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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

earthexit

Brexit, frexit, nedxit. Et l'earthexit alors ? N’est-ce pas lui que l’on observe avant tout, la température qui monte, les oiseaux qui ne chantent plus, notre qualité de vie qui part en lambeaux, notre pérennité à laquelle seuls quelques fous rêvent encore? Notez que c’est peut-être parce que c’est tellement énorme et tragique qu’aucun humain n’a encore osé prononcer le mot, qu’aucun langage n’a encore osé le faire sien. 

L’homme s’évince de la planète et c’est d’une bien plus grande importance que certaines sorties loufoques et stupides (comme si, malgré les leçons de l’histoire, la paix était dans l’éclatement et non dans le rassemblement et l’entente) de l’Union Européenne. La seule chose qui rapproche ces petites sorties et la grande (outre qu’elles sont toutes le fait d’irresponsables), c’est que cela sera catastrophique dans tous les cas, ou plus exactement catastrophique ici, et apocalyptique là.

Greta Thunberg parviendra-t-elle quand même à nous sauver?  C’est mal parti. D’abord parce qu’en ce début de 21èmesiècle, son combat se passe sur fond de passions politiques exacerbées, de retour du religieux, plus monstrueux que jamais (on croyait que c'était impossible), et d’emballement technologique. Tout cela n’est pas fait pour que l’on comprenne l’importance de son admirable engagement. 

Ensuite parce que rien ne l’augure au regard de l’actualité. Quelques faits et chiffres glanés ici et là valent tous les discours :

 

- Des jets privés pour venir à des conférences sur le climat, c’est déjà dire que la bataille est quasi perdue d’avance car pour combattre un problème, il faut d’abord le comprendre. Ici, en plus, il faudrait le comprendre vite, très très vite. 

 

- Des gouvernements insoucieux de politiques écologiques afin de ne pas risquer de mécontenter et donc d’être punis dans les urnes.

 

- Des populations qui, à de rares exceptions, s’en fichent et regardent ailleurs, ou pire encore n’y croient plus (je pense aux plus âgés qui ont déjà tenté quelque chose car nous sommes prévenus depuis longtemps*).

 

- En 2038, il y aura deux fois plus d’avions dans le ciel qu’aujourd’hui. Ils seront alors 48.000 à polluer le ciel. Le trafic aérien va croître d’ici là de 4,4% par an. L’industrie aéronautique est florissante, personne ne semble dire que moins d’avions, ce serait mieux.

 

- La demande en pétrole continue de croître, plus de 100 millions de barils sont consommés chaque jour. Un baril, c’est 159 litres, donc l’homme « boit » 15.900.000.000 litres de pétrole qui, consommés, se transforment en gaz à effet de serre. Une soif jamais étanchée. 

 

L' impitoyable massacre des animaux afin de s’en nourrir est une autre des activités humaines ayant des conséquences néfastes pour l’environnement. Produire une calorie de viande nécessite de 4 à 11 calories végétales. L’élevage contribue (selon les Nations Unies) à 14,5 % des émissions totales des gaz à effet de serre et à la perte de la biodiversité. Pour lui, on « déforeste » à tous crins.

 

- Une population mondiale qui croît encore et toujours à un rythme intenable. On parle maintenant de plus 11 milliards en 2100.

 

En plus de tous ces faits déprimants, il faut bien remarquer que la lecture de l'histoire n'est pas non plus un facteur encourageant: les révolutions justes ne réussissent pratiquement jamais**. (Notons en passant que la révolution que veut initier la jeune fille précitée pour contrer les effets de ce que Pierre Bourdieu avait appelé "la révolution néo-libérale" et sauver le climat, est fatalement la plus cruciale de toutes, passées et, si elle réussit, futures.) La banalité du pire*** dans l’espèce humaine en est le frein. La raison est peut-être à trouver dans sa propension inconsciente au suicide comme si elle savait, et que la souffrance est intolérablement indissociable de la vie, et qu’une éthique indispensable lui fait génétiquement défaut.

 

Certains sont déjà au-delà de l’earthexit et hasardent l’idée de quitter la scène avec élégance, tel le permaculteur (qui veut que son champ soit plus beau quand il devra le quitter) ou tout autre visionnaire, comme ceux que défend Paola Antonelli, curatrice de la Triennale de Milano « Broken Nature : Design Takes on Human Survival » (March 1-September 1, 2019), qui dans une interview au NYT datée du 12/13 janvier 2019 disait que « notre meilleure chance de survie est de concevoir notre propre belle extinction, de sorte que la prochaine espèce se souviendra de nous avec une certaine admiration. »

 

 

 

 

 

 

* : Voyez ce vieil avertissement datant de juillet 1980 et publié dans le journal belge Le Soir.

** : Les révolutions échouent le plus souvent, soit elles sont matées, soit elles sont remplacées par du « guère mieux », voire du « encore pire ».

*** : Comme le disait joliment Itsik Elbaz dans le journal La Libre du 3 février 2019 : « L’humanité est tout à fait capa­ble du meilleur comme du pire, mais c’est dans le pire qu’elle est la meilleure. »

P. S. : Dans le billet du 22 mai 2014 il était question d’une extrapolation.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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