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FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

péril

La concentration forcée et la concentration naturelle* (dharana) sont en danger.

Mais tout d’abord, pourquoi les distinguer ? Parce que si la première (qui n’est peut-être possible que si l’on s’y est initié par l’exercice de la seconde) est avant tout une torture (bien utile pour former le caractère, diront certains, et pour faire reculer les limites du savoir : science, technologie, progrès divers, etc.), c’est la seconde - qui est une merveilleuse faculté inhérente à l’humain - dont la disparition serait une catastrophe pour lui. 

Préserver la faculté de se concentrer naturellement devrait être la préoccupation première de ceux qui ont à cœur non seulement la santé mentale de l’espèce mais peut-être même sa spécificité première. Cette concentration-là n’exige pourtant pas de nous que l’on se fasse violence. Pour l’activer, notre intérêt suffit mais celui-ci ne doit pas être détourné par un esprit aisément distrait. Or le problème est là - et l’on commence à s’en préoccuper, la France, par exemple, interdisant maintenant l’usage du smartphone à l’école et au collège, c’est tout dire. Et même les adultes ne peuvent plus se concentrer naturellement un certain temps sans être distraits. Cette incapacité touche donc tous les âges, et la planète quasi entière. La faute aux sollicitations constantes des médias (le bruit incessant des radios dans les salons de coiffure) et maintenant aussi aux écrans personnels**.

Les livres difficiles sont de moins en moins lus, et même les sudokus sont rarement résolus sans que l’on s’interrompe. Habitué à satisfaire instantanément son besoin d’évasion mentale, l’homme d’aujourd’hui a perdu la patience nécessaire pour pouvoir exercer cette faculté de concentration naturelle pourtant indispensable pour la santé mentale et la mémoire.

Par le hatha yoga bien compris - où l’on ne peut que se concentrer sur la partie du corps qui nous parle dans l'asana lorsque l’on y respire (plutôt que penser) - et par le raja yoga (où l'on se concentre nécessairement dans l'asana de méditation (padmasana, vajrasana, etc) sur le prana (souffle), on peut retrouver pourtant la qualité première du yogi qui est de penser sans être distrait et non de se laisser penser***, direction que prend dangereusement l’humain soumis aux distractions addictives des radios, télés et autres écrans.

Il n’est pas inutile non plus ici de préciser la définition du yoga qui est l’état dans lequel la pensée est maîtrisée, un état déjà en péril à l’époque de Patanjali. Que dire alors, à la nôtre ?

 

 

 

 

* : Celle que l’on connaît quand on lit un ouvrage qui nous passionne ou quand on s’attelle à la résolution d’un sudoku sans contrainte temporelle.

** : Qui n’ont (quasi) d’utilité qu’utilisés par des gens déjà d’une bonne culture générale et d’un bon niveau d’esprit critique, capables de se servir à bon escient des meilleurs outils du web pour affiner leurs stratégies cognitives et donc ainsi décupler le volume de leurs connaissances, cela sans endommager leur mémoire et leur intelligence.

*** :  « Le premier devoir du yogin est de penser, c’est-à-dire de ne pas se laisser penser par les objets » (Mircea Eliade, Yoga-Sutras, 2004). 

P. S. : Dans le billet du 3 juillet 2015 une hypothèse était suggérée.

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À propos
Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après ... silence.
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