom de la même demande d'espace - de pencher alors son propre siège sans trop plaindre le passager derrière lui de l'inconfort que cela lui occasionne. Et il
se donne bonne conscience en pensant que ce passager « après tout, n'a qu'à faire comme lui ».
Puis, pris de remords quand même, il réfléchit plus profondément à la chose (normal, c'est un méditant) et, les yeux mi-clos, visualise une scène à la limite du comique de sièges qui se penchent
les uns après les autres à la suite du premier, reportant ainsi de façon infinie le problème du manque d'espace sur le suivant.
Cette succession d'attitudes peu scrupuleuses que personne n'interrompt a, se dit-il, quelque utilité pour comprendre par extrapolation la détérioration écologique de la planète: ne rien faire
d'écologiquement positif (« l'autre pollue, je pollue donc aussi - car de toute façon cela ne sert à rien de ne pas suivre le mouvement: ce serait une goutte d'eau dans la mer », procède de la même
logique: l'effet boule de neige.
Décidément les sièges inclinables des avions ont beaucoup à nous apprendre, se dit le méditant. Et de penser encore: « Les humains font souvent comme cela, ils rendent la monnaie de toute (fausse)
pièce ... une sale histoire de karma... »
P.S.: Le billet du 5 mars 2008 vous proposait une belle surprise.
A visiter le monde les yeux grands ouverts un peu à la façon du Petit Prince, un méditant trouve beaucoup de relations entre ce qu'il observe très précisément là où il passe et une attitude
générale qui a conduit les humains à cette lamentable apocalypse qui est en vue:
1/3
Il y a d'abord ces planeurs silencieux. Leurs pilotes lui disent qu'ils ne polluent pas le ciel. Ils oublient de lui préciser qu'il a fallu d'autres avions pour les mener là-haut...
Les humains font souvent comme cela, se dit le méditant, ils agissent avec irréflexion, quand ce n'est pas sans scrupules...
P.S.: Le billet du 4 mars 2008, intitulé impuissance, évoquait un limite que Dieu s'impose. Certains diront: hélas. Et
vous?
Aujourd'hui, c'est Sivaratri en Inde, mais une autre Inde que celle décrite dans le film Slumdog millionaire primé hier à Hollywood.
L'Inde d'aujourd'hui est dans l'âge des ténèbres - voyez le film pour vous en persuader - et d'autant plus sans doute qu'elle en est fière, à voir la liesse des rues indiennes à l'annonce de tous
ces oscars raflés pour avoir dépeint quelque peu son univers cauchemardesque.
L'Inde qui célèbre Sivaratri en jeûnant, priant et méditant, c'est l'autre, celle qui se meurt, celle que l'on disait de toujours, du dharma éternel, il n'y a pas si longtemps encore.
Mon ami Swami Dharmananda est de ceux qui tentent avec l'énergie du désespoir de maintenir une tradition de sagesse et de freiner le basculement de leur pays dans une modernité dont ils se doutent
qu'il ne s'en remettra pas. Voici le message qu'il délivre en ce grand jour à ceux qui, en Inde et ailleurs, accordent plus d'importance à la vie méditative qu'aux strass et paillettes
hollybollywoodiennes:
Dear Friends,
Monday 23rd is Sivaratri. One of the holiest days here in India. The day falls on the 13th day of the dark fortnight in the month of Phalgun (Feb-Mar) every year. On this day we are told to keep
strict fast during the day and devote all night in prayer, worship and meditation. Next morning after feeding a few saintly brahmins or monks then break the fasting. Night long chanting of
Mahamrityunjaya Mantra, Om Namah Shivaya mantra, 108 names of Shiva are done. Avishekha of Shivalingam that is bathing the Shivalingam with water is done at four different times during the
night. On this day Shivalingam is bathed with milk, curd, ghee and honey. Thousands of devotees flock all the Shiva temples all over the country and offer their prayers.
As average people do this ritual worship sincere spiritual aspirants have to do more meditation and worship the Shiva within.
Shiva is an infinite ocean of pure consciousness. Shiva is light, wisdom, love, renunciation. Shiva is the destroyer-regenerator. Shiva is Nataraj the king among dancers. His dance is the dance of
life and death. His each dancing steps creates and destroys the universe in repeated cycles of manifstation and dissolution. Shiva is one popular Name in which the great God of the universe
is loved and worshipped in India. He is popularly known only as the destroyer. That destruction is only one of his aspects. He is the highest God and Shiva lingam is His highest symbol.
On this holy day let us assert and strongly resolve:
I will shine forth in joy, peace, love and wisdom.
I will shine forth in sharing, caring and offering.
I will shine forth in honesty, truthfulness and loyalty to my principles.
I will shine forth in humility and obedience to what my inner feelings tell me.
I will shine forth in loving service and surrendering to the God in me.
I will shine forth in courage , bravery and fighting injustice wherever I perceive it.
I will shine forth in stopping those who are cheating and deceiving people for their selfish ends.
I will shine forth in non-revenge, non-hatred and non-rejection.
Let us pray, let us desire, let us wish and let us act to manifest the above in both personal and social life.
Mais où cours-tu comme cela?
C'est le titre d'un livre qu'on lit aux toilettes dans cette maison. Normal: ici tout le monde court et personne n'arrive jamais nulle part. (Félicitations quand même à nos hôtes pour leur choix de
lecture.)
