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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

nostalgie

« J'ai même eu ce que je n'voulais pas »,  chantait Stéphane Eicher*.

Et nous, entourés aujourd’hui de tout ce « confort matériel », avons-nous ce que nous voulions il y a quelques décennies, ou ce que nous n’aurions pas voulu ? 

Si c’était à refaire, si on avait le pouvoir de tout recommencer, opterions-nous pour le confort dans lequel on baigne (certains diront « se noit ») et que l’on ne questionne même plus? Dirions-nous non à l’alternative consistant à ne rien changer à ce qui était alors, à retrouver plus de silence, de paix et de calme**, au prix certes d’une perte de certains avantages incontestables apportés par le changement (maladies mieux guéries, moyenne de vie en augmentation, accession aisée à la mémoire du monde, etc.)? 

 

Tout ce préambule pour tenter de répondre de la façon (que l’on croit) la moins subjective possible à la question « Était-ce mieux avant ? », question que, par nostalgie, l’on aime se poser partout dans le monde et depuis toujours, pour peu que l’on ait l'âge où elle a un sens, elle qui demande une certaine compétence que seule confère l’expérience. Il paraît d’ailleurs que les Chinois se la posaient déjà il y a cinq mille ans (et y répondaient, pense-t-on, par l’affirmative).

Remarquons tout d’abord que la stagnation n’existe pas en ce monde, que tout change constamment et que donc le présent ne sera jamais une copie exacte du passé.  Il faut l’accepter, voire si résoudre. Lao-Tseu, le Bouddha et Héraclite (Πάντα ῥεῖ) le savaient déjà, ainsi que, plus récemment, le poète pakistanais Mohamed Iqbal à qui l’on doit la plus belle formulation de ce fait : « Dans ce monde, seul le changement a la qualité de la permanence. » 

Certes, on a toujours tendance à se référer à la jeunesse qu’on a perdue et que l’on regrette quand on se demande si c’était mieux avant. Mais cette question est bien plus cruciale et mérite donc que l’on élargisse le débat, que cet « avant » ne soit plus seulement le nôtre mais surtout celui de l’homme envisagé dans une perspective historique. 

Car pendant bien longtemps le monde a peu changé (certes un peu, et les vieux Chinois d’il y a cinq mille ans trouvaient peut-être à juste titre un léger « déclin » dans l’évolution des mœurs de leur temps), le changement n’était pas très important. 

Aujourd’hui, depuis que l’homme occidental a, après avoir adopté une attitude résolument anthropocentriste grâce aux catastrophiques religions du livre, dépouillé la planète sans vergogne, pensant qu'elle lui était donnée, les choses vont plus vite. Et on voit où cela mène : malgré certaines améliorations pour certains ici et là, à un environnement globalement dévasté, à une surpopulation ingérable (« La terre, c’était mieux quand on était moins », écrit Alain Finkielkraut***), à une humanité suicidaire et exterminatrice de tout ce qui bouge, respire, vit, car incapable, bien qu’au sommet de la chaîne du vivant et à ce titre responsable et gestionnaire de celui-ci, de se raisonner, de se restreindre et de protéger.

Cela, le vieux Chinois ne pouvait pas l’envisager, même pas encore Nietzsche qui avait bien vu la mort de Dieu mais pas celle de l’homme, mais nous oui, depuis certains avertissements dont nous ne faisons rien : un premier rapport du gouvernement américain fut publié en 1980

, puis il y eut ceux du Club de Rome et maintenant du Giec.

« Était-ce mieux avant ? » : Qui doute encore de la réponse ?

 

 

 

 

* : Dans Des hauts et des bas.

** : Ce que la méditation peut encore apporter aujourd’hui.

*** : Dans un article lu à Wroclaw en août (Plaidoyer pour la nostalgie,  journal Le Figaro du 29 août 2018), qui m’a donné l'envie d’écrire ce billet.

P. S. : Dans le billet du 16 octobre 2009 il était question de découpage.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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