Les premiers, pour la plupart, ne voient rien à redire à ce que le monde de souffrance perdure. Ils y contribuent d’ailleurs.
Les seconds s’insurgent contre la création. Ils veulent comprendre. Ils veulent même arrêter tout, pour eux-mêmes du moins.
Cela dit, même la pratique érémitique de la méditation ne permettrait pas de prendre un recul total. C’est en tout cas ce que me disait Swami Girijananda* dans son kutia au bord du Gange, assez loin en amont d’Uttarkashi, ville qu’il évitait pour n’avoir pas à croiser ce qu’il appelait avec une candeur délicieuse des « ladies ».
N’y aurait-t-il pas de quoi être désespéré de n’avoir jamais le dernier mot avec ce génie qui prend un malin plaisir à nous ravaler au rang du mammifère en rut?
*: « - Moi-même je n’ai jamais compris pourquoi le créateur n’a jamais daigné me mettre à l’abri de mon instinct.
C’était dire avec élégance que le sexe était encore, même à l’âge vénérable qui était le sien, un sérieux problème, un obstacle sur le chemin du détachement et de la plénitude. Je fus très surpris de sa confession, je dois dire, et cet aveu d’impuissance c’est peut-être ce que je garderai toujours en mémoire de mes visites à Swamiji, même dans mes vieux jours - si Shiva des montagnes me prête longue vie en ce corps -, quand l’Inde ne sera plus qu’un épisode lointain de mes années vagabondes. »
(Marc Delforge, L’autre rive de nulle part, Editions Dricot, 2000, p. 86)



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