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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

contentement

Ne rien souhaiter consciemment ou inconsciemment serait le moyen d’atteindre le plus raffiné des niveaux de la conscience (en plus de nous délivrer de la souffrance dont le Bouddha a montré que le désir en était la source).

Mais à la réflexion, ce qui est considéré comme un moyen est peut-être déjà le but, l’état parfait. Quel homme plus heureux, plus accompli, plus rayonnant (pour ne pas dire illuminé) que celui qui vous dit que tout est parfait, qu’il ne désire rien d’autre que ce qu’il a et que ce qu’il est ? Cependant, même si vous avez passé votre vie à chercher (l’Inde, le pays du dharma éternel, est un bon endroit pour cela) de tels hommes, en avez-vous rencontré beaucoup ? Sans doute pas. De fait, les Indiens vous confirmeront que l’éveil est rare même chez eux.

Pourtant à considérer quelque peu cet état de contentement absolu, on se dit qu’il ne doit pourtant pas être si difficile à atteindre. (À atteindre ? Non, on a refait un but : à vivre tout simplement.) D’ailleurs l’Inde, pour nous déboussoler sans doute encore un peu plus, nous dit qu’il est à portée de mains, plus proche même de nous que notre ombre ! Et cependant peu de gens semblent l'avoir "attrapé", le cherchant sans doute trop loin d’eux-mêmes (tel le chevrotain cherchant autour de lui d’où vient cette odeur de musc, alors qu’elle vient de lui-même lorsqu’il est en rut, autre métaphore indienne). 

Mais est-ce la seule raison envisageable? Ne serait-ce pas aussi peut-être parce que nous n’avons pas envie au fond de cet état sans désir (Oscar Wilde disait qu’il lui arrivait de passer parfois quelques jours sans la moindre tentation et que cela lui était horrible), ou alors parce que nous croyons qu’il est hors de portée et que donc nous n’essayons pas (même si nous ignorons que nous allons alors au-devant de la plus grande difficulté car essayer c’est précisément déjà le désirer, et donc s’éloigner de lui), ou encore tout n'est-il pas dans le « inconsciemment », quelque chose en nous de l’ordre de l’atavique faisant barrage à cet état (car les êtres humains semblent avoir été de tous temps insatisfaits)?

 

(Un mot encore pour les exégètes du yoga darshan sur le concept de contentement (santosha), le deuxième de niyamas décrit par Patanjali: si le contentement doit être considéré comme un des aspects de l’état du yogi et non comme un moyen d’atteindre cet état (Patanjali définit le yoga comme l’état dans lequel la pensée - et le désir est une pensée - est maîtrisée), cela corroborerait la thèse déjà esquissée* sur ce blog que les aspects (anga) du yoga décrivent l’état de yoga et non le chemin pour l’atteindre, une thèse ésotérique en quelque sorte, en décalage complet avec la façon dont les gens lisent Patanjali aujourd’hui, le considérant comme l’auteur d’une méthode plutôt que comme le descripteur d’un état. )

 

 

 

 

* : Par exemple ici : aventure.

P.S. : Dans le billet du 17 juillet 2015 il était question de modération.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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