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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

écriture

Dans la nouvelle: Histoire secrète, Cesare Pavese, au moment de conclure, fait dire à son personnage principal auquel il s’identifie sans doute : « […] je comprenais que les choses qui sont réellement vraies, on n’arrive pas à les raconter.* »

Roberto Juarroz, lui, était moins pessimiste. Pour exprimer le « réellement vrai », à savoir dans ses propres mots « ces très brefs laps d’illumination, qui semblent nous fournir les indices et les expériences les plus significatives** », il disposait de deux formes d’écriture dans lesquelles il excellait également, le poème et le fragment, qui, toujours selon lui, « tous deux, sur le plan du langage, ou mieux, à l’extrême de celui-ci, représentent la plus concentrée, dépouillée, rigoureuse, la plus risquée des expressions humaines** ».

L’écriture de fragments, cette forme d’expression à laquelle je me consacre*** modestement (au regard des auteurs précités) depuis plus de 30 ans et que je retranscris sur ce blog depuis plus de neuf ans, suivant instinctivement pour ce faire les conseils de Jack Kerouac de toujours de se munir d’un carnet**** et d’Allen Ginsberg qui confiait à Yves Le Pellec et à Gilles Farcet en 1988 que « ce qu’il faut noter, ce sont les épiphanies, les moments vifs. Les épiphanies, ce sont les irruptions d’une dimension transcendantale dans le quotidien***** ». Allen Ginsberg, qui disait pour décrire ses mémorables Journaux indiens que ce qu’il avait voulu faire là, c’était « le solitaire enregistrement par écrit de sa propre conscience », à savoir « l’ancien yoga de la poésie ».

Car c’est bien de poésie au sens le plus noble du terme dont il s’agit quand on se propose de retranscrire le plus fidèlement et rigoureusement****** possible ses propres épiphanies (fulgurances).

Et c’est un bien un yoga aussi, car comme tout yoga, c’est un exercice de concentration naturelle (dharana), cette porte d’entrée dans le monde du silence du yogi maîtrisant sa pensée, pensant sans se laisser penser, méditant.

 

 

 

 

*: Histoire secrète, Cesare Pavese, Gallimard, Folio 2€, 2011, p. 108

**: Fragments verticaux, Roberto Juarroz, José Corti, 1994, p. 8

***: Je me consacre aussi à l’écriture de poèmes dits « triangles ouverts » (que certains traduiraient par « haïku »), mais c’est une autre histoire.

****: Revue Filigrane 3, Question de, 1989, p. 85

*****: Revue Filigrane 3, Question de, 1989, p. 35

******: Ce qui ne veut pas dire que la mise « au propre » se fait sans retravailler les mots fixés en toute hâte pour ne rien perdre de la voix que l’on entend: retravailler signifie aller au bout de la réflexion, l’affiner, la compléter, voire la corriger (une bibliothèque intelligemment constituée est une aide, sans compter le Wikipédia anglais), ou encore en découvrir d’autres aspects pendant le work in progress.

P.S.: Le billet du 5 octobre 2007 était le premier d’une série intitulée casse-têtes.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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