Peut-être devrions-nous prendre la vie comme il faut prendre les pépins d’orange tombés sur le sol: ne pas essayer de les attraper « en force », mais simplement les toucher du doigt pour qu’ils y collent.
faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Peut-être devrions-nous prendre la vie comme il faut prendre les pépins d’orange tombés sur le sol: ne pas essayer de les attraper « en force », mais simplement les toucher du doigt pour qu’ils y collent.
*: Rappelons que cette différenciation est sans doute ultimement illusoire; et ce serait bien là un paradoxe dont seul l’extasié pourrait ne pas se formaliser.
*: L’emploi du conditionnel entend signifier l’identité éventuelle de l’extase et de l’absence de tout désir; les caractères italiques, leur identité stricte.
*: Dans le sens de la philosophie de la non-dualité, ce message récurrent de l’Inde, depuis les Upanishad jusqu’à Ramana Maharshi, en passant par Shankara: Tu es Cela. (Tat Tvam assi.)
N’y aurait-il pas lieu de nous arrêter, par soif d’extase, à toutes les haltes du silence (particulièrement nombreuses dans la nature)?
[Aujourd’hui, 22 avril, est le Jour de la Terre, la plus importante fête séculaire du monde, célébrée par plus d'un demi-milliard de personnes chaque année. Fêtez-la dignement, cette bonne vieille planète sans laquelle nous ne sommes rien, dans la nature ou dans l’isoloir.]
Nous sommes parfois en communion avec la nature. Mais c’est toujours quand nous ne nous demandons pas (d’une des nombreuses façons qu’il y a de se poser cette question) ce qu’il faudrait faire pour l’être. Nous sentons alors nos pieds bien au sol, ils s’y enracinent, et notre corps fait partie du paysage, tel un pommier en fleurs.
Insatisfaits comme nous le sommes, nous pouvons avoir envie de faire autre chose de notre vie. Ou alors de mieux faire la même chose. Mieux méditer, par exemple. Qui peut se vanter d’avoir épuisé le sujet?
Devenir quelqu’un* ou devenir soi-même, le choix est à nous.
Dans cette optique essentielle, il y a une certaine justice sur terre. (Devenir soi-même ne tenant le plus souvent qu’à soi.)
*: Se confondre avec une fonction: le ratage par excellence, selon Lacan.
[N’oubliez pas l’enquête proposée le 10 avril sur ce blog. Il vous reste quelques jours pour nous faire part de La question qui vous turlupine (et à laquelle quelqu’un qui passe par ici a peut-être La réponse). Ne ratez pas cette chance.]
Seuls les gens heureux se soucient de la santé de la terre. Eux, souhaitent qu’elle dure. Ils ont à la défendre.
Quant aux personnes malheureuses, elles ne sont que trop heureuses que la terre aille mal, comme elles. Elles s’en délectent, n’ayant rien à perdre.
Dès lors, pour que la terre aille bien, il faudrait peut-être que les hommes aillent bien. Nous retrouvons ici l’identité comme signe reliant l’observé à l’observateur, le monde à la conscience.
À méditer, cette identité, telle une pure réflexion dans un miroir infiniment parfait.
Prenons
Demandons-nous ce qu’il resterait si on les retirait toutes.
Peut-être qu’il ne resterait rien, strictement rien.
Les consciences seraient le monde dont elles sont conscientes. Les consciences constitueraient le monde, ce monde fait d’elles-mêmes. Les consciences seraient le monde. Le monde serait les consciences. L’un et l’ensemble des autres seraient Réellement équivalents et de plus, irrémédiablement liés. Séparés, ils n’existeraient pas. Ils seraient comme des jumeaux qui n’ont qu’un cœur, et comme eux, ils n’existeraient que pour l’autre qui serait lui-même.
Un effort ordinaire va produire un résultat ordinaire. Un non-effort extraordinaire va produire un résultat extraordinaire. Ne tuons pas le mental. Laissons-le dépérir.
« Dans ce monde, seul le changement a la qualité de la permanence », disait Mohammad Iqbal, le grand poète pakistanais. Et donc, ce serait bien celui qui n’y trouve pas sa place qui est à l’unisson de lui. L’autre, celui qui s’établit, satisfait, ce serait lui dont la vie est contre nature, tel un rocher bloqué en plein courant.
[Avez-vous une question à laquelle vous n’avez toujours pas de réponse? Une question qui ne vous quitte pas? Qui revient vous titiller régulièrement? L’enquête proposée le 10 de ce mois sur ce blog vous propose de nous en faire part. Peut-être quelqu’un a-t-il la réponse qui vous fera crier « Eurêka ! »]
Ne rien faire est inutile, pense l’homme d’action.
Qu’en pense celui qui se délecte de fermer les yeux, même au soleil, laissant à d’autres le soin de s’agiter sous prétexte de construire?
Méditer, c’est comme marcher. Cela s’apprend puis cela se fait.
Qu’il faille une méthode pour apprendre à méditer, soit, cela peut éventuellement se concevoir. Mais qu’elle soit nécessaire toute la vie, il faut en douter; méditer est essentiellement un déconditionnement de l’habitude d’acquérir*.
*: En se conformant, en l’occurrence.
[N’oubliez pas l’enquête proposée avant-hier (10/04). Elle attend vos cogitations encore pendant une bonne semaine. (Ami(e)s de la blogosphère, cette fois, je ne suis pas passé vous inviter sur vos blogs par manque de temps mais vous n’en êtes pas moins cordialement invités.)]
Lu dans un journal: « Un bon orateur est celui qui parle en dernier lieu ».
Et j’aimerais ajouter (repensant à la méditation du matin où je me parlais à moi-même): ou qui ne parle pas du tout.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: