Si tout est illusoire, il faut bien admettre que l’illusion l’est aussi.
Ou alors :
Si tout était illusoire, il faudrait bien admettre que l’illusion l’est aussi.
Quelle formulation préférez-vous?
faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Si tout est illusoire, il faut bien admettre que l’illusion l’est aussi.
Ou alors :
Si tout était illusoire, il faudrait bien admettre que l’illusion l’est aussi.
Quelle formulation préférez-vous?
L’inspiration du créateur ne serait pas sujette à fluctuations. Elle serait toujours là, disponible. Qu’il fasse silence (notamment en ne l’appelant pas de ses vœux) juste pour voir.
[Pendant quelques jours, en voyage, je ne pourrai répondre à vos aimables commentaires. Que cela ne vous empêche pas de réagir aux fulgurances qui vous interpellent (une longue liste est à votre
disposition) et singulièrement à celle qui vous sera quand même proposée chaque matin grâce aux vertus programmatrices d’over-blog.]
Sachant que l’illusoire ego est la cause de tous nos maux, la pire question à se poser n’est-elle pas celle-ci: « Alors que faire? »?
3/3
Le temps n’existerait pas en Réalité.
Mieux vaudrait-il ainsi d’ailleurs car déjà chez maya (l’illusion fondamentale), là où il crée une grande pagaille, il n’est jamais qu’un ennemi. C’est contre ce temps que nous nous
battons sans relâche car nous ne parviendrions pas à Réaliser qu’il est désir, et donc souffrance (déduction bouddhiste).
Et nous serions tout aussi incapables de vivre son irréalité fondamentale, c’est-à-dire l’Ultime Réalité.
Nous serions incapables d’être, tout simplement.
2/3
Puisque l’ego serait illusoire, ainsi en serait-il de la souffrance.
Et nous retombons ainsi, par le biais d’une théorie quelque peu impitoyable, sur l’intuition que tous nous avons déjà eue d’une justice en ce monde en fin de compte.
1/3
Il n’y aurait que quand je suis que je ne suis pas illusoire.
Le « je » précédant tous les autres verbes qui « me » caractérisent seraient irréels, au mieux des commodités grammaticales, comme disait Marguerite Yourcenar.
Peut-être regardent-ils trop haut ceux qui croient que le paradis est dans le ciel (« Notre Père qui êtes aux Cieux! »).
Certains pensent, eux, qu’il est à mi-chemin, dans les divines Alpes si bien dites par Richard Strauss*. Des Dieux y vivraient. Ceux qui savent goûter ces moyennes hauteurs ont trouvé leur
Olympe.
*: Dans sa symphonie alpestre notamment.
Seul le silence est vrai. Voilà, cela devait être dit qu’il n’y a rien à dire.
Comprendre de mieux en mieux qu’à la vie nous ne comprenons rien.
Peut-être faudrait-il moins se torturer pour savoir comment vivre dans le monde des hommes que pour savoir comment vivre dans le monde tout court.
La vie est si brève. Pourquoi la perdre à vouloir s’intégrer dans la société humaine, alors qu’il y a peut-être bien plus urgent à faire: comprendre pourquoi nous sommes en ce monde ou, tout au
moins, vivre avec cette question* et avec le silence aussi.
*: Et quelques autres du même tonneau, cela va de soi.
S’en aller dans la nature avec couleurs, pinceaux, chevalet, voilà bien une étape proche de celle où nous pourrons rester indéfiniment devant un paysage à ne strictement rien faire d’autre qu’à nous y dissoudre. Et riches alors d’avoir été jusque là, nous en reviendrons sans chef-d’œuvre, soit, mais les mains libres à tout le moins.
Le monde n’est ni parfait ni imparfait. C’est nous qui inventons des concepts et puis les extrapolons à toute la nature.
Le monde est monde et nous, humains, en sommes parties intégrantes. Pourtant, nous sommes aussi sa conscience, et à ce titre le monde est nous: nous sommes alors en quelque sorte, et en
toute modestie bien sûr, le tout.
Le monde jugé, évalué par notre mental n’est pas le monde. Du moins pas celui appréhendé par notre conscience - dans laquelle il se fond, s’identifiant à elle - quand le mental se fait
silence et ne le filtre plus.
Tout ceci serait à prendre, comme tout ce que ce blog propose d’ailleurs, au conditionnel*.
