méditations

On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?

Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?

Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?

S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?

Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?

Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !

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Samedi 2 février 2008

« […], il fallait conclure que celui qui a raison, c’est celui qui réussit, et qu’il a raison pendant le temps qu’il réussit », disait Camus dans son fameux discours de 1946 à Columbia University sur « la Crise de l’Homme », crise qu’il définissait comme « […] seulement la montée de la terreur consécutive à une perversion des valeurs telle qu’un homme ou une force historique n’ont plus été jugés en fonction de leur dignité, mais en fonction de leur réussite ».
Alexandre le Grand a eu raison, Hitler aurait été admiré aujourd’hui s’il avait réussi, Bush aussi. Le Christ a gagné, Apollonius de Tyane, perdu. Verdict du succès, verdict de l’histoire, la grande.
Et la petite? Celui qui a une position sociale, une névrose dûment contenue, des collaborateurs « dévoués », une piscine dans le jardin, une allemande dans le garage, des skis dans la remise, un GPS, un GSM, un ultra plat HD, un Blackberry, a réussi. On l’envie. Il a donc raison. Que pourriez-vous lui opposer? Il se moque de votre simplicité volontaire (« Volontaire? Mon œil », pense-t-il), de vos lectures, des éloges de la paresse* et de l’oisiveté* qui garnissent vos rayons; Bouddha*, Bounan*, Gandhi*, Lafargue*, Lazslo*, Malevitch*, Mandler*, Partant*, Russel*, Thoreau*, Vaneigem*, il ne les a pas lus. D’ailleurs il ne lit pas. Il a raison.
A l’inverse, l’original, celui qui ouvre les bras, partage, compatit, lutte pour que la planète reste vivable, prise le silence, se contente de peu, ne se met pas en avant, ne pousse d’aucun coude, n’a pas le goût de la marchandise, celui-là n’intéresse personne. Personne ne l’envie et les Camus* et Bourdieu* ne sont plus là pour le défendre. Sa lucidité offusque. Il a tort.
Et pour le méditant, raison d’avoir tort.




*:
Bouddha: La deuxième des quatre nobles vérités
Michel Bounan: « Sans valeur marchande » (Allia, 2000)
Bourdieu: Lisez ce dialogue passionnant avec Grass paru dans le Monde en décembre 1999 où Bourdieu dit penser que « la révolution néo-libérale est une révolution conservatrice ».
Albert Camus: « La Crise de l’Homme » (Œuvres complètes II, Pléiade, Gallimard)
Gandhi: « Autobiographie » (Quadrige, PUF, 1950)
Paul Lafargue: « Le droit à la paresse »  (Mille et une nuits, 2000)
Ervin Laszlo: “The inner limits of mankind” (Oneworld, 1989)
Kazimir Malevitch: « La paresse comme vérité effective de l’homme » (Allia, 1995)
Jerry Mander: “In the absence of the sacred” (Sierra Club Books, 1992)

François Partant: « La fin du développement » (Babel, 1997)
Bertrand Russel: « Eloge de l’oisiveté » (Allia, 2002)
Thoreau: “On the duty of civil disobedience” and the first chapter of “Walden” (on “Economy”) (New American Library, 1960)
Raoul Vaneigem: « Nous qui désirons sans fin » (Folio actuel, 1998)




P.S.: Le billet du 2 février 2007 parlait de contemplation.

par Marc publié dans : de choses et d'autres...
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fulgurances

La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.

Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…

Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.


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