En hatha yoga, l’esprit n’est pas à la performance, à la recherche du toujours plus fort, moyennant un entraînement douloureux; mais il est vrai qu’à répéter les mêmes postures
(asana), les yogi en arrivent à les faire si aisément que pour étirer encore leurs muscles et solliciter leurs articulations*, il leur faut passer à des postures plus
« difficiles ». Ce passage est naturel. Il ne résulte pas d’un asservissement à un idéal de progrès.
Que penser alors de ces écoles de hatha yoga prisées par les Occidentaux qui prétendent que le progrès dans la posture est toujours souhaitable, qu'il n'y a jamais de fin à
l'apprentissage de l'asana?
Arrive un moment où le corps est parfait pour la méditation: le dos est sans douleurs, les jambes sont parfaitement cassées, obéissantes et patientes, la respiration est naturelle.
Pourquoi vouloir encore aller plus loin? N’est-il pas temps de changer d'ouvrage, de s'occuper de l'esprit, à présent que le corps ne se rappelle plus à lui dans l'assise en silence d'avant la
première pointe du jour?
C'est le temps où les fruits de l'effort ont mûri, maintenant il s'agit peut-être de les cueillir. Asseyons-nous dès lors. Fini le temps des contorsions dont l'ego est si fier et qui le
construisent. Asseyons-nous, simplement, et voyons où en est l'esprit.
*: Et cela avec la concentration requise, dont l'apprentissage constitue le véritable enjeu de la pratique et sa seule raison d’être, vraisemblablement, si tant est qu’on la considère dans sa
dimension ésotérique: une préparation de la méditation.
P.S.: Comme la veille mais sous un angle différent, le billet du 26 janvier 2007 évoquait nos recherches.
par Marc
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Contrairement à ce que croit un certain Occident trop longtemps abusé, le yoga ne serait en rien une chorégraphie exotique de l’immobilité (une succession d’asana).
Le yoga serait union. Union de quoi? La vivre impliquerait que la question n’ait plus de sens. Et inversement, savoir que cette question n’a pas de sens impliquerait qu’on l’ait vécue, cette
union, même un très court mais éternel instant.
par Marc
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« Le poids des pensées ». Personne sans doute mieux que le yogi ne peut comprendre cette expression. Assis en lotus, le dos droit, la nuque étirée, les coudes à
l’aplomb des épaules, les mains jointes, tous les muscles détendus, son corps grandit quand le vide s’installe. A l’inverse, lorsque les pensées l’envahissent, son échine se courbe, ses épaules
s’arrondissent, le mal au dos s’installe à porter ce fardeau…
par Marc
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On peut s’asseoir sans méditer. On peut méditer sans s’asseoir. Mais quand s’asseoir et méditer ne font qu’un*, c’est sans doute que l’on s’assied bien. Et méditer serait alors un peu
plus** que méditer (mais chuut, dés que l’on se rend compte de cela, on retomberait…)
*: Cette rencontre serait le point de tangence de deux mondes: S’asseoir procéderait de la matière; méditer, de l’esprit. Ils se rencontreraient et temporairement ne feraient plus qu’un,
prakrti (la matière, la nature, le manifesté, l’incarné, ou simplement l’opposé de l’esprit, appelez-le comme vous voulez) et purusha (l’esprit). Pour la
philosophie du samkhya, prakrti a pour « mission » de servir l’esprit et de le refléter lorsque sous sa forme subtile, « mentalisée », elle
se caractérise par une intelligence (buddhi) pure (sattva). La philosophie du yoga appuie cette thèse et la creuse.
**: Métaphore: Je suggère par là que l’assise serait au manifesté ce que la méditation serait au non-manifesté. Trivialité et transcendance se fonderaient alors l’une dans l’autre. Le
yoga serait cette fusion.
par Marc
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Vendredi 16 novembre 2007
Selon les hindous, l'angoisse de la mort n’aurait pas de meilleurs verrouillages qu’un assortiment - savamment dosé en fonction des dispositions de chacun - de méditation (raja
marga*), d’activité désintéressée, le plus souvent altruiste (karma marga), de recherche du sens (jnana marga) et de prise en considération de l’Ultime (bhakti
marga).
Pour imaginer un barrage aussi habile, il faut avoir médité longtemps sur la question, cela au moins, c’est sûr.
*: Marga : voie, chemin en sanskrit. Le premier marga
(raja marga) est explicité par Patanjali (dans ses Yoga sutra), les trois autres sont décrits dans la Bhagavadgita, attribuée à Vyasa, l’Homère de
l’Inde.
par Marc
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Mercredi 14 novembre 2007
Face à la désolation de l'humanité, il ne s'agirait plus de s'assoupir mais de rester au garde-à-vous de l’esprit dans dhyana, l’assise éveillée.
par Marc
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Certaines méditations (dhyana et ses dérivés, vipassana, zazen, etc…) se caractérisent avant tout par l'immobilité en position assise.
Elles seraient est la meilleure approximation de l'état d'inertie, la revanche sur l'anxiété, même diffuse, qui caractérise tout mouvement, toute forme d'agitation - et l'on voit bien pourquoi ce
dernier terme a souvent une connotation péjorative. Dans cette immobilité, nous remarquons l'inévitabilité respiratoire et tout le mystère qu'elle soulève.
Cette constatation du corps respiré qui disjoint l’organisme pour un temps de la matérialité* est à la fois un aspect de la méditation et une de ses possibles définitions.
*: Plus exactement: d'une matérialité plus inerte, moins habitée de vie.
par Marc
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Vendredi 21 septembre 2007
Il paraît que parfois, à force de réfléchir, le jnani* découvre les vérités, non pas comme elles sont consignées dans les livres
sacrés de l’Inde, mais comme ceux qui les ont rédigées les ont d'abord pensées.
Quelle sensation extraordinaire ce doit être alors, de se percevoir dans les parages du plus que sacré, à l’aise avec les archétypes fondamentaux; et quel vertige de constater, depuis cette
hauteur, ce qu'il en reste dans les esprits confus d'aujourd'hui!
*: Celui qui pratique le jnana yoga, le yoga de l’herméneutique.
par Marc
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Mercredi 12 septembre 2007
Le yoga serait le seul sport dont le style ne puisse évoluer. En cela, il serait le sport absolu, ou l'anti-sport.
Nous ne sautons pas une haie aujourd'hui comme nous le faisions il y a cinquante ans, nous n’allons pas au but, le ballon au pied, aujourd'hui comme hier, mais padmasana, la posture du lotus, elle, n'évolue pas. Si une attitude est statique, son histoire ne peut
être faite que d’immobilité.
Padmasana serait le reflet d'une fleur, pas d'une grimace.
par Marc
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Le niveau de conscience qui oblitère jusqu'à la plus légère effluve de la douleur de vivre, ce serait celui où nous nous sentons en harmonie avec la nature.
Rien ne semble pouvoir nous arriver quand nous agissons comme nous pensons qu’il faut le faire. Pas de dualité. Pas de conflit en nous, les Indiens parlent de yoga...
par Marc
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