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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

reprise

En sophrologie, la reprise désigne la technique par laquelle on sort doucement de l’état sophro-liminal, ce moment de grande détente, bien connu également de ceux qui méditent.
Doux aussi, le tempo avec lequel je reviens de vacances et reprends ce blog.
Ce billet - de reprise donc - sera un peu plus long que d’habitude car il faut vous dire pourquoi je me suis absenté si longtemps. Dès demain, les fulgurances reprendront. Non plus à un rythme quotidien mais à raison de cinq ou six billets par semaine car je dois terminer un ouvrage que je délaisse depuis trop longtemps.
Que retenir de ce voyage alpin?
En Suisse alémanique, des montagnes délicieusement préservées du tourisme de masse et de toute construction intempestive:


plus des concerts de belle facture, dont le poème symphonique l’Île des morts de Rachmaninov inspiré par un tableau de Böcklin (un tableau fort prisé aussi de l’écrivain Hermann Hesse dont on sait qu’il en possédait une reproduction lorsqu’il vint s’installer à Bâle en 1899 - je reviendrai à lui). Cette Île des morts, c’était le 30 août à Gstaad.
Le vendredi suivant, un autre grand moment musical avec une interprétation très enthousiaste par l’orchestre de chambre de Bâle sous la direction de Stefan Vladar de la Pastorale de Beethoven, un de mes morceaux préférés de musique classique occidentale.
Cet Oberland bernois où nous étions merveilleusement bien a vu séjourner il n’y a pas si longtemps encore de grands noms de la pensée profonde: Yehudin Menuhin, J. Krishnamurti et U.G. Krishnamurti. Est-ce pour cela que l’on y sent souffler l’esprit ou est-ce parce l’esprit y souffle qu’ils y sont venus? La réponse est peut-être chez Barrès quand il évoque « ces lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité… ».
Le matin du départ, à 8h45, alors que commençaient les désalpes


, je me saignai d’un haïku (Pardon, Basho!):

 

 

Les montagnes, l'été

Quittées

A la dernière pomme d'août

 

 

 

 

 

Après une visite amicale à l’écrivain Antoine Pitteloud, cet amoureux du Valais et fin connaisseur de l’œuvre de Rodolphe Töpffer, nous sommes alors descendus au Tessin, de peur de quitter le soleil. Fort touché par la pollution et le tourisme de troupeau


 

, nous nous sommes fait la réflexion, Dorys et moi, que ce canton n’aurait pas attiré Hermann Hesse* s’il avait vécu aujourd’hui. N’empêche, partir sur ses traces à Montagnola pour voir la maison où il a écrit Le dernier été de Klingsor**




et nous incliner sur sa tombe


 

nous consolèrent quelque peu de n'être plus dans la divine montagne.
Et d’autant plus que deux autres bonnes surprises, deux autres lieux touchés par l’esprit qui souffle nous attendaient.
Le premier se trouve près d’Ascona sur le Monte Verita. La poussiéreuse Casa Anata au charme désuet me rappela le centre théosophique de Bénarès et les Leadbeater Chambers d’Adyar. Je fus fort ému d’apprendre qu’Hesse y rencontra ce Gusto Gräser (en 1909 ?) qui lui inspira Demian et aussi de découvrir au détour d'une porte sans angles une très belle photo de D. T. Suzuki, le plus fin connaisseur du Zen rinzaï. Personne ne put me dire ce que cette photo faisait là et si Suzuki était passé lui aussi un jour dans cette Casa qui a vu défiler dans la première moitié du siècle dernier tout ce que le monde comptait comme personnalités hors du commun.
La seconde surprise, il fallut la mériter elle, après une ixième épingle à cheveux dans le Val Lavizzara: la petite église de Mogno, construite par Mario Botta. Un lieu de pureté et de silence:


 

Puis ce fut le retour, l'éternel retour - que l’on peut dépeindre concisément ainsi (c'était un temps où j’écrivais déjà de médiocres haïkus):

Booboobar terrace

When the moon disappeared

I left

(Terrasse du Booboobar

Quand la lune disparut

Je m'en allai)

 
[Saanen, Booboobar, 26/7/90, 21h45]


 

 

*: Voici une ses fulgurances entendues dans la vidéo proposée au musée:

Cela n’a pas de sens de vouloir écrire ce que l’on n’a pas vécu.

Je suis totalement d’accord avec cela et dans la modeste mesure de mes moyens je prétends avoir toujours essayé de l’appliquer, que ce soit dans mon essai philosophique L’autre rive de nulle part (Ed. Dricot, 2000) ou dans les fulgurances que je soumets à votre sagacité depuis deux ans.
**: C’est à sa relecture, lorsque Hesse fait dire au peintre Klingsor s’adressant à son ami Louis :

- On peint faute de mieux, tout simplement, mon cher.

que m’était venue l’idée du titre de ce blog. (Faute de mieux étant en français dans le texte allemand original.)
P.S.: Le billet du 19 septembre 2007 proposait un classement révisé des êtres humains: rectification.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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S
Bien aimé suivre ces instants de voyage dans ces lieux préservés  imprégnés de musique, de littérature.
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M
<br /> Et de soleil.<br /> Merci Sido.<br /> <br /> <br />
C
Merci Marc pour cette bouffée d'air montagnard...Et bonne reprise
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M
<br /> Une reprise lente, Catherine, mais une reprise quand même, Catherine. Tu vas bien?<br /> <br /> <br />
M
lecture enthousiaste..., ayant patienté, me voici non pas juste réjouie mais honnorée de découvrir tes mémoires du mois...et bien plus encore...merci à toiprofond mercitu es "lié" depuis le 15, sans ta permission!! :)
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M
<br /> Profond merci aussi, Mamadoni. L'honneur, un si beau mot dans ta bouche.<br /> <br /> <br />
C
Quel plaisir de te lire à nouveau :-)Pour moi aussi c'est la reprise, lente, il y a déjà presque trois semaines que nous sommes rentrés.Namaste Marc
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M
<br /> Namaste, Célestji.<br /> <br /> <br />
G
j'aime beaucoup Hermann Hesse.Il y  quelques années,j'ai lu,à la file ,la plupart de ses romans...."Narcisse et Goldmund"m'a enchantée
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M
<br /> Un auteur à relire aussi. Un des rares...<br /> <br /> <br />