… non seulement il nous empêcherait de souffrir de la douleur du monde [, cet ego], mais bien souvent il s'en réjouit: « Tant mieux, c'est lui, ce n'est pas moi... » Et là, ce serait bien plus regrettable encore: car à se réjouir de la douleur de l'autre, nous la générerions inconsciemment. Un dernier pas, et nous la provoquerions sciemment. Et sa douleur étant la nôtre, c'est l'humanité toute entière qui souffrirait d’une souffrance évitable*.
Autre façon de voir la chose: nous nous réjouissons de la souffrance de l’autre, et lui se réjouit de la nôtre**; et tout le monde se réjouit de la souffrance de celui qui n'est pas soi; et le monde se maudit lui-même; et n'arrive que ce qui doit ainsi arriver, car la pensée est très puissante, surtout focalisée avec une telle intensité et utilisée à cette échelle.
Le choix qui nous est donné serait donc apparemment simple: souffrir ou transcender l'ego souffrant et générateur de souffrance.
*: À cela s’ajoute une autre souffrance, inévitable celle-là, que constitue le fait même de vivre et d’être sujet à la déchéance physique progressive, bref d’être mortel.
**: Le contraire est mudita, un des quatre sentiments exempts de limites selon le bouddhisme. C’est l’opposé actif de la jalousie. On pourrait le traduire par: réjouissance du succès de l'autre.
P.S.: Le billet du 23 avril 2007 parlait, lui, de dessillement.



vous avez dit: