méditations

On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?

Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?

Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?

S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?

Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?

Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !

vous avez dit:

au fil des jours:

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Samedi 30 septembre 2006
Entendu hier soir, sur Arte, dans le film de Conrad Rooks, Siddhartha, cette perle de non-conformisme :
« Je sais que l’enseignement du Bouddha est excellent, cependant je veux suivre mon propre chemin. »
Le fleuve a beaucoup appris* à Siddhartha, un Gange de toute beauté, filmé ici au début des années 70, quelque part au Bihar ou en Uttar Pradesh sans doute.
Cette Inde-là, d’une infinie poésie, n’existe hélas plus, bouffée par une population qui serait toujours dans le décor. Rien que pour cette atmosphère perdue à jamais, le film de ce cinéaste beat valait son pesant de nostalgie. Mais il y avait plus...




  * : « Attendre, patienter, écouter, c’est ce que le fleuve lui avait enseigné. » (Siddhartha, H. Hesse, Livre de poche, p.186)
par Marc publié dans : actualité
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Vendredi 29 septembre 2006
Parler de méditation hindoue, bouddhique, chrétienne, musulmane ou autre n’aurait pas de sens. Se revendiquer d’une méthode en ce domaine serait n’avoir rien compris à sa grandeur, à son mystère, à son universalité; ce serait ignorer tout de ce silence duquel rien ne peut être dit.
Tout comme Dieu - dont certains disent même qu’il est à leur côté -, la méditation devrait sortir de tout carcan sectaire et échapper à toute appropriation pour redevenir l’affaire de chacun … dans le silence du petit matin par exemple, quand le jour n’a pas encore ranimé tous les oiseaux.

*


« Peu à peu se développait et mûrissait en Siddhartha la notion exacte de ce qu’est la Sagesse proprement dite, qui avait été le but de ses longues recherches. Ce n’était somme toute qu’une prédisposition de l’âme, une capacité, un art mystérieux qui consistait à s’identifier à chaque instant de la vie avec l’idée de l’Unité, à sentir cette Unité partout, à s’en pénétrer comme les poumons de l’air que l’on respire.* »
Arte nous propose de passer la soirée aux côtés de cet homme exceptionnel, campé de façon magistrale par Hesse dans une Inde du temps du Bouddha. Nul doute qu’il y a pires fréquentations, un vendredi soir. Infos sur le film sur arte.tv.




* : Siddhartha, Hermann Hesse, Livre de poche, 1989, p. 191

par Marc publié dans : actualité
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Jeudi 28 septembre 2006
Méditer, c’est comme flotter dans l’espace, là où, comme dit Anousheh Ansari dans son space blog*, « everything is effortless », tout se fait sans effort.
Nous faut-il un mode d’emploi pour contempler un lever du jour - même depuis ce bas monde -  et pleurer de bonheur?




 * : Le premier blog depuis là-haut. Souhaitez-lui donc un bon atterrissage. (Cliquez sur le lien "The first space blog"; son vaisseau, Soyuz TMA-9 doit atterrir demain au Kazakhstan à 01:10 UTC)
par Marc publié dans : actualité
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Mercredi 27 septembre 2006

La méditation ne serait pas observée par le mental et se produirait à mille lieues de lui; et lui, il ignorerait tout d’elle. Parler même d’une observation silencieuse et impersonnelle, d’une prise de conscience (même spontanée) serait encore trop. Au fond, on ne pourrait rien en dire, sauf ce qu’elle n’est pas. Dès qu’on voudrait la définir, le conditionnel prudent s’imposerait et les peut-être devraient abonder dans la description.

par Marc publié dans : de choses et d'autres...
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Mardi 26 septembre 2006

La méditation bien comprise ne serait pas une entreprise avec méthode et but. Lui attribuer ceux-ci, ce serait la réduire à l’une de ces vulgaires activités où l’on recherche un enrichissement quelconque, sillonnant ainsi les contrées habituelles du mental.
Elle serait l’activité gratuite par excellence et adviendrait on ne sait pourquoi ni comment.

par Marc publié dans : de choses et d'autres...
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Lundi 25 septembre 2006

