méditations

On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?

Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?

Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?

S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?

Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?

Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !

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Dimanche 21 octobre 2007
« J'ai une mémoire extraordinaire... j'oublie tout », disait Jules Renard. Cette jolie formule me revint en mémoire alors que, méditant, j'essayais de me persuader qu’il était accessoire de se rappeler cette chose précise mais sans grande importance que j’avais sur le bout de la langue et dont l’oubli m’agaçait.
Elle réapparut toutefois vaguement. C’était une sorte de paradoxe.
Content de moi, j’essayai de ne plus y penser, de ne pas fixer cette idée qui ne venait pas vraiment clairement à l'esprit. Mais plus j'essayais de l'oublier, de penser totalement à autre chose, plus s’incrustaient les désirs de rappel et de fixation.
Puis, j'ai pensé que si j'écrivais, c'est pour n'avoir jamais à retenir. Et que, curieusement, c'était dans cette « acceptation de l'oubli »,  qui est une façon de se débarrasser de ces fulgurances sans qu'elles soient tout à fait perdues, que se forgeait une certaine mémoire.
Ainsi, ce paradoxe dont je ne parvenais pas à bien me rappeler (ne le voulant pas au fond, et lui, en réaction, refusant de s'en aller) m'est-il alors revenu clairement, pendant que j'écrivais ces mots dans la lumière du jour se levant dans la gloire, moi qui ne pensais plus à lui, moi qui réfléchissais à d’autres choses, à savoir à ma démarche d'écriture, à l’acceptation de l'oubli et au curieux processus de renforcement de la mémoire.
par Marc publié dans : de choses et d'autres...
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Commentaires

Je crains malheureusement que rien ne s'oublie vraiment. Tout peut être enfoui au plus profond de l'inconscient mais c'est là prêt à surgir à tout moment. L'oubli ne me paraît donc guère possible, en revanche ne pas s'attarder ni à l'oubli ni à la mémoire est peut-être une bonne formule.
Quelqu'un a dit je ne sais plus qui d'ailleurs, nous sommes là pour grandir, et grandir n'est-ce pas se souvenir car sans mémoire pouvons-nous être malgré tout complet ?
commentaire n° : 1 posté par : cat (site web) le: 21/10/2007 11:39:02
La phrase de Jules Renard serait à comprendre ainsi :
Deux moines, Tanzan et Ekido, marchaient le long d’une rue boueuse. Soudain ils virent une fille d’une grande beauté qui n’osait traverser de peur de se salir. Tanzan la prit dans ses bras et la déposa sur l’autre trottoir. Les deux moines continuèrent leur route un long moment sans parler. Arrivé quasi au monastère, Ekido n’en put plus. Il dit à Tanzan : « Les moines sont sensés ne pas toucher les femmes ! Qu’avez-vous donc fait ? » Et Tanzan de répondre : « Mon cher Ekido, j’ai déposé cette fille de l’autre côté de la rue, mais vous, vous la portez toujours ! »

Et pour changer de niveau de conscience, pourquoi ne pas conclure avec Héraclite :
« Ce que nous voyons et prenons, nous le laissons, tout ce que nous ne voyons ni ne saisissons, nous l'emportons. »

(Héraclite. Penseurs grecs d'avant Socrate. Flammarion, 1964, p. 77)
Merci Cat d''être toujours là.
réponse de : Marc (site web) le: 22/10/2007 12:10:00
"puis j'ai pensé que si j'écrivais, c'était pour ne jamais avoir à retenir"

très belle phrase.
retenir suppose un effort, écrire serait fixer pour garder une trace.

après la mémoire sélectionne d'elle même ce dont on se souvient et qui est probablement l'essentiel.

ceci dit, je me souviens d'une infinité de détails. si je pense à un événement passé que j'ai vécu, je me rapelle par exemple des vêtements que je portais (et aussi de ceux des autres), de ce que nous avons dit, des odeurs, des bruits ou de ce que nous avons, le cas échéant mangé. parfois j'étais "agacée "par toutes ces précisions qui s'imposaient, mais finalement j'ai compris qu'elle me sont indispensables pour revivre un instant.

de même la lecture d'un livre est indissociable du moment où je l'ai lu.

bon dimanche Marc

commentaire n° : 2 posté par : céleste (site web) le: 21/10/2007 11:49:27

« […]
Je sais une tristesse à l’odeur d’ananas
Qui vaut mieux qu’un bonheur ignorant les voyages. »

Jules Supervielle, 1922, Débarcadères
Comment mieux te répondre que par ces deux lignes...
Bonne semaine, Céleste.

réponse de : Marc (site web) le: 22/10/2007 12:12:24
...on me dit  gentiment " tu devrais publier" ou "au moins tu devrais sauvegarder", je dis "oui" mais je pense "non" je n'écris pas pour accumuler quelque chose de plus, j'écris pour me libérer de ce qui m'embarrasse encore...;-)
commentaire n° : 3 posté par : Caillou (site web) le: 21/10/2007 17:08:48

A ceux qui t'incitent à publier tu pourrais citer Cioran:
« On ne découvre une saveur aux jours que lorsqu'on se dérobe à l'obligation d'avoir un destin. »
Et tant mieux si toi, tu n'as pas besoin de lui pour te consoler...

réponse de : Marc (site web) le: 22/10/2007 12:36:42
écrire ses pensées, c'est peut-être leur donner une matérialité, avant de les mettre en action ...
commentaire n° : 4 posté par : Leloire Marie-Claude (site web) le: 21/10/2007 23:13:39
Les mettre en action, les idées? Est-ce vraiment une priorité?
«  Plus tu auras réussi à écrire (si tu écris), plus éloigné tu seras de l'accomplissement du pur, fort, originel désir, celui, fondamental de ne pas laisser de trace.
Quelle satisfaction la vaudrait? Ecrivain, tu fais tout le contraire, laborieusement le contraire! »

Henri Michaux, Poteaux d'angle, Gallimard, 1981, p. 57.
réponse de : Marc (site web) le: 22/10/2007 12:30:58
" acceptation de l'oubli"

Combien ces mots résonnent en moi..
puisque c'est justement en m'arrêtant de chercher ..
que je récupère, patienment , ma mémoire .

Curieux chemin apparament dénué de sens..
mais si riche d'expériences ..
par tout ce que j'apprend à " laisser " .
commentaire n° : 5 posté par : lilou le: 22/10/2007 13:27:45
"Tout ce qui n'est pas donné est perdu", dit Hasari Pal dans La Cité de la Joie de Lapierre. De toute façon.
réponse de : Marc (site web) le: 23/10/2007 10:42:25

fulgurances

La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.

Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…

Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.


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