Nous acquérons quelque objet quand notre désir pour lui est plus fort que le silence.
Symptôme extrêmement alarmant.
faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Nous acquérons quelque objet quand notre désir pour lui est plus fort que le silence.
Symptôme extrêmement alarmant.
« Le poids des pensées ». Personne sans doute mieux que le yogi ne peut comprendre cette expression. Assis en lotus, le dos droit, la nuque étirée, les coudes à l’aplomb des épaules, les mains jointes, tous les muscles détendus, son corps grandit quand le vide s’installe. A l’inverse, lorsque les pensées l’envahissent, son échine se courbe, ses épaules s’arrondissent, le mal au dos s’installe à porter ce fardeau…
« Tout est douleur, tout est éphémère et rien n’a d’individualité propre », remarqua le Bouddha.
Tout était dit. Il ne restait plus qu’à s’asseoir.
Méditer: quand la pensée ne porte plus mais est observée.
On peut s’asseoir sans méditer. On peut méditer sans s’asseoir. Mais quand s’asseoir et méditer ne font qu’un*, c’est sans doute que l’on s’assied bien. Et méditer serait alors un peu
plus** que méditer (mais chuut, dés que l’on se rend compte de cela, on retomberait…)
*: Cette rencontre serait le point de tangence de deux mondes: S’asseoir procéderait de la matière; méditer, de l’esprit. Ils se rencontreraient et temporairement ne feraient plus qu’un,
prakrti (la matière, la nature, le manifesté, l’incarné, ou simplement l’opposé de l’esprit, appelez-le comme vous voulez) et purusha (l’esprit). Pour la
philosophie du samkhya, prakrti a pour « mission » de servir l’esprit et de le refléter lorsque sous sa forme subtile, « mentalisée », elle
se caractérise par une intelligence (buddhi) pure (sattva). La philosophie du yoga appuie cette thèse et la creuse.
**: Métaphore: Je suggère par là que l’assise serait au manifesté ce que la méditation serait au non-manifesté. Trivialité et transcendance se fonderaient alors l’une dans l’autre. Le
yoga serait cette fusion.
Puisqu'il n'y a - aurait ? - aucun but à atteindre dans la méditation, il n'y aucun bruit qui nous y dérange.
Le bruit freinerait notre progrès? Vers quoi? Rien ne presse. Le but est le présent. Le présent est le non-but. Et le présent est parfois le bruit. Gloire à lui donc, puisqu'il faut bien être là
(nous qui n'avons rien demandé).
Ceci met en évidence le caractère radicalement didactique de la méditation: nous y apprenons l'art du « Kwet baat nehe » des Indiens et du « Maï pen raï* » des Thaïlandais.
*: Qui, tous deux, pourraient se traduire par « Qu'importe! ».
Une vie de travail, c'est une vie qui nous détourne de notre travail: comprendre pourquoi nous sommes là.
« Les conséquences du changement climatique risquent d'être irréversibles », disent textuellement, ce vendredi, les scientifiques du Groupe
intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat réunis à Valence.
Irréversible, le mot est lâché. Comment le rattraper alors que maintenant l’idée existe?
Quoi de plus terrible que l’irréversible? L’inéluctable sans doute, dernier tabou encore imprononcé mais sans doute plus pour longtemps au rythme où vont les choses, rythme évoqué
ici.
« La perception est la chose elle-même », disait Husserl et Saint-Exupéry pensait lui que « la vérité n'est pas ce que nous découvrons mais ce que nous
créons ». Une réalité évoquée peut-elle alors ne pas se réaliser ? Il serait bon en tout cas d’y réfléchir, et à la lumière aussi de ce que disait Félix Guattari en 1992 (le
catastrophisme déjà):
« Des accidents écologiques, tels Tchernobyl, ont certes conduit à un réveil de l'opinion. Mais il ne s'agit pas seulement d'agiter des menaces, il faut passer aux réalisations
pratiques. Il convient aussi de se rappeler que le danger peut exercer un véritable pouvoir de fascination. Le pressentiment de la catastrophe peut déclencher un désir inconscient de catastrophe,
une aspiration vers le néant, une pulsion d'abolition. C'est ainsi que les masses allemandes, à l'époque du nazisme, ont vécu sous l'empire d'un fantasme de fin du monde associé à une mythique
rédemption de l'humanité. » (Le Monde Diplomatique d'octobre 1992, p. 26.)
Tout ceci nous ramène au devoir de vacances du 30 octobre, toujours en chantier, et au sujet plus actuel - hélas - que
jamais.
Selon les hindous, l'angoisse de la mort n’aurait pas de meilleurs verrouillages qu’un assortiment - savamment dosé en fonction des dispositions de chacun - de méditation (raja
marga*), d’activité désintéressée, le plus souvent altruiste (karma marga), de recherche du sens (jnana marga) et de prise en considération de l’Ultime (bhakti
marga).
Pour imaginer un barrage aussi habile, il faut avoir médité longtemps sur la question, cela au moins, c’est sûr.
*: Marga : voie, chemin en sanskrit. Le premier marga
(raja marga) est explicité par Patanjali (dans ses Yoga sutra), les trois autres sont décrits dans la Bhagavadgita, attribuée à Vyasa, l’Homère de
l’Inde.
Le paradoxe de la méditation: rester vigilant à ne rien vouloir acquérir dans l' « exercice » de l'assise, même pas de la vigilance.
Face à la désolation de l'humanité, il ne s'agirait plus de s'assoupir mais de rester au garde-à-vous de l’esprit dans dhyana, l’assise éveillée.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: