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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

amertume

Notre inconvénient majeur c’est d’être né, et c’est un homme heureux qui dit cela : ne me taxez pas immédiatement de dépressif pour avoir une première raison de tourner la page. 

Serions-nous restés à l’état de possibilité envisagée puis repoussée* par des êtres qui eux, n’auraient pas eu cette chance de n’être pas né, êtres qui auraient eu de la compassion et en conséquence se seraient abstenus de donner la vie-souffrance**, qu'alors le monde sans nos empreintes se serait mieux porté, et de un, et de deux qu’il n’y aurait sans doute même pas eu de monde (ne l’ayant pas créé par notre conscience incarnée, l’observé étant l’observateur, comme le pensent les adeptes de la non-dualité).

 

 

 

 

* : Chose impossible car « si chacun avait « compris », l’histoire aurait cessé depuis longtemps. Mais on est foncièrement, on est biologiquement inapte à « comprendre ».  Et si même tous comprenaient, sauf un, l’histoire se perpétuerait à cause de lui, à cause de son aveuglement, à cause d’une seule illusion ! »

(Cioran. De l'inconvénient d'être né, p. 164)

** : Et qui, si besoin, se seraient consolés en imaginant leur gratitude virtuelle, Cioran dit mieux la chose : 

« Ces enfants dont je n'ai pas voulu, s'ils savaient le bonheur qu'ils me doivent. »

(Cioran. Aveux et Anathèmes. Arcades, Gallimard, p. 17.)

A noter que si la vie est souffrance, ce que le Bouddha avait sans doute été le premier à crûment prétendre (bien que toutes les philosophies indiennes soient sotériologiques), cette souffrance était pour lui structurelle, inhérente à la vie même et au désir qui lui est concomitant, alors que pour Cioran, bien que le désir ne soit ni sa préoccupation ni sa cible, elle est à la fois structurelle  ("Tout est superflu. Le vide aurait suffi." dans l'élan vers le pire, Gallimard, 1988) et dans une moindre mesure, conjoncturelle, inhérente au monde d’aujourd’hui qui se surpeuple et donc s’étouffe :

« X soutient que nous sommes au bout d’un « cycle cosmique » et que tout va bientôt craquer. De cela, il ne doute pas un instant. 

En même temps, il est père de famille, et d’une famille nombreuse. Avec des certitudes comme les siennes, par quelle aberration s’est-il appliquer à jeter dans un monde fichu enfant après enfant ? Si on prévoit la Fin, si on est sûr qu’elle ne tardera pas, si on l’escompte même, autant l’attendre seul. On ne procrée pas à Patmos. »

(Cioran. De l'inconvénient d'être né, p. 164 et 165).

La possibilité d’un monde fichu, une souffrance conjoncturelle due à notre aveuglement, c’était aussi ce qu’évoquait Jacques Chirac à Johannesburg en septembre 2002 et s’il parla de crime, lui, ce n’est pas pour évoquer avec Cioran celui d’être père, mais « celui de l’humanité contre la vie », et même s’il ne parla jamais dans son discours de surpopulation, personne n’était dupe : une reproduction humaine incontrôlée était bien une des causes, et sans doute la première, de l’incendie de notre "maison" :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre. L'humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La terre et l'humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables.

Il est temps, je crois, d'ouvrir les yeux. Sur tous les continents, les signaux d'alerte s'allument. L'Europe est frappée par des catastrophes naturelles et des crises sanitaires. L'économie américaine, souvent boulimique en ressources naturelles, paraît atteinte d'une crise de confiance dans ses modes de régulation. L'Amérique Latine est à nouveau secouée par la crise financière et donc sociale. En Asie, la multiplication des pollutions, dont témoigne le nuage brun, s'étend et menace d'empoisonnement un continent tout entier. L'Afrique est accablée par les conflits, le SIDA, la désertification, la famine. Certains pays insulaires sont menacés de disparition par le réchauffement climatique.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas! Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie. 

P. S. : Dans le billet du 3 août 2016 il était question d’une analogie.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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