Vendredi 29 septembre, restez chez vous. Arte-tv se propose en effet de nous étonner et de nous montrer une Inde « à l’immense culture ». Ce n’est que justice quand les philosophes pensent encore peu à ranger Shankara et Aurobindo aux côtés de Platon et de Kant dans leurs rayons  [et cela malgré les efforts louables de Guy Bugault (L’Inde pense-t-elle ? Puf, 1994) et de Roger-Pol Droit (l’Oubli de l’Inde, une amnésie philosophique, Seuil, 2004]. Et, cerise sur l’idli, en fin de soirée, nous aurons droit à Siddharta de Hesse. Arte nous dit qu’il s’agit d’une adaptation cinématographique fidèle de l’ouvrage. Alors, ce ne pourra être qu’excellent : Hesse est peut-être bien le plus grand Allemand du siècle dernier. Prix Nobel en 1947, un tout grand cru.
Plus d’info sur : http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcastingNum=598029,day=7,week=39,year=2006.html

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Lundi 25 septembre 2006
La Réalité serait réalisée en un instant.
Les actes, eux,  se réaliseraient pas à pas, d’éternité en éternité*. C’est peut-être cela
dharana, la concentration naturelle dont parle Patanjali, l’auteur des Yoga sutra.

 

 

 

* : Le présent intensément et totalement vécu de l’éternité. Un fait peut-être autant qu’une sensation.

par Marc publié dans : yoga
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Dimanche 24 septembre 2006
Penser et faire les choses l’une après l’autre. Sans hâte, en conscience*.
Nous ne pouvons pas respirer deux fois en même temps.



 * : L’efficience est à ce prix, même si le but est autre que le profit.
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Samedi 23 septembre 2006

«Yoga chitta vritti nirodhah. Le yoga est l’état dans lequel les fluctuations du mental se sont immobilisées », disait Patanjali.
Peut-être vaudrait-il mieux parler de fluctuations de l'humeur. Avec les années, nous nous rendons compte que nous avons de plus en plus besoin de méditation pour maîtriser ces fluctuations, pour ne pas manquer de recul et résider dans le détachement. L’idéal du yogi serait d’être d'humeur égale, si possible aux abords des sommets.

par Marc publié dans : yoga
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Vendredi 22 septembre 2006
« Celui qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut se tenir debout », dit le Tao te King (en 24).
Toute louable que soit cette critique de l’ambition, et bien qu’elle s’applique à l’humanité tout entière, elle n’aurait pu être formulée en Inde sacrée - qui par ailleurs pratique une gymnastique immobile (le hatha yoga) rarement sur les pieds, contrairement au taï chi des Chinois.
Pour le yogi de la grande sagesse, se tenir debout, les pieds sur terre, est encore trop. Il suffit de s’asseoir, pense-t-il.
L’herbe pousse seule et les saisons reviendront indéfiniment, quoique l’on fasse ou pense. Le dharma étant éternel, toute précipitation est inopportune, et le bonheur court si vite qu’on ne peut l’attraper que par la ruse et la patience.
par Marc publié dans : yoga
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Jeudi 21 septembre 2006
Si la méthode analytique de relaxation musculaire d’un Edmund Jacobson opère du physique vers le psychique, l’inverse est possible aussi: la relaxation psychique agit sur le corps et le détend.
Une méditation dans l’absolu silence induit la relaxation totale. Dans l’assise des
yogi, par exemple, le corps se soutient lui-même, aspiré par une érection parfaite et sans effort aucun.
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Mercredi 20 septembre 2006
Serait-il possible qu’il n’y ait pas de limites à la conscience et que l’on puisse dans ce cerveau même toucher l’infini, Purusha (l’esprit, ce qui n'est pas la matière), rejoindre Brahman (la réalité ultime)?
En Inde, le shamkya l’affirme (pour le premier), l’advaïta vedanta n’en doute pas (pour le second)*.
Et s’il fallait un exemple, les advaïtistes (non-dualistes) d’aujourd’hui n’auraient à citer qu’un nom pour que nous soyons tentés d'y croire: Ramana Maharshi**.




* : Le shamkya et l’advaïta vedanta sont deux des six systèmes philosophiques (darshana) reconnus par l’orthodoxie hindouiste.
** : Mort en 1950 à Tiruvanamalaï, dans le sud de l’Inde, respecté de tous. Paul Brunton l’a fait un tant soit peu connaître en Occident dans un ouvrage intitulé A search in sacred India. Ella Maillart et Cartier-Bresson, notamment, l’ont visité.

