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MEDITER faute de mieux

FULGURANCES D’APRÈS SILENCE

abandon

Ce rêve, cet espoir:

Grandeur et tragédie de l’homme, seul lui-même pourra se sauver lorsqu’il aura liquidé ses maîtres, ses dieux, ses balises, et que, laissé enfin à lui-même, il inventera les chemins qui le mènent au bonheur, le sien et celui de tout le vivant dont il ne sera plus le caporal, celui que personne ne lui a promis, au fond, mais qui lui est néanmoins accessible: il cultivera son jardin, il respectera les espèces autres que la sienne, il ne coupera plus les ailerons des requins vivants encore, il ne martyrisera plus ses oies, ne relâchera plus de grenouilles désemparées (car désempatées); il connaîtra l’empathie, il produira selon ses besoins, il aimera ses enfants dont il ne fera plus des mercenaires du capital, il méditera sur sa finitude et son pouvoir de transcendance afin d’accéder à ce divin qu’il est peut-être.

Bien sûr, je ne vous apprends rien, il est déjà trop tard et tout cela a peu de chances de se produire, l’humanité étant un raté de dieu* (voir Koestler**) et l’humain, la plus nuisible de ses créatures.

Mais essayons quand même, tout en n’oubliant jamais que c’est parce que l’on nous dit (et que l’on se dit) qu’il y a encore de l’espoir que nous ne faisons rien pour nous en sortir. Cet espoir est le meilleur ennemi de l’action salvatrice! Il nous endort! Soyons désespérés donc en 2015!

 

*: A moins que ce dieu ne soit innocent. Peut-être ne nous a-t-il même pas inventé. Peut-être le diable est-il plus puissant que lui. Peut-être souffre-t-il, ce pitoyable dieu, qu’on ne pense pas assez à cette hypothèse et que ce soit lui que l’on accuse, comme le font certains de ses thuriféraires, d’avoir disposé de tous les pouvoirs pour créer cette œuvre - une œuvre pourtant si manifestement imparfaite et sujette à la souffrance.

**: « Un observateur impartial venu d’une planète plus évoluée, et qui d’un coup d’œil considérerait cette histoire de Cro-Magnon à Auschwitz, conclurait sans nul doute que notre espèce est un produit biologique admirable à certains égards, mais dans l’ensemble profondément morbide, et que les conséquences de sa maladie mentale l’emportent de beaucoup sur ses réussites culturelles s’il s’agit d’évaluer ses chances de survie. […]

Le symptôme le plus frappant de la pathologie de notre espèce est le contraste entre ses extraordinaires progrès technologiques et son compétence également extraordinaire en matière de rapports sociaux. Nous dirigeons les mouvements de satellites que nous mettons en orbite autour des planètes lointaines, mais nous sommes incapables de maîtriser les problèmes de l’Irlande du Nord. L’homme quitte la Terre, il marche sur la Lune, mais il ne peut pas passer de Berlin-Est à Berlin-Ouest. Prométhée avance vers les astres, la face tordue par un rictus dément, en brandissant un  mât-totem. »

(Janus, Arthur Koestler, p.15, Calmann-Lévy, Paris, 1978)

P.S.: Dans le billet du 2 janvier 2009 il était question de modération.

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À propos

Marc

Photographe, écrivain, sophrologue et enseignant de raja yoga, j’ai bourlingué des années en Asie et vécu longtemps dans des ashrams indiens. Lecteur de toutes les philosophies et amoureux de tous les silences, je vous livre ici mes fulgurances d’après silence.
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