Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

auspices

L’être humain se devait de rechercher le bonheur. Si l’on considère que ce bonheur est le contraire de la souffrance telle que scrutée par le Bouddha, la recette résidait dans l’élimination de sa cause: la frustration sans cesse ravivée par le désir. Bien avant Démocrite, il prônait donc déjà un sorte d’ataraxie et jusqu’à il y a peu, tout un chacun un tant soit peu éclairé convenait que c’était là une solution sage, logique et peut-être même efficace.

Mais aujourd’hui, il se doit de survivre. Devant l’inexorable catastrophe environnementale qui se profile à l’horizon, peut-il encore se permettre de ne rien désirer et de se contenter béatement de ce qui est, peut-il encore clamer qu’il recherche le bonheur avec les innocentes méthodes des mondes indiens et grecs d’autrefois? C’est que nous en sommes arrivés à un point où ne pas être ambitieux fait de vous un suspect, où tout immobilisme est considéré comme coupable. Voyez ces jeunes à qui on demande de changer le monde. L’urgence est telle qu’on leur dit d’y mettre toutes leurs forces:

- « Méditer, s’asseoir en silence et regarder pousser l’herbe? Il y a plus urgent à faire, Monsieur le jeune, réfléchissez, que dis-je: agissez si vous voulez survivre. »

Quant aux méditants, ne faudrait-il pas aussi qu’ils participent activement à sauver le monde plutôt que de rechercher la « non-souffrance », dans leur « activité » autrefois considérée comme louable?

Je me faisais ces réflexions hier soir en écoutant une émission à la télévision belge (« Demain, et après? » (la Une, 26/12/16)). Je m’étais déjà dit que lorsque le monde considérerait implicitement le non-faire (et singulièrement celui qu’est la pratique de l’assise en silence), non pas comme une « activité » salutaire (et redit en passant la plus inoffensive qui soit*) mais comme une chose dérisoire et frivole, ce monde gagné par la frénésie de l’urgence, aurait donné là le signe que son suicide était advenu. A écouter le ton de l’émission de hier (ces témoignages touchants de ces gens qui faisaient comme s’ils avaient encore foi en leur monde …) je me suis dit qu’on y était peut-être arrivé.

 

 

 

 

*: Voyez ce billet: inoffensivité.

P.S.: Dans le billet du 27 octobre 2013 il était question d’un antidote.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
Voir le profil de Marc sur le portail Overblog

Commenter cet article