…De la même façon que le hatha yoga pratiqué « à l’occidentale » ouvre parfois sur un monde que l’on ne soupçonnait pas au départ, la pratique méditative de l’assise peut sans doute apporter d’autres résultats que ceux escomptés dans l’effort et déboucher sur cette autre rive évoquée plus tôt. Mais pour cela, chut! Il ne faut rien dire…
Selon Dogen, c’est le moine Xiangyan Zhexian qui attint l’éveil en projetant un caillou contre un pilier en bambou de sa hutte et qui, alors, lança à son maître Dagui Dayuan, resté loin de là: « Maître Dagui, si autrefois vous m’aviez expliqué, comment l’événement actuel aurait-il pu avoir lieu? Votre bienveillance dépasse en profondeur celle d’un père et d’une mère!* »
Tout est peut-être là, dans l’oubli conscient et inconscient du désir, dans le non-désir.
* : Extrait de La Vision Immédiate de Dogen, traduction et commentaire par Bernard Faure, Editions Le Mail, Paris 1987, p. 124. Cette histoire est très peu connue et pour cause : elle suggère que le désir d’atteindre l’éveil est le plus sûr obstacle à celui-ci et met dès lors en doute l’utilité même de l’enseignement spirituel à vocation libératrice. On la retrouve pourtant au moins une fois ailleurs (et curieusement sous la plume d’un dignitaire): dans les essais zen de l’Abbé Zenkei Shibayama intitulés A Flower does not talk (Ch. E. Tuttle Company, Tokyo, Japon, 1975, p. 107 et suivantes). Là, Xiangyan Zhexian s’appelle Kyogen et son maître, Isan.

vous avez dit: