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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

saveur

Pour qu’ils comprennent l’équivalence structurelle de la vie et de la souffrance, les nantis de la terre, nous donc, doivent se libérer de toutes leurs illusions, soit par la sagesse, soit par l’âge, soit par les deux. Ils voient alors qu’en quelque sorte ils rejoignent les déshérités de notre planète, que l’on appelait autrefois tiers-monde, qui, conjoncturellement, connaissent aussi (et ne connaissent que) le goût de la souffrance. L’enchantement de la vie a disparu pour l’essentiel en même temps que l’urgence de la reproduction, et il ne leur reste, souvent, plus que leur progéniture pour adoucir leur existence, progéniture dont ils comprennent enfin qu’ils ont été bien irréfléchis de la mettre au monde. (Cette étourderie pèse alors aux plus scrupuleux d’entre eux, ce qui ajoute à leur souffrance.)

Voilà pour une certaine portion de l’humanité (une infime portion, devrait-on dire): celle qui peut connaître l’insouciance et qui alors, passe parfois de celle-ci à la sagesse, bref, celle qui en arrive à comprendre que c’est d’abord de par sa nature même que la vie est souffrance* (et c’est le Bouddha, le premier, qui a fait cette découverte, et cela à l’insu de son roi de père, lors d’escapades avec son cocher dans les alentours de son palais de Kapilavastu), et non par ses tragédies (catastrophes naturelles, épidémies, guerres, famines, inégalités, insécurité, misère, etc.)

 

Mais l’immense majorité de l’humanité n’a pas la chance de vivre dans une certaine sécurité (l’Europe par exemple et les Etats-Unis d’aujourd’hui sont des îlots dans un monde qui se débat et qui se bat, voyez l’Afrique miséreuse, voyez ces parties du monde livrées aux barbaries religieuses, voyez ailleurs encore: peu de terres sont épargnées par le tragique; dès que les hommes y naissent, ils sont pris dans le tourbillon du malheur, de la lutte pour la survie, de l’indifférence, de l’intolérance, de l’anonymat). Dans ces conditions, comment jamais voir que la vie est souffrance aussi parce que c’est sa nature profonde? Là, les gens seront toujours enclins à penser que leur souffrance est de nature conjoncturelle, que s’ils sont malheureux c’est exclusivement à cause du monde et des autres. Il ne leur viendra jamais à l’esprit que même s’ils « avaient tout », ils seraient encore malheureux.

Il faut dire qu’ils ont une excuse: ils ne sont pas nés d’une couche royale comme le Bouddha, ni ne peuvent connaître la relative paix du méditant, comme chacun d’entre nous dans cette partie-ci du monde, conditions favorables pour comprendre la première noble vérité** de sans doute le plus grand des sages.

 

 

 

 

*: Même si, « par bonheur », la souffrance de ces nantis n’est plus qu’existentielle, il leur restera toujours, même toute névrose vaincue, le vertigineux effroi de ne pas comprendre qui ils sont en Réalité.

**: La vie est souffrance.

P.S.: Dans le billet du 2 février était proposée une hypothèse.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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