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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

devise

C’est bien connu, il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le surlendemain. L’urgent peut attendre, le très urgent encore plus. Promenez-vous dans un cimetière : vous y rencontrerez plein de gens qui se croyaient indispensables, et pourtant le monde tourne encore sans eux. 

Cependant les vivants s’empressent encore et toujours d’oublier qu’il faut fuir toute urgence avec épouvante pour vivre détendu et heureux. Ils ignorent toujours cette définition du yogi selon la Bhagavad Gita : « Celui qui voit l’action dans l’inaction et l’inaction dans l’action est le sage parmi les autres, le yogi, et il a accompli son travail.* » 

Le méditant se doit lui, de faire exception et d’adopter cette devise que j’aimerais proposer en toute modestie : « Tout ce qui est fait est fait, tout ce qui n’est pas fait est également fait**. » Une paraphrase en quelque sorte de cette proclamation de Tchuang-tseu***: « Tout ce qui est un est un, tout ce qui n’est pas un est également un. », proclamation que n’aurait sans doute pas critiquée Héraclite (décidément on voyage beaucoup dans ces lignes), lui qui disait que le chemin vers le haut et celui vers le bas sont un et le même. 

Plus récemment que ces sages, Georges Roditi avait bien cerné notre problème, même s’il le considérait comme assez récent :  « Voilà deux siècles qu'une conjuration inconsciente travaille à faire passer pour la plus haute expression de notre espèce l'homme d'action dans son type extrême - agité, insatiable, obsédé de calculs d'avenir. » (L'esprit de perfection, Georges Roditi, Éd. Stock, 1984, p. 27)

L’agitation, voilà ce qu’il faut éviter. Il n’y a rien à faire que ne rien faire, et encore : sans se l’imposer. Laisser venir. Laisser l’ego se dissoudre, ainsi que l’intention, le temps et l’idée de résultat. Être complètement détendu est un état indispensable à la méditation, c’est un prérequis sans lequel il ne peut même être question d'elle, car elle n'est pas "quelque chose" qui se travaille ou vers lequel on tend, mais l'indicible qui se vit. 

 

 

 

 

* : Bhagavad Gita, Sutra 4,18

** : « Tout ce qui n’est pas fait est également fait », et non « tout ce qui n’est pas fait n’est plus à faire », ni « tout ce qui n’est pas fait n’est pas à faire », ni « tout ce qui n’est pas fait est inutile », toutes caractéristiques encore trop peu radicales pour que l’esprit ne les renie au moins inconsciemment et rende la méditation impossible, elle qui ne peut se produire qu’en l’absence de toute volonté consciente et inconsciente. » 

*** : Tchuang-tseu pour qui tel le yogi de la Gita « l'homme parfait [...] se promène sans but en dehors du monde poussiéreux et trouve sa liberté dans la pratique du non-agir** » (Œuvres complètes, Tchuang-tseu, Gallimard/Unesco, 1969, p. 157)

P.S. : Dans le billet du 23 août 2016 il était question de reconnaissance.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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