Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

disparition

En Inde on dit d’un mort qu’il a quitté son corps. Belle expression, poétique et d’une extrême délicatesse mais faut-il pour autant la prendre au pied de la lettre? Jouons le je(u) un instant. On est alors en droit de se demander où il est allé, ce mort. La question ayant de la pertinence pour chacun, poursuivez donc la lecture.

Me concernant, je vois quatre hypothèses:

A: Je meurs, mon corps perd la vie, se décompose, le monde existe encore et rien ne change sauf que je ne suis absolument plus là; de moi, rien, strictement rien ne reste. Le monde continue comme si de rien n’était car ce que je fus n’a pas eu grande importance, et si je laisse quelques souvenirs pendant quelque temps encore, ma trace est tout de même infime à l’échelle du monde, je n’y ai pas de poids significativement mesurable. Jünger a dit « Le linceul n’a pas de poche. » Et Pessoa : « J’éprouve une joie énorme à la pensée que ma mort n’a aucune importance.* »

B: Je meurs et le monde n’existe plus non plus puisque c’est ma conscience qui, lui étant consubstantielle, l’a en quelque sorte créé. On se rapproche ici de la « vision » non-dualiste  (advaïta vedanta et shivaïsme du cachemire) qui dit la même chose sur le monde et nous mais qui en tire la conclusion opposée, à savoir (accrochez-vous!):

 C: Je meurs, mais rien ne change, le monde reste et moi avec lui qui suis ce monde. Quand on demandait à Ramana Maharshi où il irait après sa mort, il regardait son ashram et disait « Où voulez-vous que j’aille ? », sous-entendant sans doute: je serai ici et partout à la fois, moi la conscience, moi le monde (comme chaque conscience d’ailleurs).

D: Je meurs mais mon âme reste, mon linceul a des poches pleines en quelque sorte; mort, je suis toujours vivant, éternel même (en Inde, un gourou m’avait même « révélé » le nom de mon âme). Et si j’ai été bien obséquieux devant dieu, je pourrai même jouir du paradis (avec des vierges et de la bière trappiste à volonté, paraît-il). Le monde dans lequel j’ai été, je ne m’en suis pas préoccupé, dieu l’a créé pour moi, il me l’avait dit, j’en suis le centre.

Ce blog ayant pour but de faire méditer, je m’en voudrais de vous influencer en vous disant l’hypothèse la plus plausible à mon humble avis.

 

 

 

 

*: Le Gardeur de troupeaux, Poèmes désassemblés, p. 129, Fernando Pessoa, Poésie/ Gallimard, 1987

P.S.: Dans le billet du 28 octobre 2014 il était question de laisser-faire.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
Voir le profil de Marc sur le portail Overblog

Commenter cet article