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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

concession

Influencés par une certaine littérature de l’à-peu-près spirituel fort en vogue aujourd’hui, la plupart des méditants pensent que leurs efforts se justifient par la perspective de l’illumination. Jamais, hélas, on ne leur dit qu’il est aussi illusoire de chercher celle-ci dans l’assise que de vouloir faire sortir un lapin blanc d’un chapeau. Jamais on ne leur suggère que la méditation se suffit à elle-même*, qu’il n’y a strictement rien à en attendre et que c’est pour cela qu’elle est si belle, parce qu’elle est vierge de tout calcul.

Cela n’a pas toujours été le cas: dans l’histoire, on s’est aussi beaucoup assis « gratuitement », entendez par là pour le simple plaisir (ce n’est peut-être pas le meilleur terme) de s’asseoir, de s’asseoir bien (quoi que, l’on entende ici par « bien »). Prenez le Chinois Huai-jang par exemple, pour ce disciple de Hui-Neng la chose, déjà, était claire, méditer (tso-ch’an) n’apportait pas plus l’illumination (on appelait cela « la Bouddhéité » à l’époque en Chine) que polir une pierre ne faisait de celle-ci un miroir; c’est la métaphore qu’il proposa d‘ailleurs à Ma-Tsu pour lui faire comprendre l'inanité de sa démarche méditative jusqu’alors toute axée sur le résultat. « Que faire alors pour atteindre la Bouddhéité? », lui demanda Ma-Tsu. « C’est comme conduire une carriole », lui répondit Huai-jang. «Quand elle s’immobilise, vous fouettez le véhicule ou les bœufs?» Et Ma-Tsu comprit alors lui aussi que la vérité est à atteindre par l’esprit (hsin) et non par la pratique de l’assise (ts’o).

Cela dit, comme tant d’autres avant et après lui, Huai-jang aurait sans doute concéder que s’asseoir en silence donne quelque confort à l’esprit dans son long chemin vers ce dont rien ne peut-être dit et que l’on fait fuir dès qu’on l’évoque et qui s’encourt encore plus vite lorsqu’on le recherche.

 

 

 

 

*: Remplacez méditation par travail et relisez « Le Laboureur et ses Enfants » de Jean de La fontaine.

P.S.: Le billet du 23 décembre 2007 parlait de décrochage.

 

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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Blog de Cat 23/12/2011 19:43


S'asseoir en silence, nul doute que c'est déjà un pas vers une certaine tranquillité à défaut d'en être à la méditation profonde !


 


bonjour Marc, je suis de retour avec un nouveau Blog !

Marc 30/12/2011 18:35



Chouette alors. Salut à toi, Cat.