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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

philosophie

Qu’est-ce qu’être heureux ?

Faut-il se rendre compte, voire savoir, que l’on est heureux pour l’être ou, question importante que j’ai abordée à maintes reprises et plus souvent encore en filigrane sur ce blog (le bonheur et la pleine conscience étant des concepts capitaux de la philosophie), se rendre compte que l’on est heureux chasse-t-il le bonheur (plutôt que de l'amplifier)?

Fernando Pessoa le pensait en tout cas, tout au moins si l’on considère qu’il faisait dire au plus inspiré de ses hétéronymes, Alberto Caeiro, ce qu’il pensait, lui*. En effet, dans le premier** des Poèmes désassemblés qu’il attribue à Caeiro, celui-ci dit que pour voir les arbres et les fleurs, il ne faut avoir aucune philosophie, et plus loin*** il donne vraiment le coup de grâce à la philosophie, une pathologie selon lui: « Mais pourquoi est-ce que je m’interroge, sinon parce que je suis malade ? », et de poursuivre :

« Par les jours précis, les jours extérieurs de ma vie,

les jours où je connais une parfaite lucidité naturelle,

je sens et ne sens pas que je sens,

je vois sans savoir que je vois,

et jamais l’Univers n’est aussi réel qu’alors,

jamais l’Univers n’est (ni proche ni loin de moi,

mais) si sublimement non-mien. »

Pour moi, la chose est moins claire car contrairement à Caeiro je vais souvent au delà de la réalité immédiate**** et cela ne semble pas trop m’empêcher d’être heureux de vivre celle-ci; toutefois je pense aussi qu’il faut alors pouvoir tracer une infranchissable frontière entre la conscience d’être heureux et le désir qui lui est quasi consubstantiel de le retenir, ce qui le fait (évidemment ?) fuir. Tuer ce désir serait la tâche de l’amoureux de la sagesse. (S’imprégner à nouveau ici des deux premières nobles vérités du Bouddha ne peut qu’éclairer les choses.)

Mais le bonheur et la vie ont ceci en commun qu’on est naturellement enclin à les priser au delà du raisonnable, et là où je rejoins Caeiro, c’est quand il dit qu’il éprouve une joie énorme à la pensée que sa mort n’a aucune importance.*****. Peut-être est-ce là la meilleure façon d’introduire la notion de bonheur, plus même que de joie, mais pour cela, pour être au delà de tout désir de retenir le bonheur comme de laisser une trace de ma vie******, personnellement il me faut le secours de la philosophie, ou la méditation…

 

 

 

 

* : Il est difficile de ne pas imaginer que le plus inspiré des personnages d’un écrivain (romancier ou autre) ne soit pas celui qui se rapproche le plus de la pensée de celui-ci car il incarne tout au moins la limite de sa complexité et de son raffinement.

**: P. 111 du Gardeur de troupeaux, Fernando Pessoa, Poésie/Gallimard, 1987

***: Pp. 138, 139, 140 du même ouvrage (ibid.)

****: P. 132 (ibid.)

*****: P. 129 (ibid.)

******: « On ne découvre une saveur aux jours que lorsqu'on se dérobe à l'obligation d'avoir un destin », disait Cioran.

P.S.: Dans le billet du 5 août 2012 il était question d’une démarcation.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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