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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

inspiration

Nous naissons à la lumière sur une inspiration et quittons le monde sur une expiration.

Partant de cette constatation, Ādi Śaṅkara définissait dans une métaphore toute indienne le véritable pranayama* comme suit :

« La négation du monde phénoménal est connu sous le nom de Rechaka (expiration), la pensée « Je suis Brahman » est appelée Puraka (inspiration) et le maintien de cette pensée est appelé Kumbhaka (rétention de la respiration). (Sutras 119 et 120 de Aparoksanubhuti)

Serait donc bien inspiré, celui qui, inspirant, pense qu’il est la Réalité Ultime.

En Occident, l’inspiration de la personne créative a longtemps été contenue par les instances religieuses. Seuls les plus audacieux osaient y faire référence (Montaigne, Montesquieu, Rousseau). Pour Nietzche ce fut déjà plus aisé. De nos jours, se dire inspiré ne suscite plus du tout l’offuscation et la sanction du religieux ni la moquerie du rationaliste, et l’inspiration, cette « attribution gracieuse que le lecteur fait à son poète », comme la définissait Valéry, est revendiquée dans nombre d’œuvres, poétiques ou non. Même plus: aucun artiste ne prétendrait ne l’avoir jamais rencontrée.

C’est plutôt dans le quotidien bousculé de l’homme moderne qu’elle fait de plus en plus défaut. Nous sommes loin du temps (et de l’espace culturel, mais c’est un autre débat) où Ādi Śaṅkara voyait dans chaque inspiration une réaffirmation que le respirant se sait être et pure conscience (Atman) et Réalité Ultime (Brahman).

L’inspiration semble avoir abandonné l’homme de la rue. Dans l’ère décadente où nous vivons, on n'est plus inspiré le moins du monde (faute de temps, mais pas que) et, quand on s’inspire de quelqu’un d’autre, c'est le plus souvent pour lui voler ses idées. Vivotant de clichés, on est alors bien mal inspiré.

Seuls les poètes (et autres méditants), inspirant (l’air frais du matin ?), sont encore inspirés. Mais inspirent-ils encore… les autres ?

 

 

 

 

*: Ridiculisant ainsi les ignorants (les hatha yogis de l’époque) pour lesquels, selon lui, le pranayama était une torture du nez. On comprendra ce qu’il voulait dire par là en compulsant n’importe quel ouvrage d’aujourd’hui sur ce sujet.

P.S.: Dans le billet du 11 août 2008 il était question d’une dommageable méprise.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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