*: Il doit être clair qu’il n’est jamais question ici de vouloir persuader; tout méditant qui se respecte, parce qu’il doit sans cesse remettre en question ses certitudes et s’interroger sur ce
en quoi il croit vraiment, sait que le conditionnement est la première des violences.
L’endroit mystique serait celui où nous sommes.
Où nous sommes? Oui, mais plus, bien plus qu’au sens où nous l’entendons d’ordinaire.
La méditation est elle-même une activité paradoxale lorsqu’elle est considérée comme une non-activité dans laquelle, bien que nous ayons choisi de nous asseoir, nous nous appliquons à ne
vouloir retirer strictement aucun profit de notre décision (et il s’agit là du plus fondamental et difficile des déconditionnements: réussir à poser un acte totalement gratuit), étant au fait que
tout profit ne peut être porté en compte que de l’encombrant autant qu’illusoire ego (tout méditant en fait tôt ou tard le constat).
La méditation envisagée sous cet aspect est un paradoxe vivant, et celui qui le vit en retire le plus grand bien, ne fût-ce que parce que là n’est pas le moins du monde son intention.
1/2
L’Occident se spécialise avec de plus en plus de succès dans l’explication rationnelle des phénomènes.
La science résout presque tous les problèmes qu’elle se pose (même s’il s’agit de ceux-là seulement) et les sciences humaines sont de plus en plus à même de cerner nos comportements et d’en
déceler les causes, surtout s’ils sortent de ce que ses spécialistes appellent la norme. Rien ou presque qui ne trouve solution.
Pour positif que cela soit parfois, il n’en reste pas moins que cette façon de faire finit par nous submerger. Comme disait un philosophe, « nous sommes devenus conditionnés à résoudre des
problèmes ». Il s’agit d’une drogue en forme de points d’interrogation: « Comment? Pourquoi? », nous demandons-nous perpétuellement; et perpétuellement
nous voilà repartis sur les chemins d’un autre doute, d’une autre investigation, d’une autre insatisfaction.
Il est pourtant un domaine dans lequel le cerveau rationnel de l’homme se révèle inefficace (justement parce qu’il est rationnel): le monde des paradoxes.
Ceux-ci ont en effet intrigué beaucoup d’esprits brillants, scientifiques ou non. Pour les adeptes du rinzaï zen par exemple, le paradoxe (appelé ici koan)
sert même de sujet de concentration afin de changer de niveau de conscience (un saut quantique) et vivre le satori, cet inexprimable état libre de tout esclavage vis-à-vis des questions
(et des paradoxes)…
La plus grande vérité ne se trouverait pas dans les livres. Les mots sont trop bruyants. La plus grande vérité se trouverait dans le silence de nous-mêmes. Quelque chose en nous sait que cette vérité-là est parfaitement silencieuse.
Nous croyons que nous croyons en une Réalité Ultime. Nous nous agitons, nous désirons, nous sommes frustrés.
Nous croyons en une Réalité Ultime. Nous lui sommes obligés et dévoués. Tout est entre ses mains, nous nous délivrons, nous ne désirons rien (même pas elle: elle est là), nous sommes
comblés.
Le méditant avait l’agréable impression de voir le sang irriguer la partie gauche de son cerveau par mille ramifications. Il n’en était pas de même de la partie droite.
Puis il s’est dit que c’était sans doute une compensation pour la légère sous-irrigation des jambes croisées dans la position assise.
Enfin il s’est posé la question: Que se passerait-il si, dans cette position assise, il cessait réellement de déplorer quoi que ce soit? Cette absence de désir ne correspondrait-elle pas à
l’irrigation totale du cerveau, à la communication idéale entre les deux hémisphères via le corps calleux, à la créativité pure?
Les légendes présentent parfois les sauveurs du monde (Romulus et Remus, Le Bouddha, le Christ, etc…) comme ayant été enfantés par des mères hors norme.
Si l’on croit vraiment que l’on ne peut enfanter le fils de Dieu en y prenant du plaisir, il y a fort à parier qu’on ne puisse non plus enfanter le fils de l’homme en y mettant du talent, de la
classe, de l’art. La procréation relève alors de la réplication.
La création, elle, est partout et toujours art, acte divin. Et la méditation, cette sculpture du vide à mains nues, n’en est pas le moindre.
La solution est-elle indépendante du problème?
Le problème est-il indépendant de son concepteur?
Si à ces deux questions la réponse est non, alors à quoi bon chercher un gourou pour nous souffler la réponse à la question: « Pourquoi tout ceci? »?
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: