La pratique de la méditation, c’est se tenir Absolument prêt à faire face à la divine éventualité de la mort. (Et cela, sans morbidité aucune.)
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faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
La pratique de la méditation, c’est se tenir Absolument prêt à faire face à la divine éventualité de la mort. (Et cela, sans morbidité aucune.)
Nous ne méditons pas pour nous-mêmes. Nous méditons pour être mieux et ainsi pouvoir donner aux autres plus, beaucoup plus, de ce bonheur qui leur est dû.
Cette perspective dualiste plaît parce qu’elle renvoie l’Occidental à ses vertus: l’amour, le don de soi.Ce n’est pas certes à dédaigner! Mais il y a aussi une autre façon d’aborder les choses,
non-dualiste, celle-là. C’est de considérer que, l’ego étant illusoire, c’est à l’ensemble du vivant («Que tous les êtres soient heureux!», souhaitait le Bouddha) que nous faisons du bien en
faisant du bien à ceux trop hâtivement dénommés «nous-mêmes».
Il y en a pour qui les hommes sont tellement horribles qu’ils leur préfèrent les animaux.
Peut-être, en ce cas de répulsion extrême, faudrait-il leur préférer les livres. Moins encore que Médor et Poussy, Tchouang-tseu et Hermann Hesse ne déçoivent jamais.
Chercheurs du chemin, le but est peut-être le chemin, le chemin est peut-être un non-chemin, le non-chemin est peut-être le non-chercheur.
Extatiquement, l’instant se vit, la vie s’écoule.
De quoi nous plaindrions-nous?
D’un coup, voir le monde comme un tout.
Et réaliser que cette conscience que je dis mienne est* cela.
*: En Réalité
P.S. : « Baberie » veut dire coup bas (même porté en altitude). Je propose ce néologisme pour remplacer dorénavant « vacherie » dans le langage commun. Elles ne nous ont rien fait, les
vaches.
Les vrais hommes de Dieu ne nous suggèreraient pas de nous soumettre à une soi-disant divinité bienfaisante extérieure à nous-mêmes et qui serait attentive à nos efforts pour lui
plaire; ils nous conseilleraient plutôt de nous rendre à nous-mêmes.
Auquel cas, parler de laisser faire est suffisant, puisque c’est ce que nous désirons au plus profond de nous.
Se rendre à soi-même, c’est s’écouter et obéir à cette voix qui dit: je
veux la paix, je veux arrêter de désirer, de courir, de faire quelque effort que ce soit. Dans cette optique d’ailleurs, il n’y a pas un seul effort qui soit
sensé.
*: Bien qu’à un autre niveau de conscience, il n’y ait bien sûr pas de temps perdu; et qu’à un niveau encore différent, il n’y ait même plus de temps qui
soit: seulement son concept enveloppé dans l’illusion.
**: Adyar, Theosophical Society, the pond near the buddhist temple, 11h19,
13th February 1990
En attente, nous ne sommes pas. Nous sommes en attente... d’être.
Le méditant qui perçoit cela pour la première fois, comment pourra-t-il se consoler d’avoir été si longtemps spolié?
Indémontrables mais vraisemblables, ces fulgurances emboîtées:
Toute pensée est reliée au temps. Elle le génère, puis s’appuie sur lui et le consolide.
Tout silence introduit le présent*.
*: On peut proposer le quatrième postulat (et même d'autres encore). Un devoir de week-end en quelque sorte.
*: Au propre comme au figuré
L’homme accompli (« réalisé », disent les Hindous) serait le plus ordinaire.
Lui seul pourrait s’extasier devant la banalité de l’existence. Chacune de ses respirations lui serait un événement; plus même, un miracle. Lui seul serait l’ami du temps, un temps qu’il ne
voudrait surtout pas tuer comme le font ceux que terrorisent les abîmes du vide et de l’ennui.
Le marginal dans nos sociétés crispées sourit de bien-être. Avoir les muscles du visage relâchés, voilà de quoi rendre suspect.
Pour que les mondes de la contemplation et de la recherche du chemin aient pour soi un sens, il faut peut-être comme condition nécessaire et suffisante être de ceux pour lesquels la
sérénité est la plus grande des félicités.
D’ailleurs, il n’est sans doute point d’humain qui, ayant connu le plus grand silence, en soit revenu à l’agitation et à la dispersion; et cela pour la simple raison qu’un esprit capable d’une
telle volte-face insensée* n’aurait pu initialement concevoir un désir de grandissime silence, désir qu’il faut d’une façon ou d’une autre émettre pour qu’il se réalise.
*: Pour ne pas dire contre nature.
Cette terre est peuplée d’humains qui croient croire en Dieu. Rares sont ceux, hélas, qui croient Réellement en lui, cette réalisation suprême. Une réalisation tellement au-delà de la
pensée et du langage que nous pourrions tout aussi bien dire d’elle qu’elle consiste à ne croire en rien.
Ne croire en rien? Alors nous serions vides. Et seul le vide pourrait se fondre dans le Vide, tout le reste le remplissant, l’annihilant.
Les constellations d’étoiles seraient un (bien bel) exemple de création mentale, n’ayant que la réalité que nous voulons bien leur donner.Quant à leur Réalité, pour cela comme pour tout, elle serait autre, tout autre.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: