A sa sortie, j’avais trouvé la Lettre à D d’André Gorz particulièrement émouvante (Galilée, Paris, 2006). Je l’avais même donnée à lire à une autre D. La conclusion de cette Histoire d’un amour résume bien son propos: « Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »
Si, par impossible: ne voilà-t-il pas le plus fort mantra de la mort et de l’amour?
André Gorz fut un des plus avisés dénonciateurs de l’aliénation capitaliste et un philosophe au sens noble du terme, c’est-à-dire un homme tout simplement lucide. Sa femme et lui ont quitté leur corps résolument, main dans la main sans doute, comme Arthur Koestler et Cynthia*, comme d’autres encore qui se sont respectés** et qui nous manquent pour nous expliquer le monde et son fourvoiement.
« Leur geste me touche », nous confie Régis Debray, lors d’une visite à un journal bruxellois***: « C’est un geste philosophique: à la fois stoïcien, par son courage, et épicurien, par son athéisme. » Tout est dit là, pour lui rendre hommage, et bien mieux, à mon humble avis, que dans le Nouvel Observateur dont Gorz fut un des fondateurs (les hommages de Julliard et Daniel ne sont même pas repris au sommaire du numéro, il faut attendre la page 70).
Le Nouvel Observateur, qui tout en restant un des meilleurs hebdomadaires de France n’est manifestement plus ce qu’il était, la preuve encore par son sujet de couverture sur le cancer, cette semaine. Du déjà entendu, pour tout dire, et il y a longtemps, du temps des balbutiements du nombriliste "nouvel âge". (Le passage intitulé Méditer pour se ressourcer, p. 26, est particulièrement significatif de ce que l’on peut faire de plus bateau sur le sujet. Mais voilà, on parle si peu de méditation dans la presse popu d’aujourd’hui, que je me devais de vous avertir.)
C’était la triste actualité de la semaine écoulée, chers amis. Je répondrai à vos commentaires écrits durant cette période le plus tôt possible.
*: Le premier mars 1983
**: «L’homme qui se respecte quitte la vie quand il veut; les braves gens attendent tous, comme au bistrot, qu’on les mette à la porte.» (Ladislav Klima dans
« Sagesse du nihilisme », article du Monde du 07/06/1991)
***: Le Soir du 26/09/07



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