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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

sagesse

S’il y a une progression, voire un progrès pour le pratiquant de la méditation au long cours, c’est peut-être dans l’impression de savoir de moins en moins, de s’enfoncer de plus en plus dans l’ignorance*.

Le méditant croit qu’il sait de moins en moins, jusqu’à ne plus se faire aucune illusion sur son ignorance: elle est peut-être bien totale. Il en revient donc souvent à ce champion incontesté de la philosophie: Socrate dont, selon Platon, la pythie disait qu’il était le plus sage des hommes (car il était le seul à savoir qu’il ne croyait pas savoir ce qu’il ne savait pas)**. Platon, évoquant Socrate, savait donc lui aussi que la sagesse c’était cela: savoir que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas; pourtant il ne mettait pas trop cette sagesse en pratique: il écrivait beaucoup, pensant savoir quand même un grand nombre de choses. Socrate sur lequel Platon écrivait, parlait beaucoup, lui. Mettait-il en pratique sa propre sagesse alors, en étant réservé, circonspect, sceptique même? Non, lui non plus.

Né cent ans avant lui, Lao Tseu en disant que le Tao dont on parle n’est pas le vrai Tao (« Une voie qui peut être tracée n’est pas la Voie éternelle: le Tao. Un nom qui peut être prononcé n’est pas le Nom éternel. ***»), en connaissait déjà bien plus sur la vertu du silence, semble-t-il.

(Signe de la dégradation des temps, aujourd’hui il aura fallu un gourou indien de pacotille extrêmement prolixe pour nous mettre en garde contre les vérités « organisées » en disant que la vérité est une sorte de pays sans chemin.) 

Et de ce silence, peut-on quand même en dire quelque chose aujourd'hui? Seul le méditant a peut-être une réponse, à deux précisions près peut-être: la première est que « peut-être » soit ici le mot le plus important, la seconde est que ce méditant soit réellement assidu et non un de ces beaux parleurs qui parle de la méditation, sujet porteur et dont se sont emparés de nombreux spécialistes aussi ignorants que le sage (voir encore le point: **) auquel avait rendu visite Socrate. 

 

 

 

 

*: Dont parlent si bien les hindous (avidhya), ignorance qu’ils considèrent comme quasi inéluctable mais qu’ils tentent pourtant de combattre - avec l’admirable énergie du désespoir - car ils y voient la cause première de la souffrance.

**: Voici ce que pense Socrate d’un important Athénien, après lui avoir rendu visite afin de trouver quelqu’un de plus sage que lui et de démentir ainsi la réponse de l’oracle à Chéréphon:

« Voilà un homme qui est moins sage que moi. Il est possible en effet que nous ne sachions, ni l’un ni l’autre, rien de beau ni de bon. Mais lui, il croit qu’il en sait, alors qu’il n’en sait pas, tandis que moi, tout de même que, en fait, je ne sais pas, pas davantage je crois que je sais! J’ai l’air, en tout cas, d’être plus sage que celui-là, au moins sur un petit point, celui-ci précisément: que ce que je ne savais pas, je ne croyais pas non plus le savoir! »

 (Platon, Œuvres Complètes, Volume 1, Apologie de Socrate, traduction de Léon Robin, La Pléiade, p. 153 et 154)

***:  Tao te King, Dervy-livres 1978, p. 21.

P.S.: Dans le billet du 18 octobre 2015 il était question d’expiation.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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