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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

fusion

Le détecteur de fumée installé la veille, c’est ce matin seulement en ouvrant l’œil que je l’ai entendu. Dès que l’autre œil s’est ouvert aussi, le bruit est devenu imperceptible.

Je m’en rends compte, c’est parce que cette chambre à l’autre bout du monde était si silencieuse au lever du jour que j’ai entendu ce discret tic tic tic. Et si je l’ai entendu, c’est peut-être aussi parce que l’esprit était très paisible pour avoir particulièrement bien évacué pendant la nuit (cela arrive parfois, on ne sait pourquoi) toutes ces pensées que les philosophes de l’âge d’or indien (l’Inde des six systèmes de pensée classiques ou dharsan) savaient classifier et nommer, les samskara et les vasana notamment.

Mais revenons à ce qu’on entend généralement par silence, à savoir l’absence totale de bruit. Parfois, cette seule absence-là peut impressionner aussi. Certains, paraît-il, l’ont déjà dégustée dans le désert quand le vent le quitte, d’autres, dans ces extraordinaires cathédrales de France (Chartres, Amiens, Reims), d’autres encore dans des endroits d’un moindre prestige comme par exemple à Ronchamp dans la jolie chapelle construite par le Corbusier : c’est que la liste de ces hauts-lieux où de temps à autre souffle l’esprit est longue, chacun a la sienne, plus ou moins conséquente selon qu’il ait peu ou beaucoup voyagé, l’esprit en éveil.

Je me souviens d’un de ces lieux où l’absence de bruit était indiscutablement absolue ; c’était dans une grotte près du Gange dans le Garhwal : quinze mètres à faire dans une obscurité de plus en plus opaque où seuls les murs vous guidaient, et puis vous arriviez dans un endroit où même le cœur de la terre ne battait plus ; puis, devinant que la grotte n’allait pas plus loin vous vous sentiez invité à vous asseoir. Et il fallait de longues minutes pour enfin percevoir la minuscule flamme alimentée par une seule goutte d’huile, puis en face d’elle un Shiva Nataraja de bronze, lustré par la vénération et contemplé par un méditant tellement loin du monde qu’il ne respirait quasi plus, ou, s’il le faisait c’était sans faire le moindre bruit (ou tout au moins, un bruit encore moins perceptible que le détecteur de fumée évoqué plus haut).

Pour ce méditant, le silence extérieur et le silence de son esprit ne faisait plus qu’un. Il éprouvait l’état où le mental avait cessé de le mener en bateau (définition du yoga, selon Patanjali). Il savait qu’il y a deux sortes de silence. Il était dans le premier et vivait le second. Les deux, ils les avaient réunis - comme moi, involontairement, dans cette chambre ce matin.

 

 

 

P. S : Dans le billet du 22 février 2012 il était question de stratégie.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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