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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

survol

Bien avant de supplanter l’homme de Néandertal, l’Homo sapiens avait appris à maîtriser le feu et il avait découvert l’arme et son pouvoir. Alors, afin de survivre dans un environnement devenu plus dangereux encore (il pouvait aisément être tué par surprise par son voisin armé) et de pouvoir faire la distinction entre amis et ennemis, il aurait (c’est une hypothèse) développé sa communication langagière (une possibilité que n’aurait pas eue l’homme de Néandertal à cause de la position haute de son larynx, caractéristique qui l’aurait déforcé par rapport à l’Homo sapiens qui, lui, pouvait mieux se faire comprendre, et donc coopérer et s’unir). Ainsi, les sentiments et intentions de chacun purent être connus de tous. Parler aurait donc d’abord été pour lui une affaire d’intonations, puis des parlotes (parler de choses et d’autres) apaisant l’autre, avant de devenir plus tard (au moins partiellement) le moyen d’échanger des informations. 

Après le nomadisme, il y a eu la sédentarité (ce nomadisme contrarié, et avec elle probablement, des pathologies dont se sont repues les religions qui en ont fait leur lit*). Puis le langage a donné lieu à des histoires, des légendes, des traditions et des savoir-faire à conserver, et la mémoire s’est développée, renforçant l’intelligence calculatrice de cet Homo sapiens. Ensuite l’écriture, fixant le passé, décrivant le présent, influençant l’avenir. Puis ce fut la période axiale de l’humanité, le sixième siècle avant J.-C. (l’expression est de Karl Jaspers mais pour lui, chrétien, elle va bien entendu jusqu’au Christ) où tout a changé quasi en même temps grâce à une sorte de saut quantique de la conscience humaine (en Chine, Inde et Grèce surtout). Plus tard encore, ce fut le livre (Gutenberg), et enfin les passages de l’écriture manuscrite à l’écriture typographiée, puis informatisée.

Viendra bientôt, par la technique, la matérialisation en mots de la pensée, puis peut-être l’échange direct de pensées, avant d’autres avancées encore inimaginables.

Dans la dernière partie de cette évolution (le passage de la « graphospère » à la « vidéosphère », selon les mots de Régis Debray (le Soir du 2/10/15, p. 25)), la mémoire a décru sensiblement, mais pas au détriment de la connaissance: toutes les informations sont maintenant disponibles en quelques « clics » assez facilement maîtrisables. Le problème, c’est la façon dont ces informations sont traitées par beaucoup. On en prend connaissance, soit, mais elles ne servent généralement plus de support à une réflexion susceptible de les transformer, de les affiner et d’en tirer une quintessence que l’on retiendrait à des fins de réflexion future. Et la plupart du temps, trop d’informations tuant l’information, la prise de connaissance se limite à un survol. La lecture devient sommaire, bientôt peut-être on ne pensera plus, on n’aura plus d’intuitions, notre cerveau étant devenu saturé. On suivra.

Seuls sans doute les méditants pourront résister. Se vider la tête sera l’acte salutaire et révolutionnaire.

 

 

 

 

*: Bruce Chatwin avait remarqué que les nomades sont notoirement irréligieux. (Dans Qu’est ce que je fais là, Bruce Chatwin, Grasset & Fasquelles, Paris, 1991, Livre de poche, p. 259)). Certains pensent d'ailleurs (pas toujours pour le regretter, hélas) que seul un lien de type supertitieux imaginé par une religion organisée peut souder les individus d'un clan, d'une société, dirait-on aujourd'hui car cette problématique est toujours d'actualité, et leur permettre de vivre ensemble, quitte à exporter leur violence à une autre échelle territoriale et finalement ne rien solutionner vraiment et ne pas avancer d'un seul pas sur le chemin de la paix et de l'amour.

P.S.: Dans le billet du 29 janvier 2010 il était question d’héroïsme.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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