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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

clarté

À l'indécision de Cioran qui déclare qu’"entre l'exigence d'être clair et la tentation d'être obscur, impossible de décider laquelle mérite le plus d'égards*", Isaac B. Singer répond avec conviction: "There is no great art in confusing people**."

Y a-t-il une façon d'écrire qui permette d'être accessible et clair, sans transiger, sans rien concéder quant au sens de l'écrit aussi subtil soit-il, bref, sans tenir compte du lecteur mais bien, exclusivement, de sa propre exigence d'écrivain consistant à ne trahir à aucun prix la pensée qui a surgi du silence sacré en un éclair d'incontournable évidence?

Respecter l'inspiration, quitte à négliger le lecteur, n'est-ce pas finalement la seule façon de réellement le respecter? Sans l'inspiration de l'écrivain y aurait-il des lecteurs? Pourquoi bassement les séduire par un discours adapté, vulgarisé et désacralisé (puisque rendu exsangue d’inspiration non travestie)? Pourquoi les habituer à une lecture toujours plus facile qu'ils vont un jour croire qu'elle leur est due? Pourquoi contribuer à l'extinction des lecteurs exigeant l'authenticité? Pour se suicider?





*: Cioran. Aveux et Anathèmes. Gallimard, page 140.

**: " Ce n'est pas du grand art que de rendre confus les gens (les lecteurs en l'occurrence)." (Propos approximatifs mais respectueux du sens, tenus par Singer lors d'une interview télévisée.)

P.S.: Le billet du 2 février 2008 était un coup de gueule et suggérait quelques lectures salutaires en ces temps-là de pensée ultra molle. (Et dire que, comparé à aujourd’hui, on n’avait encore rien vu…)

 

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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Francoise-L. 04/02/2010 14:06


Pour moi il n'y a pas incompatibilité obligatoire entre élégance et vérité.
Ce que j'aimerais savoir c'est le qualificatif donné à ce qui n'est pas élégant.
Si c'est "vulgaire" c'est la racine de "vulgarisation" c'est à dire d'accessible à un plus grand nombre, à condition de faire l'impasse sur des détails inutiles à ceux qui "n'auront pas à faire"
mais juste à "avoir des notions de"


Marc 10/02/2010 11:55


Je ne me sens personnellement investi d'aucune responsabilité vis-à-vis du plus grand nombre. Je n'écris pas pour lui, ce dont il se contrefiche d'ailleurs. Mes ouvrages et mon blog ne recherchent
même pas un public nombreux. Ce qui me préoccupe c'est d'être vrai. Ce dont je me soucie c'est de cultiver le doute. L'élitisme ne me rebute pas s'il est la seule alternative à la médiocrité,
synonyme de vulgarité ou encore d'inélégance à mon sens (et à mon sens seulement).
Une question de point de vue, rien de plus, cela dit, chère amie.


Francoise-L 03/02/2010 11:26


Je pense et je ne suis pas la seule, "" le prouve, que "ce qui se conçoit bien s'exprime clairement" cependant il peut y avoir plusieurs niveaux de compréhension et , dans certains domaines, des
prérequis sont indispensables au lecteur pour comprendre.
Une fois que l'on a défini le public avec lequel on souhaite communiquer, car apte à participer dans l'échange, "on a le devoir de se faire comprendre" et d'accepter même d'être perçu au-delà de
notre propre attente consciente, ce qui alimentera le débat.
Amicalement


Marc 04/02/2010 12:09






Quelques pistes:





"[...] les œuvres explicites au message bien net et bien souligné contiennent, prêts à la consommation,
tous les éléments que le lecteur devrait fournir. Qu'un art ne laisse rien à l'imagination, c'est un symptôme certain de décadence; la muse dénude son sein flétri comme une catin trop obligeante;
il n'y a plus de promesse voilée, plus de mystère, rien à deviner."


Extrait de "le Cri d'Archimède" d'A. Koestler. p.
323


Mais:


 Koestler (p. XV de ses écrits autobiographiques, Laffont, Bouquins):


 "J'admire la simplicité de style, mais non quand elle obscurcit le contenu."


  "Une phrase maladroite est souvent plus près de la vérité qu'une phrase simple et
élégante."


"Si vous cherchez à décrire la vérité, laissez l'élégance au vestiaire." (K. citant Einstein)