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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

rêve

Foi de voyageur, les maisons les plus heureuses où je suis entré étaient les moins surchargées, soit parce que les gens y étaient trop pauvres pour les remplir, soit que leurs habitants, mes hôtes, étaient trop sages pour s’encombrer de superflu. 

Dans les premières, les gens y étaient heureux et contents de peu, ce peu auquel ils s’étaient faits, je le soupçonne, par sagesse plus que par résignation. 

Dans les secondes, celles de nantis vivant dans la sobriété par choix et par goût (ah ! la culture scandinave du lagom, version moderne du μηδὲν ἄγανqui a enfanté le plus beau des designs !), le bonheur ressenti était celui de propriétaires délivrés de trop d’objets captant le regard, mobilisant la pensée et distrayant du silence intérieur.

 

Tout cela peut se comprendre en revenant au Bouddha qui dans la deuxième noble vérité pointait le désir (de possession en l’occurrence) comme le responsable de la souffrance, ou encore à Épicure, par exemple quand il écrivait : « Parmi les désirs, tous ceux qui ne reconduisent pas à la souffrance s’ils ne sont pas comblés, ne sont pas nécessaires, mais ils correspondent à un appétit que l’on dissipe aisément, quand ils semblent difficiles à assouvir ou susceptibles de causer un dommage *»

 

Ce préambule pour en revenir à cette fulgurance matutinale de l’autre jour, quand j’avais laissé une seconde s’écouler entre la fin de ma tartine et la gorgée de café. Une seconde capitale. Suffisante pour comprendre tout le mécanisme du désir : Qui désirait ? Pourquoi ? Était-ce nécessaire ? Indispensable ? Superflu ? Inutile ? Quid si je prolongeais cette seconde ? Aurais-je alors encore envie de porter cette tasse à mes lèvres ?

Je me disais que tout le secret du bonheur était à trouver dans la réflexion sur ce désir**. N’était-il pas LE Désir ? Celui qu’il fallait comprendre comme l’avaient fait le Bouddha et Épicure?

Et je me mis à rêver : Pourquoi ne pas créer une école (de pensées ? de sagesse ?) basée sur la méditation sur le désir*** ? Y inciter les « élèves » à précéder chaque acte (même le plus anodin, comme porter une tasse aux lèvres) d’un temps de suspension consacré à réfléchir sur le désir qui incitait à sa réalisation et le précéderait si on persistait? On y referait cette démarche (cet exercice spirituel ?) 50, 100 fois par jour. On marquerait un temps 50, 100 fois. On prendrait du recul, on se demanderait sans relâche : Qui ? Pourquoi ? Est-ce nécessaire, et si ce ne l’est pas (nécessaire), alors pourquoi l’avoir, ce désir ? Et ainsi en éliminant un grand nombre d’entre eux, on redeviendrait sage, sobre, heureux.

 

 

 

 

* : Épicure, Maxime capitale XXVI, p. 1321 de Vies et doctrines des philosophes illustres, Diogène Laërce, Pochothèque, Librairie Générale Française, 1999

** : Toute proportion gardée, un peu comme quand Ramana Maharshi prétendait que la démarche spirituelle consistait à chercher sans cesse la réponse à la question « Qui suis-je ? »  

*** : Certes ce n’était qu’un rêve, la création d’un école avec exercices spirituels à la façon des écoles épicuriennes, stoïciennes, platoniciennes, ou de celle de Gurdjieff, ou encore des récentes caricatures - les exercices ici n’ont de spirituel que le nom - occidentales de l’Orient (yoga étêté de la méditation, méditation du bouddhisme « X ou Y », de la « pleine » conscience, etc ;) n’est pas ma tasse de thé. Trop sceptique, il m’est odieux de guider.

P. S. 1 : Je me rappelle qu’en avril 1983 j’ai arrêté de fumer pendant la période de mon « illumination » à Uttarkashi (voir mon ouvrage : L’autre Rive de nulle Part, Éditions Dricot, 2000), en regardant chaque cigarette avant de l’allumer et à chaque fois, de me dire : « Je n’en ai pas vraiment envie, peut-être un peu plus tard, je verrai bien, je me reposerai la question ».  Et à chaque fois, constater que « mon corps ne peut en avoir besoin puisque le besoin vient de l’envie, et que le corps, ne pensant pas, ne peut avoir envie, ce n’est que mon esprit qui fait dire à mon corps qu’il est en manque, ce qui est un mensonge en réalité. » Et je remettais ainsi, à chaque désir, l’allumage de la cigarette à plus tard. Jusqu’à ce que ce désir n’en soit plus un et que je me sois ainsi libéré en moins d’une semaine de cet soi-disant dépendance.

P. S. 2 : Dans le billet du 29 janvier 2016 il était question d’un survol de l’histoire de la pensée humaine jusqu’à la saturation actuelle du cerveau, au détriment de la mémoire mais pas de la connaissance. 

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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