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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

dilemme

Le temps le plus long possible serait l'éternité, le temps le plus court possible serait le présent.
L'éternité, cette quantité de temps infiniment grande, serait l'infinie succession de temps infiniment courts appelés « présents ». Le présent, cette quantité de temps infiniment petite, serait l'infinie réduction à rien d'une éternité vécue dans l'instant.
Selon que l'on ait tendance à envisager notre rapport au divin depuis un bout ou l'autre de l'échelle du temps, on sera plus ou moins sensible à la philosophie dualiste du shamkya d'Ishwarakrishna ou à la philosophie non dualiste de l'advaïta vedanta de Shankara.

Ne fuyez pas! Je m'explique en faisant référence à la pratique de la méditation. Prenons l'image d'un chaudron avec son couvercle. Sous celui-ci, le contenu est composé de pensées triviales et au fond, de pensées raffinées, « divines ».
On peut presser sur le couvercle pour l'empêcher de se soulever (répétition de mantra, concentration sur un mandala, sur la respiration, sur la question « Qui suis-je ?», etc...) et quand l'esprit (la main qui presse) est trop fatigué, on laisse alors le couvercle s'ouvrir et ainsi quelques pensées vont s'échapper. C'est un travail long, volontairement - Dieu sait pourquoi on s'y adonne! - retardateur du moment où ce seront les pensées raffinées, « divines » qui pourront s'échapper et être portées à la conscience.
Bien plus facile et bien moins fatigante, la méthode qui consiste à laisser dès le départ le chaudron sans couvercle: les pensées s'échappent en masse, elles sont libres et assez vite on pourrait en arriver aux pensées raffinées, « divines ».

Mais qu'en est-il de ces pensées « divines » (que, par ailleurs, nous ne tenterons pas de définir car elles sont de celles dont rien ne peut être dit, peut-être même est-ce le silence pur, la vertigineuse absence de pensée)? C'est là que l'on revient à ces fameux Ishwarakrishna et Shankara.
Ishwarakrishna considère cette production de pensées raffinées sous cet angle: un point de tangence infiniment bref (le présent) où Purusha (l'Esprit) et prakriti (le monde phénoménal et ses consciences) se touchent, Purusha n'étant jamais perturbée ou polluée en quoi que ce soit par prakriti.
Shankara, lui, prétend que ce point de tangence, lorsqu'il est atteint, se poursuit indéfiniment: c'est qu'il ne fait que révéler, selon lui, le caractère absolument identique des deux pôles* que sont Brahman (la Réalité Ultime) et atman (la conscience individuelle, « l'âme », diront certains). Le présent est éternel depuis toujours et pour toujours; simplement, avant d'attendre ce point de tangence (le fond du chaudron), on l'ignorait.
Ishwarakrishna dit, lui, que l'on retombe vite, loin de Purusha [sauf peut-être dans certains samadhi (états mystiques) très raffinés, décrits sans trop d'insistance par Patanjali].

Qui a raison, qui a tort, voilà le passionnant dilemme de la spiritualité. Il y a tant à en dire, pour autant que l'on ait soi-même, un jour (et pour toujours ???), toucher ce point de tangence.
Autrement dit, reste-t-on divin dès que l'on réalise sa propre nature divine ou redevient-on humain en soif permanente de cette divinité que l'on aura approchée un jour de près?
Autrement dit encore, l'éternel est-il présent (comme le pense Shankara) ou le présent est-il éternel, mais seulement le temps d'un instant au goût d'éternité (comme le suggère Ishwarakrishna)? 


Allons, cessons à présent de réfléchir à ce passionnant dilemme et tentons de retourner au silence, à ce monde dont (et d'où) rien ne peut être dit, ni quant à sa présence, ni quant à son éternité, ni quant à quoi que ce soit...





*: Nous employons le terme pôle car Purusha n'est pas Brahman, pas plus que prakrti n'est l'atman, il s'agit de deux champs de terminologie utiles à rapprocher mais différents.
P.S.: Le billet du 16 janvier 2008 évoquait le respect dû à tous les êtres animés de vie, indistinctement.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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Francoise -Louise 17/01/2009 18:50

Le présent et l'éternité que tu évoques semblent être des durées, l'éternité étant la somme des présents.Or, une somme tend vers zéro si les éléments qui la composent se désagrègent.Et s'ils ne se désagrègent pas, les instants présents durent toujours et leur somme "éternité" tend vers l'infiniment grand...Vision théologique et vision mathématique aboutissent au même paradoxe, signature du "divin" dont le raisonnement nous dépasse et nous attend...Amicalement

Marc 19/01/2009 10:04


Je crois te suivre.
Merci, chère amie, pour cette réflexion profonde.


© Jack MAUDELAIRE 16/01/2009 17:12

---> Bonjour Marc,Pourquoi faudrait-il trouver ce qui a tort ou raison ? Ne serait-ce pas plus simple de se nourrir de semences du silence afin que l'éloquence apparaisse sur soi ?Bien amicalement, Jack.

Marc 19/01/2009 10:01


La parenthèse en début un troisième paragraphe et tout le dernier sont d'une certaine façon mes réponses à ton commentaire, Jack.
D'autre part, je ne suis pas de ceux qui pensent que la réflexion est inutile, qu'il suffit d'agir. Faire du vélo n'interdit pas de savoir comment sont faites les roues...
Amitiés.