Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

similitude

C’est bien connu, les vacances c’est pour ceux que le travail fatigue, les voyages, pour ceux que le travail rebute. Il me paraît regrettable que les voyageurs, les vrais, - ceux-là seuls qui, comme les définissait Baudelaire, partent ... pour partir -,  soient si peu nombreux. Mais les sédentaires n’ont pas de regret, peut-être parce qu’ils n’ont pas le besoin ou le courage d’être libres. Et si vous leur dites que le voyage est formateur car il est une parfaite métaphore de la vie (comme l’est la méditation, nous y viendrons plus bas), ils trouveront cela « réducteur », pensant à tout ce qu’ils ont gagné à ne pas vous suivre sur les routes du monde, notamment quelques amis proches, comme s’ils n’y en avaient pas aussi de plus lointains. 

Faire ses bagages et faire un premier pas (un voyage de mille lieues commence par un premier pas, dit-on en Asie, et c’est déjà là une image riche de sens), c’est comme naître à la vie, la vraie, cette chose risquée, truffée d’imprévus, comme sur la route.

Puis il y aura la route elle-même, avec cette difficile liberté de choix à assumer à chaque instant : restera-t-on sur place aujourd’hui, alors qu’on avait initialement prévu de partir, et qu’y fera-t-on alors de sa journée ? Ou alors, une fois parti, prendra-t-on à droite ou à gauche à la prochaine bifurcation. Vous prendrez à gauche au hasard (ou par intuition, ce qui est peut-être la même chose) et une fois arrivé, vous serez heureux ou malheureux, mais vous ne regretterez rien car vous ne saurez jamais ce qui vous attendait si vous aviez pris à droite. En voyage, on ne regrette rien, on sait qu’on est dans le juste, et s’y vérifie chaque jour cette magnifique expression : « Tout est bien. » L’important parfois, le matin, c’est de se lancer. Vous hésitez, la perspective du voyage du jour vous fait peur. Et puis vous voilà parti, et le soir, arrivé enfin là où le matin encore vous pensiez que c’était loin, fort loin, vous êtes heureux, et vous vous dites : « Ce n’était que ça ! Pourquoi avais-je peur ? » N’est-ce pas là aussi ce que devrait faire plus souvent le sédentaire ? Changer ses habitudes, prendre le risque de l’inconnu, refuser de « vivre à contrecœur » ?

Le voyage commence par une naissance, le départ, puis s’y poursuit « ce petit bonhomme de chemin » avant de se terminer par un retour, cette petite mort. Pour le voyageur, ce n’est pas partir qui est mourir un peu, comme dit le dicton, c’est revenir qui est mourir. A chaque voyage, son retour. Le voyageur apprend à mourir comme il a appris à vivre, et ce n’est pas là le moindre de ses gains. Voyager, c’est vivre sept fois, disait Kessel, mais je vous conseille plus de sept voyages dans votre vie, plus de sept vies dans votre voyage. 

 

Cela dit, et pour consoler en quelque sorte ceux qui ne partent jamais (le vieux chien à nourrir, les petits enfants qui ont besoin d’un chauffeur...), le voyage n’est pas la seule issue pour faire partie des vivants. La méditation a avec lui bien des points communs. Car que l’on soit sur la route ou assis dans le grand silence du monde (n’importe où sur cette belle planète, y compris « chez soi » ; en paix ou lors de tout aveu d’essoufflement), on se sent dans le juste, libre de choisir un chemin ici, une pensée là. On respire la liberté et le bonheur, on se sent en harmonie, on se dit parfois même explicitement que ce moment, rien ne pourrait être plus parfait que lui et l’on se félicite, ici de s’être mis en route, là de n’en avoir rien fait. 

La méditation, comme le voyage, c’est la vie !

 

 

 

 

P. S. : Dans le billet du 2 janvier 2015 il était question d’abandon.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
Voir le profil de Marc sur le portail Overblog

Commenter cet article