Il me semble, cela dit, que le dernier degré de décadence d'une civilisation est atteint quand les toilettes sont devenues l'ultime refuge de la réflexion.
P.S.: On dit que l'étonnement est le moteur du philosophe. Ce serait aussi celui du méditant, comme le montre ce billet du 22 janvier 2008: étonnement.
La méditation: l'ultime refuge du temps dans un monde pris de vitesse*.
*: Pour penser la vitesse de notre temps, voyez ou revoyez ce film (vous avez une semaine) autour
de la pensée de Paul Virilio et proposé hier soir par Arte. Une heure trente cinq minutes d'inquiétante pénétration, de pur bonheur
intellectuel.
P.S.: Le billet du 21 janvier 2008 clôturait la recension des sortes de penseés commencée la veille.
« Les dinosaures ont survécu 250 millions d'années, comment vous représentez-vous une croissance économique sur 250 millions d'années? (Réponse en quelques mots-clés) », demandait Max
Frisch* en 1987.
Vingt et un ans plus tard, nous avons quelques éléments de réponse en plus pour nourrir le pessimisme de cet écrivain visionnaire et le nôtre. L'homo sapiens sapiens a 160.000 ans et nous
voyons clairement approcher son extinction ainsi que celle des nombreuses espèces qu'il a épargnées jusqu'ici (ce qui n'est ni le cas du dodo des îles Mascareignes, une
des premières espèces qu'il a décimées, ni celui du kokako de Nouvelle Zélande, ni..., ni...) mais qu'il entraînera dans sa chute, chute qu'il
aura provoquée, faut-il le préciser.
Pour que ce scénario de plus en plus plausible ne se produise pas, il nous faut espérer qu'en 2009, le nouveau président des Etats-Unis d'Amérique prenne bien conscience de la situation désespérée
dans laquelle nous sommes et fasse, comme il l'a laissé entendre, le nécessaire pour renverser la vapeur. C'est notre dernier espoir et je souhaite qu'il s'y mette et réussisse.
Mes autres vœux vous sont adressés. Je vous souhaite une année 2009 conforme à vos désirs.
Laissez-moi encore, en ce dernier jour de l'an, vous remercier de me lire et vous faire le présent de deux musiques disparues que j'adore: Neyzen
Tefvik et Sam Lightning Hopkins, à écouter religieusement sur Youtube. L'homme fait de si belles choses, il
faut le reconnaître, même si elles sont noyées dans la masse de l'immonde (voyez Gaza par exemple) et s'il n'a pas eu jusqu'à présent un tout petit grain de jugeote, juste ce qu'il faut pour
survivre longtemps. Comme les dinosaures.
*: « Frageboden 1987 » dans Einspruch (Zurich), num 4, août 1987.
P.S.: Le billet du 31 décembre 2007 suggérait que la méditation était sans doute toujours un processus de déconditionnement: persévérance.
Le journaliste parle de l'année coulée et non pas de l'année écoulée.
La radio nous indique bien à quel point nous trébuchons de plus en plus sur le tapis du temps.
P.S.: Le billet du 30 décembre 2007 proposait une petite enquête. Vous aviez été nombreux à dire ce que la méditation était
pour vous. Toujours intéressants, vos commentaires.
Elle ne se réclame d'aucune gloire, cette petite ville allemande, si ce n'est d'avoir vu aborder le grand Goethe, un soir d'orage, et de produire encore aujourd'hui un vin blanc
divinement schisteux. Hermann Hesse aurait pu y camper une de ses merveilleuses nouvelles, une nouvelle avec autrefois dans le titre.
L'officiant, je l'ai tout de suite "vu" ahanant sur une pute qui se retient de gerber, noyée sous une sueur de bouffeur de porc.
Puis est venu le petit Jésus en plâtre dans les bras d'un sacristain boutonneux.
La soirée s'installa dans l'imposture, au confluent d'une hypocrisie mise en scène et de son public moutonnier, superstitieux, traditionnaliste.
Un sentiment de dégoût nous envahissait peu à peu, à constater que des êtres aient si peu le sens du bon goût, de la note juste, du sacré, qu'ils pouvaient rester là, debout, assis, debout, dans
cette église quelconque où l'immonde nous semblait chez lui. Nous sommes partis après une demi-heure.
A quelques centaines de mètres de là, il y avait un temple. Sans doute y avait-il la même imposture à l'œuvre. Nous n'y sommes pas allés.
Qui peut réellement penser que le Christ, s'il avait existé, ait pu choisir un de ces lieux pour s'autocélébrer? Personne de réfléchi sans doute, et c'est bien pourquoi toutes les religions
s'annulent et offrent la meilleure des preuves qu'aucun fils de Dieu ne s'est jamais abaissé à vouloir sauver le "troupeau" de son irrémédiable (littéralement parlant) bêtise.
Le troupeau doit sans doute se "sauver" lui-même, s'asseoir en silence et tout reprendre à zéro, bref...
P.S.: Le plus brièvement du monde, le billet du 26 décembre 2007 parlait de sagesse. Notez aussi que je répondrai à vos
aimables commentaires dans les jours prochains. Ils se sont accumulés pendant mon séjour en Allemagne.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en
phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel
elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués
de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car
n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
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