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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

ne-rien-faire

Oscar Wilde disait que le plus horrible, c’étaient ces jours où il ne trouvait aucune tentation à laquelle succomber*. Je pense que pour être complet il aurait pu mentionner une exception : la tentation de travailler, tentation qu’il n’a jamais eue ni même regrettée car on imagine mal ce grand philosophe jouisseur (mais tout sauf épicurien,  Épicure pour qui le bonheur était conditionné par le plaisir, mais ses plaisirs à lui demandaient de la prudence : il les voulait raisonnables** et sages, trop, beaucoup trop pour Wilde) faire un 8/5 avec 30 minutes pour le sandwich à midi. 

Cela dit, et voilà où je veux en venir, le travail est devenu une valeur positive de nos jours (essentiellement depuis les premières décennies du 20siècle)***. Il est aujourd’hui tentant. Tout le monde vous le dit : c’est bien de travailler et mal de ne pas travailler, ce que les travailleurs enthousiastes appellent « ne rien faire ». Pourtant dès que l’on cède soi-même à la tentation du travail et que l’on fréquente d’autres tâcherons, on se rend compte que ces collègues qui vous louaient hier encore le travail comme étant valorisant et (ré)créatif, etc., ne sont pas si heureux que ça dès que le lundi arrive (« Comment ça va ? » - « Comme un lundi ! »)  et que leur week-ends sont en réalité souvent empoisonnés par la simple perspective des lundis. En réalité, ils se rendent compte qu’ils perdent leur vie à la gagner [« Le travail a été ce que l'homme a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie. » (Nous qui désirons sans fin. Raoul Vaneigem. Folio essais, p. 37.) et  « Le travail acharné n’est que le refuge des gens qui n’ont rien d’autre à faire. » (Pensées d’Oscar Wilde, p.88, voir plus bas la référence)] même s’ils peinent à se l’avouer et encore plus à le confier aux oisifs qui, eux, l’ont déjà compris. 

Le méditant véritable est un de ces oisifs. Il n’est jamais un acharné du travail. Le travail, il le relativise comme il relativise tout, il l’évite même autant que faire se peut. « Ah qu’il est doux de ne rien quand tout s’agite autour de vous »,  pense-t-il, se rappelant (s’il est français et d’un certain âge) une fameuse émission de radio de José Artur dans les années 70. Le méditant sait apprécier le silence, l’immobilité, le ne-rien-faire (joli néologisme inventé à l’instant sans effort et pour lequel je m’auto-congratule). Il peut ainsi (res)sentir, voir**** (ce qui est bien plus regarder), entendre (ce qui est plus qu’écouter; voyez ce billet : ravissement) et ainsi, pour le méditant tout est captivant, tout, sauf peut-être le travail qui nous empêche de voir l’intéressant de la vie. 

Thoreau disait que l’homme sage***** penche pour une vie simple, où l’on travaille peu, de quoi subvenir à ses besoins certes, mais sans (sur)plus. 

Bien sûr, le travail nous a apporté plein de choses utiles, mais maintenant on en a assez. Déjà trop. Stop ! Freinons, ralentissons, décroissons (puisque c’est bien de cela dont il s’agit), travaillons peu en restant au stade de confort, de sécurité et de bien-vivre auquel on est arrivé. Et retrouvons le plaisir de faire avec peu, de faire seulement ce qu’on aime, ou mieux encore, de parfois ne strictement rien faire. Et donc d’être heureux.

 

 

 

* : « Le but de la vie, s’il y en a jamais un, et de toujours être à la recherche de tentations. Il y en a pas encore assez. Il m’arrive parfois de passer toute une journée sans en rencontré une. C’est affreux » (p. 93),  disait Oscar Wilde qui pensait en outre que « la seule façon de se délivrer d’une tentation est d’y céder. » (p. 96) Les trois citations sont issues d’un ouvrage édité par France Loisirs en 2002, l’original est au Cherche Midi éditeur, 1990.

 

** : « Ainsi donc, lorsque nous disons que le plaisir est la fin, nous ne voulons pas parler des « plaisirs des fêtards » ni « des plaisirs qui se trouvent dans la jouissance », comme le croient certains qui, par ignorance, sont en désaccord avec nous ou font à nos propos un mauvais accueil, mais de l’absence de douleur en son corps, et de trop trouble en son âme. » (Epicure, Lettre à Ménécée, Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Pochothèque, 1999, p.1312)

 

*** : Une marchande de chaussures interrogée à la veille d’une razzia de gilets jaunes sur le Puy-en-Velay ne disait-elle pas « Demain samedi, nous voulons travailler ! » et non « Nous voulons vendre. » ? On le voit, travailler est (perçu comme) noble, vendre, moins.

 

**** : « Pour qu’un chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps », disait Flaubert.

 

***** : In short, I am convinced, both by faith and experience, that to maintain one's self on this earth is not a hardship but a pastime, if we will live simply and wisely, ...” 

H. D. Thoreau, Walden, Economy

 

P. S. : Dans le billet du  29 avril 2016 il était question d’ajout, d’ajouts même.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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