faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Pour ce devoir de vacances d’automne, considérez d’abord, chers amis, ces réflexions glanées au fil de lectures:
« Un observateur impartial venu d’une planète plus évoluée, et qui d’un coup d’œil considèrerait cette histoire [de l’homo sapiens] de Cro-Magnon à Auschwitz, conclurait
sans nul doute que notre espèce est un produit biologique admirable à certains égards, mais dans l’ensemble profondément morbide, et que les conséquences de sa maladie mentale l’emportent de
beaucoup sur ses réussites culturelles s’il s’agit d’évaluer ses chances de survie. »
(Arthur Koestler, Janus, Calmann-Lévy, 1979, p.15)
« Dans « Tout change parce que rien ne change », il [J. F. Kahn] bouleverse les idées reçues que nous caressions il n'y a guère encore à propos de la notion de
progrès. Il faut dire qu'elle en prend un coup, ces temps-ci. La moindre allusion à des lendemains qui pourraient encore chanter se heurte à l'incrédulité et à l'hilarité générales. Qu'il puisse
y avoir un sens à l'histoire laisse sceptique le plus confiant. »
(Jacques De Decker, le Soir du 27/07/1994)
« Par ailleurs, évidemment que dans les années 80, on savait que c’était bien parti pour ne pas s’arranger. Mais il y avait encore
des gens qui pouvaient croire le contraire, alors qu’aujourd’hui, il faut être balaise en optimisme pour imaginer que les décennies à venir vont être pimpantes. »
(Interview de Virginie Despentes par Philippe Manche, le Soir du 14 & 15/08/2007)
« A travers une modeste peinture accrochée à côté, où un triste cabot se laisse submerger par la pluie, l’artiste rappelle ce que l’on voudrait oublier: décidément il
fait un temps de chien. Un temps à ne pas mettre une utopie dehors. Ce monde qui semble étourdiment s’élancer vers sa fin, Ardouvin sait merveilleusement en cristalliser le dernier souffle ;
[…] »
(Article du Monde du 27/10/2007 d’Emmanuelle Lequeux sur l’artiste Pierre Ardouvin)
Et vous, qu’ajouteriez-vous à ce florilège? Que pensez-vous du pessimisme de l’époque?
Mais surtout, surtout, pour vous qui n’ignorez pas que tout est mental - « Une chose dont on ne parle pas n'a jamais existé », disait a contrario Oscar Wilde -, le fait que l’on suggère de plus en plus ouvertement qu’est venu le temps de la fin de l’homme, qu’implique-t-il? Les pensées que nous émettons se matérialisent-elles toujours quelque part, comme le pense le poète Julos Beaucarne? Sommes-nous descendus en enfer parce que, comme Rimbaud, nous nous y croyons (et chacun sait que l’on ne sort pas de l’enfer)? Et que penser de l’observation d’Eliphas Levi « Nous voudrions faire observer que tout ce qui porte un nom existe; on peut prononcer des paroles en vain, mais ces paroles en elles-mêmes ne sauraient être vaines, et le langage a toujours un sens » si ce nom prononcé est fin - notre fin, par notre faute?
S’agissant d’un devoir de vacances, vous avez quinze bons jours pour affûter vos réflexions et éclairer notre - dernière ? - lanterne…
« Quid de l’espèce humaine ? », demande Olivier Schmitt (dans le Monde2 du 1er décembre 2007) à Michel Tarrier, auteur d’un ouvrage qu’à mon avis il faut lire : « 2050, Sauve qui peut
Ailleurs dans l’article il se déclare très pessimiste quand on lui demande si on est foutus.
* : http://users.skynet.be/jdelacre/2050/unedelecologie.html
Encore un témoignage sur ce pessimisme rampant…
Quant au véritable sujet de ce billet, je viens de trouver ceci en relisant Miller:
"Les hommes, en d’autres mots, qui ont découvert que tout est Esprit, que ce que nous pensons est ce que nous sommes, et que ce que nous avons est ce que nous désirons vraiment. "
(Henry Miller, Virage à
Je vous remercie d'avoir participé à ce devoir de vacances.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: