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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

revanches

Le Christ, les bras ouverts mais cloués, Beethoven devenu sourd, Borges devenu aveugle, Nietzsche devenu incapable de penser, tous ces géants qui se sont brûlés les ailes à approcher de trop près le soleil, parce qu’on les admire, on ne peut oublier ni pardonner la sanction qu’ils ont encourue, si tant est qu’il y ait un dieu pour la leur avoir infligée. Mais, dans cette hypothèse, après réflexion, il faut hélas en convenir : tous les êtres vivants, absolument tous, sont punis par ce dieu (que certains disent bon) qui, sous prétexte que le vide ne pouvait (lui ?) suffire, serait resté sourd à leur supplication de ne pas naître à ce monde.

 

Cependant tout art*, tout geste poétique, esthétique ou courageux, tout acte de création, tout dépassement de soi, toute fulgurance lucide, toute contribution à la beauté déjà grande du monde en dépit de tant de cruauté environnante, serait un soufflet à ce créateur s’il existait, une façon de le narguer, de le dépasser par la bande et d’incidemment lui dire (les créateurs vénérables sont au-dessus de tout esprit de vengeance) : « Et nous aurions sans doute fait encore mieux, nous, si nous avions eu ton tout puissant pouvoir ! » 

 

Certes, ce dieu tout puissant et bon est une création mentale de couards (une de mes chères connaissances disait qu’elle ne croyait pas qu’il y ait un dieu mais qu’elle faisait « comme si » et lui léchait les bottes « pour le cas où… ») ou de rêveurs qui prennent leurs désirs pour des réalités. C’est ce à quoi je voulais en venir en commençant cette fulgurance. 


Mais je voulais aussi souligner deux ou trois choses :

 

1) Pour d’aucuns déjà, le divin n’est pas toujours si bon que cela : voyez Até, déesse funeste bien que fille de Jupiter, voyez Kali représentant le pouvoir destructeur du temps, et même Krishna, si sympa en bébé joufflu ou quand il folâtre avec les bergères, mais qui, d’autre part, admet qu’il est aussi le temps et qu’à ce titre il va dévorer le monde**. 

 

2) Et tous ces dieux, le « bon » et les autres, ne sont même pas les seules « options » possibles. D’autres esprits à l’impressionnante force concentrative (et tout en étant plus proches de notre culture) ont osé d’autres hypothèses. Je pense en premier lieu à Laplace, l’indifférent, qui n’eut pas eu besoin de l’hypothèse de l’existence de dieu pour rédiger sa Mécanique céleste (et l’aurait dit sans ambages à Napoléon), mais aussi à Charles Darwin, l’agnostique, et Stephen Hawking, l’athée qui estimait que dieu ne pouvait avoir créé l’univers car pour cela il lui aurait fallu du temps, ce temps qui faisait défaut avant que ne commence cet univers. 

 

3) Il reste peut-être une troisième voie que j’ose à peine évoquer, au vu des esprits auxquels je me mesure : Que dieu soit son univers lui-même, c’est-à-dire cet univers dans lequel nous vivons (et d’autres mondes aussi sans doute sont son oeuvre, peut-être en nombre incommensurable) et que son existence soit prouvée par le fait même de notre propre "existence-conscience de lui", dieu dont on aimerait quand même reconnaître l’existence lorsqu’on éprouve quelque reconnaissance quand la beauté nous sidère et/ou que le mental connaît le grand silence de la pensée : alors le temps n’existe plus, comme avant le big bang (retour à Hawking) que ce dieu - pour notre plus grand bonheur alors, mais aussi pour le plus grand malheur de la vie-souffrance*** - aurait quand même réussi à provoquer.

 

 

 

 

* : Rien que dans le domaine de la musique, de Beethoven atteint de surdité mais continuant à composer des merveilles à Rick Allen (batteur de Def Leppard) se mesurant d’un seul bras contre le destin, et remplaçant l’autre (le gauche) par le pied de telle façon que cela sonne « seemingsly », que de gifles à ce créateur « juste, bon et tout puissant »,  s’il existait ! 

 

** :“I am the all devouring time and I have decided to devour the world.” 

(Bhagavad Gita, XI. 32)

 

*** : Un grand moins pour un petit ( ?) plus. Sri Nisargadatta Maharaj en avait la mesure :

« Le désir est le souvenir du plaisir et la peur, le souvenir de la souffrance. Les instants de plaisir ne sont que des îlots dans le flot de la souffrance. Comment le mental pourrait-il être heureux ? »

 

P. S. : Dans le billet du 23 janvier 2015 il était question d’insondabilité.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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