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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

exigences

Le but de la philosophie est de se libérer des idées reçues dans lesquelles nous baignons et des conditionnements instrumentés par les maîtres à penser (une préoccupation qu’il faudrait réactualiser car on constate de nos jours un effrayant retour du religieux !), afin de s’interroger sur ce que l’on pense réellement et d’aller au-delà des apparences.

Aller au-delà des apparences : les penseurs antiques de l’Inde et de la Grèce s’en étaient fait la spécialité : le concept d’illusion (maya) était central dans la philosophie hindoue de la non-dualité et le Monde des Idées était cher à Platon, ce monde auquel on accédait, selon lui, en s’interrogeant sans relâche (ce qu’il fit dans toute son œuvre) sur le caractère illusoire de la vie que mènent la plupart des hommes.

La corde n’est pas le serpent que l'on croit voir au premier abord, disait l’hindou Adi Sankaracharya*, pas plus que ce monde des apparences n’est réel : seule la Réalité Ultime (Brahman) l’est, c’est-à-dire ce qu’est (ou si l’on préfère, ce dont est consciente) l’âme individuelle débarrassée de tout ego. Une philosophie d’une vertigineuse hauteur de vue à laquelle celle de Platon a peu à envier ; d’un côté la corde est prise pour un serpent, de l’autre, dans la caverne où les hommes sont enchaînés, le monde se réduit à ce que les ombres disent de lui, loin de la lumière et donc de la vérité.

Que ce soit par la métaphore de la corde et du serpent ou par l’allégorie de la caverne, ces deux mondes antiques qui nous avaient amené la sagesse avant que les religions du livre n’entreprennent de tout obscurcir, avaient bien choisi les mots pour dire à leurs peuples respectifs qu’il faut toujours aller au-delà des apparences pour se rapprocher de la vérité**.

Toujours aller au-delà des apparences, n’est-ce aussi la tâche que s’assigne, encore aujourd’hui, le méditant ?

 

 

 

 

* : « C’est en réalisant le pur et non duel Brahman que Maya peut être détruite, exactement comme le serpent n’est plus sujet de peur lorsqu’on se rend compte que ce n’est qu’une corde »

(Vivekachoodamani, 110)

** : Peut-être d’ailleurs s’étaient-ils concertés sur le fond. On sait aujourd’hui que les migrations et les échanges entre les peuples eurent lieu bien plus tôt que ce que l’on a pensé très longtemps. Par exemple, la première vague migratoire qui procéda au peuplement préhistorique de l'Océanie s'est produite il y a au bas mot 45 000 ans. Quant à la mer Baltique, l'évolution de l'archéologie a permis de comprendre que les personnes (avec leurs marchandises) s’y déplaçaient déjà allégrement au VIIIe siècle : Scandinaves, Frisons, Slaves et Arabes y étaient en contact bien avant que les Vikings n’entrent en scène.

Mais pour ce qui nous occupe ici, prenez le cas du grec Pythagore. Plus de deux siècles avant qu’Alexandre le Grand ne se rende en Inde avec armes et bagages jusqu’à Pattala sur l’Indus, ce philosophe et mathématicien croyait en la réincarnation, une spécialité… indienne ; prenez ensuite celui du juif Jésus qui, tel un adepte hindou de la philosophie de la non-dualité (prônant donc l’identité de l’âme (atman) et de la Réalité Ultime (Brahman)), croyait lui aussi que « le Père et moi ne font qu’un ». Il paraît improbable que Pythagore et Jésus n’aient pas été influencés par l’Inde.

P. S. : Dans le billet du 2 octobre 2012 il était question d’un éclaircissement sur ce qu’il faut entendre par yoga au-delà des idées reçues.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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