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Mardi 19 septembre 2006

3/3
Et si nous "réalisions" qu’aucune méthode (y compris la méthode dite de la non-méthode, qui est encore une méthode, un désir conçu par un ego) ne mène au Réel? Que ce dernier est au-delà de tout ce que nous pouvons faire ou ne pas faire pour l’atteindre, ni près, ni loin, ni..., ni ...

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Lundi 18 septembre 2006
2/3
Et si l'évidence nous advenait - le mental en serait l'initiateur, c'est entendu, et on ne peut y compter réellement, car cessant de s'illusionner, il prendrait le risque de découvrir l'un ou l'autre chemin menant vraiment à sa propre mort - que nous ne pouvons tuer le mental avec le désir (en l'occurrence, sous forme de méthode de méditation*) de tuer le mental?




* : C'est dans l'espace oscillant créé par ce paradoxe, dans cette désespérante impossibilité clairement assumée dès le début de l'assise, que réside peut-être toute la beauté de la méditation.
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Dimanche 17 septembre 2006
1/3
Le maître de méditation parle des écoles de méditation et des méthodes qu’elles proposent. Il dit que ces dernières sont, au fond, autant des procédés inventés par le mental pour qu’il se dissolve (il ne veut pas de l’expression: « Se tuer soi-même ») et que l’extase soit enfin connue, elle qui est la mort du mental, de l’ego, du temps et du désir.
Et si c’était le contraire? Si ces méthodes, le mental les imaginait et les employait pour ne pas mourir, pour se prémunir de sa destruction*? …




* : Sri Nisargadatta Maharaj disait que les chemins de spiritualité conduisent à l’irréalité parce qu’ils se cantonnent dans le champ du savoir, alors que la Réalité se situe dans une dimension supérieure à celui-ci. (Exergue de The Ultimate Medicine, Motilal Banarsidass Publishers, Delhi, 1996.)
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Samedi 16 septembre 2006
 « Le sucre ne peut expérimenter le sucré », dit le maître de méditation. C’est pourquoi, selon lui, le Suprême, désirant être conscient de Lui-même, a créé la conscience.
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Vendredi 15 septembre 2006
Tout méditant devient, par la force des choses, cohérent avec son système de valeurs.
Comment pourrait-il en être autrement quand, jour après jour, il fait face au miroir inflexible de sa conscience?
par Marc publié dans : de choses et d'autres...
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Jeudi 14 septembre 2006

En réponse à un commentaire écrit dans la souffrance, cette dérogation à mon habitude de ne proposer qu'une fulgurance par jour:


Ce corps, on nous l’a donné sans nous demander notre avis. Aurions-nous été d’accord de naître si nous avions eu vent de la souffrance qui nous attendait?
Libre à nous, alors, d’en profiter quand même un peu: "Dieu" ne pourrait nous en damner plus.
Cela dit, quelques sommets d’intense sexualité et d’intense contemplation, cela justifie-t-il vraiment la peine du Créateur? Une question à creuser.

par Marc publié dans : actualité
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Jeudi 14 septembre 2006

art

Si l’art est le présent du geste, la méditation est alors l’art suprême: le présent du silence.

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Mercredi 13 septembre 2006

La question centrale de la spiritualité est peut-être celle du désir.

D’un côté, la magistrale démonstration* du Bouddha d’après laquelle le désir est la cause de la souffrance; de l’autre, les disciplines religieuses - y compris celles d’obédience bouddhique - selon lesquelles cette loi connaît une exception: le désir de transcendance, lui, serait louable.

Le désir est pensée. Le désir est le « moi » dans une perspective de temps. Le désir est le mental au travail.     

Ce qui est, c’est le silence. Le silence n’est ni bon ni mauvais, deux qualificatifs qui tonitruent dans le mental, mais que le silence ignore. Le silence, c’est peut-être tout simplement l’absence de tout désir.




* : L’apport peut-être le plus déterminant de l’histoire de la pensée humaine. Le plus radical aussi.

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fulgurances

La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.

Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…

Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.


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