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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

digression

Aujourd’hui, 8 août 2016, l’humanité a épuisé toutes ses ressources disponibles sur un an. Au fond, peut-être est-elle insouciante et bravache comme ces vieilles personnes qui dilapident l’argent qu’il leur reste, comme si elles étaient sûres de mourir avant que leur dernier euro ne soit dépensé. Mais tout cela est régulièrement évoqué ici, et ce blog se voulant inactuel, je m’en voudrais de taper moi aussi sur le clou du catastrophisme en ce jour où il y aurait pourtant une toute bonne raison de s’y mettre aussi.

Mais ce qui motive ce billet (plus long que d’habitude) c’est ce commentaire à un article de journal qui annonce la navrante nouvelle précitée, commentaire expéditif et qui dit exactement ceci: "C’est pas la surpopulation qui est un problème, mais la façon de consommer."

Et, prenant de la hauteur (au point peut-être de m’égarer), de me dire: Toujours cette difficulté qu’ont les gens chez nous (depuis Aristote) de penser autrement qu’en noir et blanc. Surpopulation ou surconsommation? Et si c’étaient les deux, Monsieur le commentateur?

Autres exemples de notre pathologie « dichotomiste », ébahis, assistons-nous aujourd’hui à l’abêtissement des masses ou à la massification de la bêtise? Incrédules, sommes-nous les spectateurs de la radicalisation de l’islam (Kepel) ou de l’islamisation du radicalisme (Roy)*? Nostalgiques, nous demandons-nous si le jardin d’août est triste parce le merle n’y chante plus ou si c’est parce que le jardin est triste que le merle n’y chante plus?

L’Occident adore se déchirer sur ce genre de questionnements où chacun se braque souvent sur des positions trop tôt conquises alors que les choses sont souvent moins simples** et méritent que l’on écoute mieux nos contradicteurs. Parfois aussi les  positions, une fois bien considérées, se révèlent tout simplement mal prises et ne défendre que du vent. La bouteille à moitié vide est en réalité à moitié pleine, le blanc bonnet est bonnet blanc, le chou vert est un vert chou, la souris chauve est une chauve-souris (clin d’œil à Frédéric Dard).

Mais bon, l’Occident à quelques remarquables exceptions près (Nietzsche***, Henri Michaux***, Roberto Juarroz***, etc. ) est incapable de nager entre deux eaux, il voit les choses en noir et blanc, alors que dans d’autres cultures elles n’ont souvent qu’une seule, indéfinissable, couleur. Il est incapable de ne pas choisir et de laisser le temps décanter les choses.

C’est cette simplification expéditivement dichotomique des choses (a = a, b = b et a ≠ b, et non : a peut être = à b ou ≠ de b, ou ni = à b, ni ≠ de b), fort utile en technologie (électricité, informatique, etc.) qui nous a permis de dominer la nature sans la comprendre, et dans l’élan, de la détruire.

Un certain Orient de toujours sait naviguer, lui, dans d’autres eaux où le péremptoire, à bien y regarder, est absent. Les méditants, eux, s’y emploient aussi. Sans doute est-ce pour cela que les classiques**** d’Inde, de Chine et du Japon sont souvent leurs lectures.

Si le monde avait écouté Patanjali et ses émules chinoises et japonaises plutôt qu’Aristote et toute la pensée grecque classique (exception faite d’Héraclite), peut-être n’écrirais-je pas ce texte sur ordinateur dans une pièce idéalement éclairée, mais par la fenêtre je verrais un monde en harmonie et en paix, et ce 8 août aurait été une journée tout aussi auspicieuse que les autres.

 

 

 

 

*: Voyez cet article du INYT du 12 juillet.

**: "Je n'ai jamais vu de problème, si compliqué soit-il, qui lorsqu'on l'aborde correctement ne devienne encore plus compliqué."

Paul Anderson cité par Koestler dans « Le cheval dans la locomotive », Calmmann-Levy, 1968, p.61.

***:

"Il m’est odieux de suivre autant que de guider."

Nietzsche. Le gai savoir.

 

"Même si c'est vrai, c'est faux."

Henri Michaux, Face aux verrous, Gallimard, p. 59

 

"Escaliers qui ne montent ni ne descendent,

qui ne mènent ni vers en haut ni vers en bas,

escaliers horizontaux

qui préservent simplement

leur nature d'être escaliers.

 

Leurs marches reflets

n'aident aucun pied

ni ne collaborent avec aucune hauteur.

Et même, elles n'existent qu'à la hauteur où elles sont.

 

Escaliers pour aller vers le centre."

Roberto Juarroz. Nouvelle poésie verticale. Ed. Lettres Vives, 1984. P. 14.

**** :

"Celui qui voit l’action dans l’inaction et l’action dans l’inaction est un homme sage. Un yogin et il a accompli toute sa tâche."

Bhagavadgita (IV, 18)

 

"... a feeling of all in each and of each in all."

Sri Aurobindo

The Synthesis of Yoga

 

"There is neither creation nor destruction, neither destiny nor free- will, neither path nor achievement; this is the final truth."

(The collected works of Ramana Maharshi, edited by Arthur Osborne, Tiruvanamalai, Edition of 1979, p 137)

 

"[…] This is the most important teaching : not two, and not one. Our body and mind are not two and not one. If you think your body and mind are two, that is wrong ; if you think that they are one, that is also wrong. Our body and mind are both two and one. […]"

Zen mind, beginner’s mind, Suhnryu Suzuki, Weatherhill, NewYork and Tokyo

P.S.: Dans le billet du 8 août 2015 il était question d’éblouissement.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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