Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

construction

Il devait avoir 13 ans. Il était au cours de biologie, assis à gauche sur le deuxième banc de la rangée centrale, à écouter une leçon parfaitement ennuyeuse d’un professeur étrange et tellement malsain qu’il se souvient encore de son nom, si longtemps après. Soudain une plume est descendue lentement, venant d’on ne sait où, s’interposant entre le professeur et lui, et il s’est focalisé sur elle. Le professeur le remarqua et brusquement se tut, intimant d’un geste à la classe le plus grand silence. Il était comme subjugué de voir son étudiant quitter si aisément ce monde qu’il tentait sadiquement, lui, d’imprégner d’un discours submergeant. Mais l’étudiant ne faisait déjà plus que semblant de regarder la plume descendre lentement en tournoyant. En toile de fond, floue comme lorsque l’on élimine d’une photo toute profondeur de champ pour se focaliser sur l’essentiel, en toile de fond donc, il y avait cette subjugation du professeur, subjugation dont il jouissait car il la savait infondée. Il trompait cet homme qu’il n’aimait pas et en était heureux. Peut-être aussi était-il soulagé de connaître un répit et du silence.

Résumons: le professeur le croyait dans un certain état de conscience et se trompait en ce faisant. L'étudiant se savait, lui, dans un autre état de conscience, particulier lui aussi, où il jouissait de tromper l’enseignant, s’appliquant pour se faire à rester visuellement concentré sur la plume (une plume qui ne l’intéressait plus) afin de le leurrer.

À 13 ans, ce fut sans doute la première fois qu’il prit conscience qu’il y a d’autres réalités que la réalité immédiatement « disponible », que ces réalités peuvent être construites (et qu’on peut même les construire afin de tromper et en tirer profit, belle définition du mensonge - ici ce profit fut un silence, une abstraction, une échappée), ou même qu’elles le sont toujours. Il n’a jamais oublié ce moment. Sans doute parce qu’il lui a appris beaucoup plus qu’il ne l'imagine. Peut-être même parce qu’il a orienté sa vie à son insu vers l’exploration de la conscience et de ses « niveaux », à la recherche d’une Réalité Ultime (Brahman) pourtant connue pour se dérober toujours, comme notre ombre quand on voudrait la saisir.

 

 

 

P.S.: Dans le billet du 13 janvier 2016 il était question d’analogie.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
Voir le profil de Marc sur le portail Overblog

Commenter cet article